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Une certaine gauche paraît se prendre les pieds dans le tapis… de prière.

Jeudi 22 novembre 2018 / Danièle Secrétant

En 2007, un essai de Pierre Bayard était titré : Comment parler d’un livre que l’on n’a pas lu.

Il semblerait que beaucoup de ceux qui parlent de Inch'Allah, sous-titré L’Islamisation à visage découvert, une enquête spotlight en Saine-Saint-Denis n’aient pas véritablement lu le texte de cette enquête choc, menée par cinq étudiants du Centre de formation des journalistes, sous la direction de Gérard Davet et Fabrice Lhomme.

Inch'Allah, L’Islamisation à visage découvert, une enquête spotlight en Saine-Saint-Denis, sous la direction de Gérard Davet et Fabrice Lhomme. 300 pages, 20 euros, est édité chez Fayard.

Une certaine gauche parait se voiler… la face… devant certains problèmes, et se prendre les pieds dans le tapis… de prière.

Par exemple, j’ai lu avec un peu de consternation l’article dans la revue Regards, revue co-dirigée par Clémentine Autain, députée LFI, article consacré à cette enquête. D’après le rédacteur de l’article, il s’agit d’un livre sans révélation, qui reprend point après point tous les clichés sur la Seine-Saint-Denis. Cliché étant entendu dans son sens le plus péjoratif, comme une banalité répétée sans cesse, sans grande valeur.

Clichés ? Vraiment ?

Le même rédacteur se permet aussi le commentaire suivant, dont on peut se demander si dans la formulation ne pointe pas un peu d’antisémitisme. Ou, tout au moins, on peut se demander s’il n’y a pas là ces raccourcis de la pensée qui font rendre égaux des processus qui ne le sont pas… et dont les manifestations, les résultats sur le fameux « vivre ensemble », ne sont pas les mêmes !

Imaginez, écrit le rédacteur, demain, sort dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre ce livre : Mazel Tov, le sionisme à visage découvert, suivi de ce sous-titre : "Une enquête spotlight dans le Marais". On entend déjà la Licra écrire un communiqué pour dénoncer un antisémitisme primaire, ordinaire, dangereux.

Madame Obono, LFI elle aussi, expliqué que si un homme refuse de serrer la main d’une femme, c’est du sexisme, ce n’est pas de l’intégrisme ! Ah bon ?

Quant à madame Esther Benbassa, (EELV) en 2016, elle a signé, dans Libération, un article intitulé : Le voile, pas plus aliénant que la mini-jupe. De quoi discuter à perte de vue, mais on notera que c’est au sujet des femmes, de leur statut, que des idées rétrogrades s’expriment de plus en plus ouvertement avant de se transformer en pratiques.

Dans Inch’Allah, dans le chapitre intitulé La victime, chapitre dans lequel est évoqué l’antisémitisme, justifié entre-autres, par le conflit Israélo-Palestinien, il est rappelé le fait suivant :

À La Courneuve, en octobre 2017, Sonia Nour, une fonctionnaire territoriale, doit démissionner, accusée d’apologie du terrorisme, après avoir qualifié de « martyr » le terroriste de la gare Saint-Charles à Marseille. Elle reçoit le soutien de Zoé Desbureau, suppléante de François Ruffin, député La France Insoumise. Le Printemps républicain, mouvement de la gauche laïque, dénonce lui une « banalisation du discours islamo-indigéniste ».

Pour une certaine gauche, circulez ! Il n’y a rien à voir ! Les islamistes sont les porte-parole légitimes des nouveaux damnés de la Terre. Le Grand Soir balaiera ces problèmes.

Et d’oublier que l’antisémitisme des musulmans ne date pas de l’arrivée en Palestine des Juifs échappés des fours crématoire. Le Grand mufti de Jérusalem, Hadj Amine Al-Husseini, (1897-1974) collabora activement avec Hitler qui l’éleva au rang d’Aryen d’Honneur, comme avec l’Italie fasciste, dans le but d’exterminer les juifs.

Alors ? Dans Inch’Allah, n’y a-t-il que des clichés bien utiles pour se faire du fric ? Car, toujours selon l’auteur de l’article (assez représentatif de ce que pense et dit une certaine gauche, et extrême-gauche) dans Regards, quoi de plus vendeur que l’Islam et le 93.

Et de se moquer, en passant, du constat qui fût fait… et pas entendu, qu’il y a bel et bien des territoires perdus de la République… dans lesquels il faudrait aider Marianne à remettre son bonnet phrygien.

Cet ouvrage est un peu plus complexe que ce qui en est dit là.

On pourrait en retenir, entre-autres, ce que dit Mokhtar Ammi, dans le chapitre, Le guide : « L’islamisme, ce n’est rien d’autre que du Front national en arabe. »

Ce que dit aussi madame Benrabia, dans le chapitre, La préfète :

« Ce qui est intéressant, c’est comment ça se répand. Comment ça prend le pouvoir. Parce que c’est ça, le vrai pouvoir. Quand tout le monde a intériorisé la domination. »

Ce que dit, entre-autres, Mohammed Chirani, dans le chapitre Le missionnaire, citant Antonio Gramsci, le philosophe communiste italien : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »

Mais, voilà ! Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ni pire aveugle…

 

Alors oui, dans ce livre, on ne fait pas de découvertes fracassantes. Tout - ou beaucoup - a été dit il y a belle lurette… Dit et pas entendu.

On y lit comment l’islam impacte des individus, des familles, des quartiers, des villes, des départements, des écoles, des lieux de travail, des hôpitaux, les services de renseignements, les syndicats, l’aéroport de Roissy… des élus qui naviguent entre compromis et compromission… Une progression d’une certaine religion-idéologie-politique, lente mais tenace et organisée grignote les valeurs de la République… parfois les fait exploser, les mitraille, les égorge… Crée des écoles hors-contrat (lire l’enquête intitulée L’imam), des agences de recherche d’emplois islamo-compatibles (lire l’enquête intitulée La businesswoman)…

Alors, vingt fois sur le métier remettre l’ouvrage, peut s’avérer utile, nécessaire…

Par exemple, les étudiants en journalisme ont rencontré Jean-Pierre Obin, (chapitre L’incompris) ancien inspecteur de l’Éducation nationale, et auteur d’un rapport sur les signes d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, il y a près de quinze ans… Ignoré à l’époque, son rapport dénonçant l’« islamisation » des banlieues apparaît, avec le recul, comme prémonitoire. Car depuis, c’est peu dire que la situation dans les lycées et collèges du 9-3 s’est aggravée.

Et pas que dans le 9-3. Les lecteurs et les lectrices de Factuel pourront relire la chronique au sujet de Principal de collège, ou Imam de la République, de Bernard Ravet.

Ils pourront se plonger dans le rapport Obin, qui se termine de la façon suivante : Sur un sujet aussi difficile, et aussi grave puisqu’il concerne la cohésion nationale et la concorde civile, soulignons qu’il est chez les responsables deux qualités qui permettent beaucoup, et qu’on devrait davantage rechercher, développer et promouvoir à tous les niveaux. Ce sont la lucidité et le courage.

Ils pourront revisiter les territoires perdus de la République…

Et d’autres ouvrages qui ne sont pas de la plume de gens de droite ou d’extrême droite.

 

Dans Inch’Allah, des journalistes, donc, un guide et une vingtaine d’acteurs/témoins.

Le guide, Mokhtar Ammi, est un professeur d’histoire à la retraite. « La France est née ici, mais personne ne me croit. » Béret à carreau sur la tête, barbe tirant sur le blanc, cet homme au regard bienveillant est la mémoire de l’ancienne cité des rois de France, où il vit depuis près d’un demi-siècle.

[…]

Témoin des profondes transformations de la « capitale » de Seine-Saint-Denis, il a assisté, impuissant, à la montée d’un islam conquérant dont « sa » ville est sans doute le symbole le plus fort. Il nous a invité à une déambulation au cœur de celle-ci, comme s’il avait voulu nous prendre à témoin.

Au cours de cette déambulation, force est de constater que, par exemple, consommer halal est devenu une évidence, à Saint-Denis. De fait, quasiment une obligation.

Force est de constater que certaines femmes, pour contourner l’interdiction de dissimulation du visage dans l’espace public, portent un masque chirurgical.

Cacher les femmes, cacher leurs visages, leurs mains, ne pas les toucher, ne pas les approcher… n’est pas l’idéal républicain. Si ? Non ? Préjugés ? Lieux communs ? Ou pire, islamophobie ?

 

Il est toutefois relativement rare de rencontrer des femmes portant à la fois le voile et le masque en plein centre de Saint-Denis. En général, dans le 9-3, les musulmanes s’affichant de manière radicale et ostentatoire évitent les centres-villes et s’éloignent peu des quartiers périphériques, notamment des cités sensibles comme les Beaudottes de Sevran, les Courtillières de Pantin ou les 3000 d’Aulnay-sous-Bois…

Double relégation pour les femmes, donc.

La déambulation se poursuit. Un autre constat : Ici, les jeux à gratter ont remplacé les livres. Pour 1,6 million d’habitants, la Seine-Saint-Denis ne compte plus… qu’une douzaine de librairies !

[…]

Désormais, le centre de Saint-Denis compte trois librairies. Religieuses.

[…]

Jeter un œil sur le contenu de ces livres, dont certains sont d’authentiques best-sellers dans le 9-3, se révèle instructif. J’aime mon mari, par exemple, ouvrage qui prétend livrer cinquante-sept procédés pour « raffermir l’amour de [son] mari ». Le n°5 intime directement aux lectrices l’ordre d’accomplir les tâches domestiques. « Ta maison, est-il écrit, c’est ton royaume. Si ton époux rentre du travail et trouve l’intérieur de la maison mal rangé et sale, il partira ailleurs jusqu’à ce que tout redevienne propre et bien rangé » Le n°17 ordonne à la femme musulmane désireuse de ne pas contrarier son époux : « Satisfais ses désirs. » Et l’ouvrage de préciser : « Parfois, l’envie d’approcher son épouse s’empare de l’époux de manière irrépressible. Satisfaire avec empressement le désir sexuel de son époux est très important. C’est un ordre venant du Prophète lui-même. »

On croirait entendre Tariq Ramadan, dont on sait maintenant le grand écart qu’il fait entre ce qu’il dit… et ce qu’il a reconnu avoir fait.

On arrive près de la rue du Jambon, où se situe la mosquée du centre Tawhid, qui abritait notamment le bureau de Tariq Ramadan, le très contesté islamologue suisse, en détention provisoire depuis 2018, après avoir été mis en examen pour viols.

Les religions ont un problème avec la sexualité, cette déesse turbulente qu’elles cherchent à canaliser, enfermer, voiler, lapider, exciser… surtout quand il s’agit des femmes !

« Ce n’est pas ça, l’islam, se désole Mokhtar Ammi. Le Prophète a épousé Khadija, bon sang ! » Selon la légende, cette riche marchande était déjà mère et plus âgée que Mahomet, alors simple caravanier, lorsqu’elle le demanda en mariage.

Et le même de se souvenir : « À l’époque, le parti communiste régnait en maître et Saint-Denis avait une âme culturelle. […] Et d’assurer : « Mais l’électoralisme a poussé la gauche à ouvrir la porte au populisme et à l’islamisme. L’islamisme, ce n’est rien d’autre que du Front national en arabe. »

[…]

« Ils n’ont rien compris à l’islam », conclut sans colère notre témoin, en évoquant les fondamentalistes, de plus en plus nombreux et influents dans sa ville, comme sur l’ensemble du département.

[…]

Mokhtar Ammi lâche une ultime réflexion. Elle lui tient à cœur, lui qui pense que sa religion, désormais dévoyée, joue depuis les premiers califes un rôle de contrôle social : « On a inventé le pointage au commissariat pour les délinquants deux fois par semaine, l’islam l’a fait bien avant, cinq fois par jour à la mosquée… »

 

La préfète. À 55 ans, Fadela Benrabia s’exprime volontiers. Humour piquant et franc-parler jouissif.

Entre autres considérations au sujet d’un terrain qu’elle connaît bien, elle dit : « Le nombre de gamines qui remettent le voile à la sortie du collège, je peux vous dire que ça a explosé. Tout est “halalisé”. »

[…]

« La question que je me pose : c’est quoi les normes sociales qui sont en train de s’établir ? les sociabilités nouvelles dans ce territoire ? Qui dit sociabilité nouvelle dit normes ; qui dit normes dit nouveau contrôle. Quels rapports entre femmes et hommes, de domination, d’évitement ?

[…]

Des quartiers complets sont sous la coupe du halal »

[…]

« Ce qui est intéressant, c’est comment ça se répand. Comment ça prend le pouvoir. Parce que c’est ça, le vrai pouvoir. Quand tout le monde a intériorisé la domination. »

 

La directrice dit, entre-autres :

« Des enfants imaginent une pureté religieuse qui n’est même pas transmise par leurs propres parents ? »

[…]

C’est en fait en 2000, lorsqu’elle débarque à l’école Marie-Curie, qu’elle prend conscience pour la première fois de la mutation en cours. À son arrivé, elle constate, effarée, que les enfants ont pris l’habitude de se répartir à la cantine entre tables « pures » et « impures ».

[…]

La nouvelle directrice élabore donc un gigantesque plan de table, comme pour les mariages. Chacun des 280 élèves aura désormais une table attitrée, avec obligation que filles et garçons soient assis côte à côte, le tout sans distinction d’origines, religieuse, ethnique, sociale…

Ou, comment repaver de petits cailloux, le chemin vers les idéaux de la République…

[…]

« J’ai passé ma vie à vouloir que le monde soit plus juste », dit-elle encore.

Avant de conclure : « On n’a pas beaucoup avancé, mais ça m’a bien occupée ! »

 

Le syndicaliste. Ou, comment la religion s’insinue dans le milieu du travail et n’y sème (de nombreux exemples à l’appui) ni l’amour, ni la paix, mais la discorde et la zizanie…

Nous sommes à la RATP. Au dépôt des Pavillons-sous-Bois, une petite ville tranquille située au cœur de la Seine-Saint-Denis…

[…]

Le 13 novembre 2015, Samy Amimour s’est fait exploser au Bataclan…

Quand l’identité du terroriste a été révélée, la plupart des salariés du dépôt RATP n’ont pas été franchement stupéfaits. Depuis plusieurs années, le lieu traîne la réputation d’être un repaire de « barbus ». Un endroit miné par le communautarisme.

[…]

Nous sommes parvenus, une première pour des journalistes, à y pénétrer. Notre – discrète – visite nous a permis de constater que la réalité était un peu plus complexe. Si le dépôt est loin d’être à la solde des islamistes, et encore moins une « fabrique de terroristes » le fait religieux, en l’occurrence islamique, y est en revanche omniprésent.

Prières sur le lieu de travail, refus de certains de serrer la main d’une femme, de conduire un bus juste après qu’une femme a tenu le volant.

[…]

Des faits difficiles à étayer. Pour certains salariés, il s’agit de cas avérés. Christophe Salmon, syndicaliste CFDT en pointe dans la dénonciation des dérives religieuse au sein de la Régie, confie avoir reçu plusieurs témoignages dans ce sens. Un tract de la CFE-CGC, le syndicat des cadres, semble confirmer l’existence du phénomène. De son côté, la direction de la RATP garantit qu’aucun cas n’a été relevé. « Faux, il y a même eu des sanctions », maintient Christophe Salmon qui va jusqu’à affirmer que des chauffeurs se sont mis à porter des gants afin de ne pas avoir à mettre leurs mains en contact avec le volant. « C’est du domaine de la science-fiction », s’indigne de son côté Hervé Techer, délégué central du Syndicat SUD.

 

La gynécologue.

Huit années, déjà, qu’elle observe le phénomène.

[…]

Catholique et laïque, née au Liban, Ghada Hatem fuit les petits arrangements et les grandes croyances.

Mais, souvent, elle n’a pas le choix.

Son quotidien est parsemé de combats, menés par une personnalité clivante, grande gueule, décidée à nommer les choses.

Si la République a perdu certains des ses territoires, ne peut-on pas penser que c’est parce qu’elle a oublié, délaissé, laissé se débrouiller seuls… des citoyennes, des citoyens, des associations aux avant-postes dans la lutte contre les dérives communautaristes, religieuses… ?

Le quotidien de Ghada Hatem est fait de demandes de réfection d’hymen. La routine ici.

[…]

À force de voir défiler la misère féminine et l’obscurantisme religieux, on baisse ses défenses.

[…]

Il lui arrive aussi d’établir des certificats de virginité, même si le conseil de l’ordre des médecins de proscrit. « Je l’ai fait pour des gamines qui partaient au bled, où la belle-mère avait exigé un certificat avant de lui donner son fils. […] Je ne sais pas si je fais bien ou mal, mais j’essaie.

[…]

Comme cette pratique, en vogue, des mariages religieux temporaires pour, enfin, avoir une relation sexuelle. « Depuis cette radicalisation absolue, toutes les choses qui légitiment des trucs méga pervers sont bons à prendre, s’insurge la gynécologue. Les gens vont vous dire : “Je suis religieux. Je fais que des choses en accord avec ma religion.” C’est une hypocrisie phénoménale.

[…]

Pour son ex-directrice au CHU de Saint-Denis, Élisabeth Beau, Ghada Hatem est militante mais pas sectaire. « Je partage pleinement sa vision de la laïcité pour que les femmes, qui sont les premières victimes du sectarisme religieux, soient libres dans leur tête et dans leur corps », assume-t-elle.

Ghada Hatem tient tête aux critiques. Au nom d’un idéal : la santé pour tous.

 

Le lobbyiste.

M’hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des associations musulmane du 93 (UAM93), est le boss, « le patron des musulmans du 9-3 », comme certains l’appellent. Patron, ou plutôt lobbyiste en chef ?

[…]

Il est l’initiateur de rassemblements, copiés sur les salons organisés par les Musulmans de France (ex-UOIF), où défilent militants, avocats, humoristes mais surtout prédicateurs stars, comme le très rigoriste Nader Abou Anas, pour qui la femme « ne sort de chez elle que par la permission de son mari » et qui assimile la musique à des « sifflements sataniques ».

Cet homme est la cheville ouvrière d’un processus d’intrusion du religieux dans le politique. Un exemple parfait de la pression exercée par ceux qui voudrait que la loi de Dieu prévale sur celle des hommes. Le tout sur le terrain de ce qui est appelé la « guerre des mosquées ».

Cette « guerre des mosquées » mérite d’être relatée en détail, tant elle illustre jusqu’à la caricature les dérives clientélistes à l’œuvre dans le département.

[…]

Il espère pouvoir bientôt fusionner avec d’autres associations musulmanes installées dans les autres départements franciliens, et créer ainsi une force régionale. « Et, à terme, nationale », ajoute-t-il sans surprise. Une stratégie assumée de conquête de pouvoir.

Et d’influence. Politique comme religieuse.

Un peu avant dans le texte, il rapporte avec gourmandise ce que lui a expliqué un maire du 9-3 : « Une mosquée, c’est trois mandats. Un mandat pour la concertation avec tous les partenaires, un mandat pour trouver le terrain, alors qu’il est sous tes yeux, et un mandat pour construire la mosquée ; à ce moment-là, le maire peut dormir tranquille car les musulmans doivent trouver l’argent » résume Henniche dans un grand rire.

 

Le père.

Ils ne veulent pas, sa femme et lui, qu’une mosquée soit construite en face de chez eux.

Ce serait trop dur.

Trop dur de faire face au symbole de la conversion de leur fils Quentin. Quentin avait 23 ans quand il est mort en Syrie après s’être converti à l’islam et avoir fréquenté la mosquée des Radars de Sevran, surnommée la « mosquée Daesh ». Son fantôme est là, il rôde, dans leur coquet pavillon comme dans les esprits de parents toujours effondrés par le deuil.

 

Plus près de nous, à Vesoul. Extrait d’un article de l’Est Républicain en date de juillet 2015.

Une petite dizaine de personnes, issues de la ville préfecture de Haute-Saône et de ses environs, sont ainsi directement concernées : de jeunes de classe moyenne et de parents catholiques pour la plupart, radicalisés et complètement transformés en quelques mois. Ils sont seuls ou en couple, parfois avec des enfants. Certains sont partis en Syrie et en Irak depuis 2014 ; un autre y est mort dans un attentat-suicide revendiqué par Daesh en février dernier.

La maman de Pierre Choulet, le jeune homme qui s’est fait exploser à bord d’un camion chargé d’explosif, n’hésite pas à témoigner. Elle l’a fait, il y a quelques mois, au Kursaal, à l’issue d’un débat qui faisait suite au film Le ciel attendra.

 

Le patron. En fait, ils sont deux, patrons de deux entreprises distinctes.

Paprec et Dubrac, deux entreprises du 9-3, qui, face au même phénomène, y ont apporté deux réponses opposées.

[…]

Alors, Paprec ou Dubrac ? Laïcité intransigeante ou flexible ? Entre ces deux options « irréconciliables », la plupart des chefs d’entreprise du 9-3 préfèreraient ne pas avoir à choisir.

 

Le barman. Ou l’occasion de revenir sur le reportage diffusé en 2016 sur « le bar interdit aux femmes ».

 

Le flic. Ou la mise en évidence des dysfonctionnements, des conflits inter-services de renseignements.

Ils ont délaissé ce département au moins de 2010 à 2015. Confits dans leurs conflits, ils ont perdu du temps, laissé les fameux signaux faibles se développer, sans vraiment les comprendre, les appréhender.

[…]

De guerre lasse, le commissaire Guillaume Ryckewaert a fini par quitter le 9-3. En laissant derrière lui pas mal d’illusions. « Franchement, oui. J’étais content de partir, reconnaît-il. Et quand on voit ce qu’il se passe après, ça crée d’autant plus de frustrations, et l’envie de dire les choses, aussi » Il n’épargne pas les responsables politiques du département, au passage. Pointés pour leur attentisme. Leur volonté, parfois, de balayer la poussière sous le tapis. « Il y a des élus qui nient l’existence de l’islam radical. On avait vraiment une différence entre la parole publique et la parole privée de ces élus dans certains partis, comme au PS. Il y avait un déni de réalité dans certaines communes. »

 

Le guérisseur. La roqya chariya. Ou la mise au jour d’une médecine « alternative », entre charlatanisme et islamisme, dont le succès croissant illustre l’expansion en Seine-Saint-Denis du courant le plus rétrograde et obscurantiste de l’islam. Au cours de notre enquête, nous avons relevé plus d’une trentaine de cabinets pratiquant la Roqya sur le département.

 

La businesswoman. Une simple liste circulant sous le manteau. On se la refile entre conseillers de la mission locale de Sevran. Une liste noire, en fait. Elle comptait, début 2018, six associations, auxquelles on n’adressera surtout pas de jeunes en recherche de jobs. Pas question. Car même si ces associations utilisent allègrement les systèmes des « emplois d’avenir » mis en place par l’État, en réalité on n’y travaille pas.

Ou, plus exactement, on y perfectionne sa lecture du Coran, entre musulmans. Grâce au budget de l’État.

Devant les discriminations à l’embauche faites aux femmes et aux hommes affichant ostensiblement leur religion, l’enquête montre comment se montent des sites de recherche d’emplois « islamo-compatibles ».

 

L’imam. Ou comment l’école laïque a perdu sa crédibilité, au profit d’école confessionnelles, telle l’école Al-Andalus, ou le collège lycée privé musulman baptisé La Réussite.

Dans l’établissement créé à Saint-Denis par Mustapha Halloumi, plus de 200 jeunes âgés de 3 à 14 ans viennent chercher ce qu’on ne trouve pas, et pour cause, dans les écoles publiques : « l’enseignement des valeurs islamiques en parallèle du programme de l’Éducation nationale »[…]

Si, dans cette école, on y trouve bien comme dans toutes les écoles, des dessins et des poupées, griffonnés par les enfants, leurs visages se résument à un rond couvert de cheveux, long pour les uns, courts pour les autres – pour distinguer les filles de garçons, sans doute. Rien d’autre.

Vérification faite, dans l’établissement les poupées non plus n’ont pas de visage.

« Seul Allah peut créer », nous explique doctement une mère d’élève […]

 

La victime. Stella Bensignor et son mari David vivaient dans un pavillon de Romainville avec leurs trois enfants. Un soir de mars 2017, cette famille juive non pratiquante découvre à son retour sa maison totalement retournée.

[…]

Quelques semaines plus tard […]… en rejoignant son Opel Mokka, elle aperçoit une inscription sur sa portière, côté conducteur, comme une déchirure intime : « JUIF ».

[…]

« … Sur le périph, les gens se mettent à klaxonner, je ne sais pas pourquoi. Et puis je comprends, une fois chez le garagiste. Derrière, ils ont gravé “ISRAËL” avec une étoile de David, les deux pneus étaient tailladés et les valves se dégonflaient… »

La famille a dû quitter Romainville.

[…]

Quand elle a entendu mon récit, ma grand-mère de 94 ans m’a dit : “Tu sais, ma fille, ça a commencé comme ça, dans les années 1930 : quelques familles, quelques histoires…”

Des histoires, il y en a d’autres dans ce chapitre.

[…]

Stella Bensignor repense avec nostalgie à sa jeunesse, ces temps bénis où ses parents, qui venaient de Tunisie, « fraternisaient avec les voisins musulmans. On habitait dans les mêmes immeubles, on partageait les gâteaux, on s’invitait aux mariages ».

Son regard semble se voiler, soudain. D’un geste mécanique, elle caresse son collier argenté, au bout duquel est suspendu une étoile de David.

Depuis le cambriolage, lorsqu’elle doit prendre le métro, Stella Bensignor dissimule le pendentif dans son corsage.

Viennent aussi La secrétaire, Le nettoyeur, Le missionnaire, L’opportuniste, Le provocateur, Le doyen. Ils ont tous quelque chose à dire, qui demande à être entendu… quitte à en avoir froid dans le dos.

 

 

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Commentaires

Cet ouvrage, que je n'ai pas lu, et que je ne lirai sans doute pas, dissuadé par plusieurs critiques aussi étayées que décourageantes, pour ne pas dire dérangeantes au très mauvais sens du mot. 

La première souligne que le livre n'est pas une enquête, mais une compilation de témoignages, pour la plus part acceptés comme des faits, bien que non recoupés comme toute enquête journalistique qui se respecte. C'est ce qu'écrit le docteur en sciences politiques Julien Salingre, qui publie dans Repères anti-racistes un long article intitulé Inch'Allah, de Davet et Lhomme : du goudron, des plumes et des plaies. Il leur reproche également des biais méthodologiques.

J'ai aussi été très attentif à plusieurs lectures sur Médiapart. Ainsi, M Bentahar, sur son blog, reproche à l'ouvrage « une essentialisation discriminatoire fait perdre à l’enquête une part de sa crédibilité ». J'ai surtout été interpellé par la colère de « la secrétaire » Martine Roman, sollicitée pour témoigner dans le livre où elle s'estime caricaturée et dénonce une « manipulation ». Quant à Véronique Decker, enseignante en Seine-Saint-Denis et auteure de deux livres sur son vécu professionnel, elle dit simplement avoir éprouvé « la nausée » à le lecture du livre qui lui consacre un chapitre.

Pour la rédaction de Médiapart, où Fabrice Lhomme a travaillé un temps, « les auteurs promettent un ouvrage sans idéologie mais "100 % faits". Cette promesse éditoriale n'est pas tenue. » Le doute est également de mise à la lecture des Inrocks qui parle notamment de « réchauffé », de « diagnostic sans données » ou encore de « juxtaposition sans articulation »...

Soumis par Daniel Bordür le 22 nov 2018 - 23:31.

 A propos, Daniel, de ton commentaire.

 Daniel, tu as choisi, sans m’en informer, de publier ma chronique dans la partie Blog, de Factuel info. Dont acte… et pourquoi pas.

 

Si j’avais choisi de poster cette chronique sous la forme d’un billet de Blog, si donc j’avais eu la maîtrise de sa présentation, j’aurais, je pense, mis en titre de présentation, la citation de Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Ou peut-être ce que dit Le guide : « L’islamisme, ce n’est rien d’autre que du Front national en arabe », dans l’ouvrage dont il est question.

Ou cette parole de cette grand-mère juive dans le chapitre La victime : " Tu sais, ma fille, ça a commencé comme ça, dans les années 1930 : Quelques familles, quelques histoires…"

 Mais la gauche qui se prend les pieds dans le tapis… de prière, ça va aussi.

Si, essayant de nommer « les monstres », je cite Orban, Salvini, l’inénarrable Trump, Le FN… pardon le RN, le réchauffement climatique… il y aura probablement consensus. Si à cette liste non exhaustive je rajoute l’islam politique radical, rien ne va plus !

 

Après avoir dit que tu n’as pas lu Inch’Allah et que tu ne le liras pas, tu invites à aller lire ce que d’autres en ont dit. Pourquoi pas ? C’est une méthode pour se faire un avis, qui en vaut bien une autre. En ce qui concerne Médiapart (et Edwy Plenel), je trouve qu’ils ne sont pas clairs sur la question de l’islam et sur la question de l’exercice de la laïcité.

 

En ce qui concerne les Inrocks, je rappelle qu’ils ont commis une Une, à propos de Cantat (rien à voir avec l’islam, c’est simplement pour dire qu’on faire et écrire des conneries), et qu’ils s’en sont « repentis » … Hier, défilé pour lutter contre les violences faites aux femmes… violences dont un certain islam est friand.

 

Dans tout ce que j’ai lu de critiques, beaucoup de choses sur la forme, peu sur le fond.

 

Alors ? Est-ce que ce qui est écrit n’est véritablement qu’une compilation de faits anecdotiques ? Faits sans réels impacts ? Fantasmes ? Intentions malveillantes et islamophobes ? Incidents sans gravités montés en épingles ?

 

On peut ne pas lire Inch’Allah, écrit par des apprentis journalistes pilotés par des journalistes controversés, sembles-tu penser.

 

Alors ! Je reconseille de lire le rapport OBIN (2004). Et pour un rapport, il n’est pas du tout « chiant » à lire.

 

On peut lire ou relire Les territoires perdus de la République.

 

Et on peut lire ARTANA ! ARTANA ! roman de Didier Daeninckx (chroniqué dans Factuel). Une façon littéraire d’évoquer la montée de l’islam radical. Daenincks qui a écrit, en 1983, Meurtres pour mémoire, un roman qui évoque le massacre des Algériens du 17 octobre 1961… et pas pour le justifier !

 

 

 

Soumis par Danièle Secrétant le 25 nov 2018 - 15:45.