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Quand manger des animaux pose question au quotidien

Jeudi 29 mars 2018 / Dominique Henry

Retour sur la Conférence-débat du 23 mars à Valdahon « Encore carnivores demain ? Quand manger des animaux pose question au quotidien ».

Cette conférence organisée conjointement par le GAB (Groupement des Agriculteurs Biologiques) 25-90, Interbio et la Confédération Paysanne, a réuni environ 60 personnes  (Partenaires : les Biocoop du Doubs , La Vie Claire de Baume les Dames , présence de la librairie Graine de Livres de Valdahon , et de Lutopik Magazine).

L’objectif était d’échanger sur le thème de la viande, des animaux qui la produisent, des éleveurs qui les chérissent et des consommateurs qui la mangent. Une autre manière de consommer est possible, dans le respect des personnes et des animaux avec lesquels ils travaillent .

L’intervenant Stéphane Dinard est éleveur de porcs gascons, vaches Dexter, moutons et volailles  en Dordogne. Il y a quelques années , il a décidé de ne plus conduire ses bêtes dans les abattoirs de la région, car « cela ne répond pas aux exigences de respect et de dignité qu’il est nécessaire de témoigner aux animaux que nous consommons ». Quand on tue , on prend une vie , donc il faut que cela soit fait dans le plus grand respect. Le plus dur, c’est la montée dans le camion , on a l’impression de les abandonner à leur sort , et l’on n’est plus maître de la suite. Il a ainsi décidé d’abattre ses animaux à la ferme (et ainsi s’est mis hors la loi). Il confie ce travail à un boucher professionnel .

Avec d’autres éleveurs de sa région refusant la mort de leurs bêtes à l'abattoir , souhaitant que leurs animaux « naissent , vivent et meurent sur leur lieu de vie », il fonde en 2015  le Collectif : « Quand l’abattoir vient à la ferme ». Ce Collectif rassemble plus de 400 éleveurs , une trentaine de vétérinaires , des artisans-bouchers , des consommateurs , des associations de protection animale..

Emilie Jeannin éleveuse de Charolais en Côte d’Or , représentait l’association « Le Bœuf Ethique ». L’idée est un camion-abattoir mobile allant de ferme en ferme (modèle suédois). Mais l’Etat et l’interprofession (Interbev) sont contre les abattoirs de proximité. Pourquoi ? les géants de l’industrie de la viande en France (Bigard, etc.) qui pilotent et détiennent une bonne partie des abattoirs privés , n’ont aucun intérêt à ce que les éleveurs reprennent en main la filière. De gros enjeux financiers se cachent derrière… Les abattoirs municipaux/publics ont quasiment disparu de nos campagnes, au profit de grandes usines d’abattage privées, avec des cadences infernales (ex 10.000 porcs /jour). De plus cela nécessite le transport d’animaux vivants, donc du stress inutile. Il faut absolument redensifier le maillage des abattoirs sur notre territoire, certains départements n’en ont plus du tout : 283 abattoirs en France contre 3500 en Allemagne !

On a mis en place des dizaines de lois et règlementations complexes afin de rendre obligatoire le passage des animaux d’élevage par les abattoirs, on a retiré aux vétérinaires de campagne le droit d’effectuer les examens ante et post mortem. Pour abattre ses bêtes à la ferme, Stéphane Dinard. s’est entouré de professionnels (tueur, boucher), et les services sanitaires qui l’ont contrôlé n’ont rien trouvé à redire… sauf que c’est illégal, et qu’il risque 15.000 Euros d’amende et 6 mois de prison .

Bravo à ces éleveurs qui cherchent des solutions concrètes, n’hésitent pas à se mettre hors la loi pour poser des débats sur la place publique .

Pour trouver un producteur près de chez vous : l’association Colibris 25 a présenté une carte collaborative « près de chez vous » que chacun peut aller consulter .