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Djihad, une pièce de théâtre entre rires et larmes

Jeudi 6 décembre 2018 / Danièle Secrétant

Mardi 4 décembre 2018, à l’initiative de Café Charlie Besançon, en partenariat avec la maison de quartier Nelson Mandela, à Planoise, la pièce de théâtre Djihad a été jouée devant 174 élèves, accompagnés de 14 enseignants, venus des lycées Pasteur, Victor Hugo et Tristan Bernard.

Cette présentation de pièce de théâtre s’inscrit dans la logique des Parcours Citoyens animés par cette maison de quartier, parcours citoyens dans lesquels Café Charlie Besançon apporte sa pierre.

Ce fut un beau moment de théâtre tragi-comique, empli de vérités, plein de tendresse, d’engagement citoyen, d’humanisme, d’incitation à réfléchir et à ne pas se laisser embarquer dans la direction de la mort. De refuser de tuer son semblable parce qu’il ne partage pas les mêmes opinions.

Ce fut aussi une dénonciation sans appel de l’islam radical, écrit, nous le verrons plus loin, par un musulman.

La règle du jeu était qu’après la pièce de théâtre, un débat s’instaure entre les comédiens et les lycéens. Les adultes (professeurs, animateurs de Nelson Mandela, membres de Café Charlie…) étaient priés de s’abstenir de prendre la parole.

Et ça a formidablement fonctionné.

Marie-Agnès Choulet, la maman de ce jeune vésulien manipulé, radicalisé, et qui s’est « fait sauter » en Irak à bord d’un camion bourré d’explosifs, est venue apporter son témoignage, d’une grande dignité. Sans haine. Avec le souci de faire de la prévention. Dans son sac, elle a des photos de Pierre, son fils, alors qu’il est enfant, puis en tenue de sportif, en aube de communiant…

Depuis, cette maman se bat pour que d’autres enfants, d’autres familles, ne connaissent pas le même sort.

Djihad. Il fallait oser donner ce titre à une pièce de théâtre. L’auteur, Ismaël Saidi l’a osé. Il en a osé aussi le contenu. Depuis 2014, Djihad est joué par plusieurs groupe d’acteurs d’Aviscene, la compagnie qu’il a créée. Plus de 450.000 spectateurs, (chiffre actualisé à mi-2018) dont une bonne moitié sont des élèves, ont ri, ont pleuré.

Dans cette vidéo https://www.youtube.com/watch?v=b29AY42LKkQ, l’auteur et scénariste explique pourquoi il a écrit cette pièce.

Ismaël Saidi se définit comme étant de nationalité belge, marocain d’origine, musulman pratiquant, de culture judéo-chrétienne dans un environnement laïque. Du radicalisme religieux il dit que c’est une hydre à deux têtes, dont il faut couper les deux têtes en même temps.

La première tête, ce sont les problèmes de sociétés, dont certains seront évoqués dans la pièce. Ghettoïsation… personnes et quartiers laissé à l’abandon…

La deuxième tête, ce sont les pressions que des musulmans exercent eux-mêmes sur les leurs, en leur imposant des interdits que la pièce de théâtre invite à contester, à en vérifier la validité…

Trois jeune garçons, Reda, Ismaël et Ben, vivent en Belgique, mais ça pourrait être n’importe où ailleurs.

Ils sont un peu perdus, pour des raisons qui apparaissent au fur et à mesure qu’ils se racontent. La seule solution qu’ils ont trouvée (ils y ont été un peu « aidés »), c’est de partir faire le Djihad. On les suit depuis leur départ, à l’aéroport, jusqu’à leur arrivée à Istamboul, où ils sont pris en charge. Destination : zone de combat.

En cours de route, ils se posent des questions : qu’est-ce qu’un mécréant ? À quoi on le reconnait ? Pourquoi est-ce que je dois tuer les Juifs ? Pourquoi est-ce que je ne peux plus écouter de musique ? Pourquoi est-ce que je ne peux plus dessiner ? Pourquoi est-ce que ma mère ne veut pas que j’épouse Valérie ?

Ils rencontrent aussi Michel, un « arabe chrétien » qu’ils prennent pour un des leurs et avec qui ils vont fraterniser. Michel est dans son église dévastée, il veut enterrer sa femme. Lorsqu’ils s’aperçoivent de leur méprise, les trois apprentis djihadistes se demandent s’ils doivent appliquer ce pourquoi ils sont venus : tuer ce mécréant, tuer ce chrétien.... Ils ne le feront pas, après débats et hésitations. L’humanité vaincra l’idéologie mortifère.

Le parti pris d’Ismail Saidi est de faire rire d’un sujet grave. Le rire provoqué par le côté « branquignole » de Reda, d’Ismaël, de Ben, n’est pas un rire « gras », ce n’est pas un rire de mépris, c’est un rire ému, c’est un rire fraternel. Ce rire ponctue les épisodes de la pièce et va jusqu’à la fin, dramatique. Parce que ça se termine mal. Avec le cri déchirant du seul survivant de cette épopée, Aidez-moi !

Et là, on pleure… plus discrètement que l’on a ri.

Il faut dire que Florian, Samir, Lionel et Mehdi, comédiens de la troupe Aviscene, habitent leurs personnages de façon magistrale. Ils en adoptent la gestuelle, les codes de communication… du grand art. En fond de salle, la régisseuse, Octavie, qui pilote l’affaire.

Ensuite Marie-Agnès Choulet a apporté son témoignage. Et un débat de haute tenue, respectueux, avec des questions pertinentes, s’est engagé entre les élèves, les comédiens, et Marie-Agnès Choulet. Pendant plus d’une heure.

Ce fut une belle après-midi.

Réconfortante parce que citoyenne et sans haine.