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Trois boussoles pour la laïcité

Mercredi 2 septembre 2020 / Danièle Secrétant

 Trois boussoles pour laïcité, est le titre de la contribution d'Henri Peña- Ruiz à la revue fondée par Michel Onfray, FRONT POPULAIRE. La revue, est-il écrit en quatrième de couverture, des souverainistes de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part. Ce billet de blog se veut une fiche de lecture de cette contribution particulière.

J'ai acheté FRONT POPULAIRE par curiosité, et avec un apriori peu favorable au concept. Mon intérêt a grandi au cours de la lecture. En particulier en ce qui concerne l'article d''Henri Peña- Ruiz. Les constats  faits sur l'Europe, les analyses socio-politiques, les pistes d'actions possibles  ... proposés par la revue souverainiste méritent qu'on y porte attention. Je ferai une proposition d'article pour la partie journal de Factuel. 

En exergue, sous le titre de la revue, une citation de La Boétie : « Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres ! »

Dans le premier numéro on trouve, entre-autres, des contributions de Philippe de Villiers dans un “faux” dialogue (ai-je lu quelque part) avec Jean-Pierre Chevènement. La mise en page de leurs interventions croisées au sujet de l’Europe laisse penser qu’ils se trouvaient dans la même pièce lorsqu’ils répondent aux questions posées par Front Populaire. Ce qui n’a pas été le cas, semble-t-il.

Qu’à cela ne tienne. La contribution est intéressante, à plus d'un titre. J'y reviendrai dans l'article sur le contenu, plus général, de la revue.

On trouve également une contribution de Jacline Mouraud, une des leaders des Gilets jaunes. De François Boulo, avocat aux côtés des Gilets jaunes.

Et d’autres contributeurs…

Je ne m’attendais pas à y trouver Henri Peña-Ruiz. Je ne saurais dire pourquoi, parce que somme toute, je le connais peu, et mal.

Sa contribution à cette revue souverainiste vaut le coup d’être lue. Elle a le mérite d’être clairement lisible.

Trois boussoles pour la laïcité, donc. Et dans un monde et un moment où la vox populi gémit que nous ne savons pas où nous allons – dans le mur, ou dans un gouffre noir, disent les plus pessimistes – trois boussoles sont les bienvenues.

En introduction de son texte, HPR, écrit :

Dieu et Marianne ont vécu longtemps, affranchis l’un de l’autre, et n’avaient plus à se faire alliés ou ennemis, car ils relevaient de registres rigoureusement distincts, grâce à la séparation laïque. Mais de nouvelles revendications et de dérives fondamentalistes ont remis le combat pour la laïcité au cœur du jeu pour notre République. Le droit à la différence, expression ambiguë, risque bien de se muer en différence des droits. ( C'est moi qui souligne) Il est donc temps de reconsidérer notre émancipation par la laïcité.

Henri Peña-Ruiz fait un rappel. Il inclut sa réflexion sur la laïcité, sur son intérêt, sur sa force, dans le cadre de la société multiculturelle qu’est devenue notre société.

Mais, écrit-il, cela n’implique nullement une doctrine multiculturaliste, qui laisserait chaque groupe définir ses propres normes, au détriment de la cohésion républicaine.

La cohésion républicaine. Elle est mise à mal, c’est le moins que l’on puisse dire. Des groupes de pression cherchent à imposer des façons d’être, de vivre, de penser, d’agir, à rebours de l’idéal des Lumières, des humanistes… Pour eux, Liberté, Égalité, Fraternité… et Laïcité (qui devrait, elle aussi, être gravée sur les frontons,) ne sont que de vains mots, pire même, des idéaux à combattre, à anéantir.

Théocratie contre démocratie.

La France, un creuset.

HPR évoque le creuset français, […] D’où la comparaison avec un creuset, récipient résistant à la chaleur où l’on mélange des métaux en fusion pour en faire un alliage. Ce creuset, la Révolution française l’a fondé en faisant de la nation une communauté issue d’une volonté de vivre ensemble selon des règles fondées sur les droits de l’être humain, et non plus sur des usages coutumiers particuliers, assorties de normes religieuses qui les sacralisent.

Le tout récent (août 2020) fait divers qui s’est déroulé à Besançon, montre bien que ce qui est arrivé à cette jeune fille, n’aurait peut-être pas eu lieu, si la question de l’adhésion aux valeurs laïques, aux principes républicains, étaient une condition sine qua non, à une installation dans notre pays.

Pour rappel, une jeune fille musulmane a été battue et tondue, parce qu’elle était amoureuse d’un chrétien.

[…]

Indissociables, les trois principes de la devise républicaine ont une portée universelle, qui contraste avec le rôle des particularismes religieux et coutumiers de l’Ancien Régime.

 Dans son chapitre : TROIS APPROCHES COMPLÉMENTAIRES POUR ÉCLAIRER LA LAÏCITÉ, HPH fait quelques rappels :

 L’Histoire, sorte de démonstration par l’absurde, montre ce qui se passe quand il n’y a pas laïcité, c’est-à-dire quand religion et politique se mêlent et se corrompent mutuellement.

(cf ce qui se passe, ce qui s’est passé, au Liban. Ce qui se passe, ce qui s’est passé dans nombre de pays dans lesquels la religion fait office de cadre à la Loi.)

 En occident, l’intolérance et les guerres de religion, la répression des hérétiques et les bûchers de l’inquisition, la haine de la raison et de la science, la domination machiste des femmes (C’est moi qui souligne. On peut s’intéresser à un concept, celui du male gaze, le regard masculin. Une intervention à écouter en podcast dans Les couilles sur la table, épisode 56. https://www.binge.audio) Le fanatisme et le rejet de l’autre, ont sévi pendant quinze siècles. Une telle violence n’est pas le fait d’une seule religion. Le terrorisme islamiste a pris le relais au XXe siècle, avec la violence qu’on lui connait. Il a aussi ses hérétiques, ses mécréants détestés et condamnés à mort, sa haine de la raison et de la science, son puritanisme sexué qui infériorise les femmes en les mettant à la disposition des hommes.

[…]

Si le catholicisme a évolué, contraint et forcé, et pris une forme apaisée, pourquoi la religion musulmane ne ferait-elle pas de même en rejetant son dévoiement islamiste ? le mouvement laïque n’a aucune raison de rester assigné à résidence. À rebours de tout fatalisme et de tout relativisme pratiqué au nom d’une culture, l’émancipation laïque est à la portée de tous les peuples.

[…]

La puissance publique, devenue laïque, est désormais dévolue à l’intérêt de tous, donc à l’universel. Affranchie des traditions rétrogrades, elle fonde l’union des êtres humains sur des principes d’émancipation et non de soumission.

[…]

Former des hommes éclairés, des citoyens libres, des travailleurs munis de culture générale et d’esprit critique. « Rendre la raison populaire », écrivait Codorcet.

 Dans son chapitre : LA SÉPARATION LAÏQUE COMME CONDITION ET GARANTIE

Le terme laïcité vient du grec ancien iaos, qui désigne l’unité d’une population vivant dans un même lieu, sans différence de statut entre les personnes qui la composent. Le souci laïque est de traiter de façon égale tous les êtres humains : même liberté pour tous, sans privilège d’une conviction particulière, qu’elle soit religieuse, athée ou agnostique.

L’État laïque organise un cadre politique commun fondé sur les droits humains universels et non sur des particularismes religieux ou coutumiers.

[…]

Deux distinctions conceptuelles à ne pas confondre s’affirment alors dans leurs différences : privé/public/ et individuel/collectif. L’ensemble de croyants d’une religion donnée constitue une réalité privée de nature collective. De même pour l’ensemble des athées ou agnostiques.

Concernant la diversité des convictions et leur respect selon une égale liberté, HPR rappelle l’utilisation possible du néologisme égaliberté.

[…]

La raison d’être de la laïcité est de promouvoir ce qui unit tous les hommes, non ce qui les divise et les enferme dans des « différences ».

[…]

HPR rappelle la belle formule de Victor Hugo, dans son discours contre la loi Falloux de 1851 : « Je veux l’Église chez elle, et l’État chez lui. »

 SENS ET PORTÉE DE LA REFONDATION LAÏQUE

[…]

L’idéal laïque associe de façon forte la liberté de conscience, qui implique la promotion de l’autonomie rationnelle des citoyens, leur égalité éthique, juridique et symbolique, et la préservation d’un espace civique commun à tous. D’où sa portée universelle.

La laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, mais le cadre juridique et politique d’une coexistence pacifique des options spirituelles, qui apprennent à s’y transcender pour que puisse advenir un horizon d’universalité.

[…]

La concorde qu’elle rend possible est ainsi la plus authentique qui soit, car elle ne repose sur aucun assujettissement des consciences, aucune emprise idéologique.

 LES TROIS REGISTRES DE L’ÉMANCIPATION LAÏQUE

 On appelle émancipation la sortie d’une dépendance, donc la libération.

[…]

L’exemple de l’émancipation des femmes par rapport au patriarcat illustre parfaitement ce point. La conquête des droits politiques et juridiques égaux est essentielle (suffrage universel masculin-féminin, droits civils égaux, etc.). L’émancipation intellectuelle et culturelle est un ressort décisif, car elle brise les chaînes intérieures qui consistent à tenir pour naturelle la domination machiste, sacralisée par les trois monothéismes.

[…]

Le combat laïque est aussi une des formes du combat social

 Et je ne peux que déplorer que la question de la laïcité ne soit pas abordée, dans les luttes syndicales, par exemple.

UN BREF RÉSUMÉ, écrit HPR, POUR FIXER LES REPÈRES MAJEURS DE L’IDÉAL LAÏQUE

 1/ La laïcité est un UNIVERSALISME et non un différencialisme.

[…]

Cette boussole est essentielle pour contrer l’idéologie du rassemblement national, qui est différencialiste et qui usurpe l’idéal de la laïcité pour couvrir d’un mot honorable son rejet d’une partie de la population, son opposition caractéristique entre nous et eux, typique du nationalisme identitaire, théorisé par Carl Schmitt, un des inspirateurs du nazisme. L’universalisme laïque n’a rien à voir avec l’ethnocentrisme colonialiste ni avec le racisme, contrairement à ce que prétend la mouvance décoloniale. (C'est moi qui souligne)

[…]

2/ La laïcité est un principe d’ÉMANCIPATION et non de soumission.

Elle unit les êtres humains par cela même qui les affranchit et les libère. L’exemple de l’émancipation des femmes est ici très représentatif. En affranchissant la loi civile commune à toutes et à tous, de la tutelle religieuse, la laïcité délivre les femmes du patriarcat et de la domination machiste, sacralisée par les trois monothéismes, mais aussi les homosexuels, les athées et les croyants persécutés au nom d’une fois imposée. Elle libère la sexualité de sa réduction à la procréation, comme de sa culpabilisation.

 Sur le chemin qui reste à parcourir, concernant les femmes, on peut lire l’instructive et terrifiante enquête de Dominique Sigaud : La malédiction d’être fille. Chroniquée dans Factuel.

 3/ La laïcité assure la préséance du BIEN COMMUN à toutes et à tous, donc de l’intérêt général, sur les privilèges d’intérêts particuliers

 Elle donne chair et vie à ce qui est partageable par tous, à rebours de tout enfermement communautariste. Le combat laïque et le combat social s’articulent pour transformer les droits formels en droits réels.

[…]

En ce sens, comme l’avait bien vu Jean Jaurès, l’émancipation laïque va de pair avec l’émancipation sociale.

 

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