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Sur la GTJ : les belles faces diverses de l'humanité

Mardi 4 août 2015 / Daniel Bordür

Goumois. La "perle du Doubs". Comme Champagnole est la "perle du Jura". Là où l'une a 8000 habitants, la première en a environ 200... côté français, car le village est franco-suisse. Avec des tas de restaurants où la truite est la reine des menus et le vin du Jura célébré jusqu'au nom de l'auberge Le Savagnin.

Pour arriver à Goumois, nous avons longé le Doubs frontière depuis la confluence du bief du Fuesse (prononcez fusse) à la source duquel nous avons planté la tente, au pied d'un moulin situé au débouché spectaculaire d'une porte taillée dans une falaise par l'érosion. Mais l'autre côté de la porte est inaccessible pour cause de propriété privée...

Le matin de ce lundi 3 août, nous avions quitté Le camping de Glère où nous avons paressé deux nuits et une journée entière de farniente au soleil, profitant de la piscine. Nous sommes arrivés un soir de pluie (voir billet précédent) mais aussi de concours de pétanque organisé par l'association des campeurs qui avaient aussi prévu frites, saucisses, musique, etc.

La gérante, Patricia, et non Sophie comme toujours inscrit sur le panneau à la sortie du village, nous a accueillis chaleureusement : "au fond après les caravanes, derrière la petite bossé vous serez en face de la fontaine à eau". Sans doute avait-elle anticipé la fête des boulistes qui dura jusqu'au petit matin. Quelques uns ont joué les prolongations le dimanche et il a été nécessaire d'aider la femme de René à l'installer dans son fauteuil.

Il faut dire qu'une véritable familiarité est installée entre les voisins de l'allée des caravanes. Tous se connaissent comme les habitants d'un même quartier. Originaires du pays de Montbéliard, d'Alsace ou de Haute-Saône, ils ont élu résidence secondaire ici, y passent leurs weekends et leurs vacances. Chaque espace est bichonné, le chat en laisse d'un côté, le roquet aboyant les passants de l'autre, les gros pots en terre abritant les géraniums (enfin pas contre les boules de pétanque !). On fait salon, on s'interpelle, on prend rendez-vous pour l'apéro, les enfants attendent l'ouverture de la piscine.

Nous interrogeons nos premiers voisins, à 25 mètres : "le boulanger vient-il jusqu'au camping ?" La réponse est des plus sympathiques : "Non, mais je peux vous passer une baguette". J'accepte avec reconnaissance : le village est à 2 kilomètres et il n'est pas sûr que l'épicerie ait encore du pain... Un compliment sur les fleurs de l'une, une conversation s'engage. Un chien qui grogne, un échange amical survient. On en oublierait presque les deux râleurs qui ont quitté le concours de boules de la veille, mécontents d'un point du règlement. Ainsi s'écoule la vie au camping Le Clos du Doubs à Glère, paisible et familiale. C'est en plus une adresse bon marché : 9,60 € la nuitée pour deux, contre le double à Réclère...

En le quittant, nous faisons quelques provisions au village avant de nous enfoncer dans la forêt par un chemin d'exploitation. Nous aurons un peu de mal à trouver le sentier, en pontillés sur la carte, qui mène à une cascade en contrebas de Richebourg, un hameau abrité des vents du nord par une butte au nom charmant de Roche Palais. Nous restons le moment du zénith du soleil à l'ombre de la lisière d'une clairière pentue, puis nous décidons de laisser nos sacs à dos pour trouver une grotte à quelques pas de là. Elle est presqu'en face du camping mais 350 mètres plus haut, dans une falaise... L'exploration est courte, sans équipement de spéléo...

La suite de l'étape est une fastidieuse marche en grande partie sur goudron, certes peu fréquenté mais usant pour les pieds. Nous sommes souvent au soleil et nous avons souvent soif. De succulentes mûres adoucissent l'exercice. Quand nous arrivons à Chauvillers, cinq hommes terminent de couper leur bois. Où peut-on trouver de l'eau ? Ils envoient le petit garçon de 6 ans qui ne perd pas une miette de leurs gestes, nous guider vers sa maison pour remplir nos gourdes. "Je préfère vous donner de l'eau du réseau que de la citerne", dit son père,  jeune éleveur de montbéliardes.

Il attend la pluie, elle viendra le lendemain. C'est l'un des seize sociétaires de la coopérative d'Indevillers. On apprend que les fromages sont affinés par trois maisons : Arnaud, Vagne et Grillot. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier... Surtout après avoir perdu quelques plumes lors des soucis de Grillot, il y a quelques années, aujourd'hui repris par des Lorrains : "mais on reste propriétaires des fromages jusqu'à la fin de l'affinage".

Notre pourvoyeur d'eau nous fait quelques recommandations sur la suite de l'itinéraire qui longe une de ses pâtures. Savait-il que les exploitants de la forêt avaient laissé un immense épicéa en travers du chemin ? Il n'était en tout cas pas étonné qu'on ait mis 20 minutes à trouver notre sentier vers la cascade : les deux extrémités étaient comme obstruées par des chablis, comme si l'on avait voulu condamner le chemin... En descendant le vallon de Fuesse, nous croisons un habitant du bas. Il a construit l'un des premiers chalets. Ancien forestier, il fait une critique en règle des dérives de l'époque : agriculture intensive, pesticides, antibiotiques, contraceptifs que les stations d'épuration ne savent pas traiter et qui font que les truites, certes belles qu'il prend, sont quasiment toutes des femelles...

Et si l'homme était un apprenti sorcier ?

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Commentaires

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Soumis par Danièle Secrétant le 15 aoû 2015 - 11:30.