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Autorisée à mourir en France : Parcours d'une Géorgienne à Besançon

Vendredi 5 juin 2020 / CDDLE

Cette lettre ouverte au Préfet raconte l'itinéraire d'une étrangère qui après avoir vécu en France depuis 2009, s'y être intégrée grâce à l'obtention d'un titre de séjour et d'un travail, a dû malheureusement affronter le non renouvellement de ce titre de séjour et tout perdre.... Elle a finalement obtenu un nouveau titre quand il a été connu qu'elle était très malade et se voir octroyer ainsi le droit de mourir en France.

L'acharnement administratif contre cette personne exprime la colère d'une militante qui l'a suivie pendant toutes ces années.

LETTRE OUVERTE


à Monsieur Joël MATHURIN Préfet du Doubs 8 bis, rue Charles Nodier 25000 BESANCON,

ce 5 juin2020


Objet : Madame Nanuli AVDOEVA ( 24 mars 1966 - 20 mai 2020)


Monsieur le Préfet,


Madame Nanuli AVDOEVA s'est éteinte au CHU de Besançon le 20 mai 2020 à 16 h 30, sans avoir revu son fils donc. Sa dépouille a été transférée à Tbilissi (Géorgie, son pays d'origine) où l'attendait son fils Mamed TAMOEV.


Vous avez eu connaissance des drames successifs qui ont jalonné l’existence de Nanuli AVDOEVA lors des demandes de titre de séjour qui vous ont été adressées, drames qui l'ont fortement affectée, moralement et physiquement. Durant 5 années de titres de séjour délivrés par vos services au titre de la maladie, elle a pu travailler, se soigner et arriver à vivre décemment dans notre pays. Toutefois, vous avez refusé de renouveler le dernier titre de séjour échu en novembre 2017, et ce malgré un stage professionnel en cours. Vous avez ensuite refusé de lui accorder une régularisation à titre humanitaire et exceptionnel. Elle a donc, à partir de ce moment-là, tout perdu : travail, salaire, logement et accès limité aux soins, alors que vous aviez le pouvoir de lui permettre de rester en France où elle avait construit courageusement sa vie depuis 2009, dans une relative sérénité.


Ce titre tant espéré, vous ne le lui avez délivré qu'en septembre 2019 après qu'elle ait été diagnostiquée atteinte d'une maladie très grave nécessitant des soins urgents et constants, par le service oncologie du CHU de Besançon. Non autorisée à vivre en France, vous l’avez en dernier ressort, autorisée à mourir en France.


Mme AVDOEVA a vécu ses derniers mois dans la dignité et l’humanité grâce à l'aide du personnel de la PASS du CHU, mais aussi à la bienveillance et au soutien des employés de la résidence AGORA et particulièrement ceux de l'éducatrice spécialisée qui la suivait. De même, ses derniers jours ont été adoucis par les soins constants et l'empathie du personnel du service oncologie du CHU.

Ces personnels qui, comme leurs collègues sortis de l’anonymat lors de la crise sanitaire de la COVID-19, ont un sens profond du service public et se dévouent à lui (donc à nous toutes et tous, d’ici ou d’ailleurs) malgré les difficultés au quotidien dans leur travail et quoi qu’il leur en coûte. Ces mêmes personnes qui m’ont émue et bouleversée par l’attention et le soin qu’elles ont apportés à Nanuli AVDOEVA et par leur présence auprès d’elle pour lui permettre de mourir, sans son fils pour lui dire au revoir, mais dans la dignité. Ces personnes, je les remercie profondément.


Je vous prie d'agréer, Monsieur le Préfet, mes salutations amères, sans reconnaissance et sans remerciements.

Dominique SELTIER

Militante au CDDLE


Contacts CDDLE :

Chantal 06 33 79 86 06

Dominique 06 50 92 16 17

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Commentaires

   Bonjour , "de l'amertume "..   , je   vous souhaite d'être  en paix avec vous-même , votre amie ,peut-être, préfèrerait  que vous ne soyez  pas rongée par cet amertume ,vous l'avez accompagnée .Merci à vous d'exister.

Soumis par aires isabelle le 7 juin 2020 - 07:59.