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Quand la politique du hors-jeu nous amène à sortir du "Je"

Vendredi 11 décembre 2015 / Emilie Devillers

Tribunal International des Droits de la Nature

Prenons une partie de n'importe quel jeu collectif dont l'enjeu est notre survie. Que se passerait-il si nous nous apercevions progressivement, que la partie est truquée, que l'arbitre est corrompu, que les limites du terrain ne sont pas celles que l'on voit, que la moindre action est sanctionnée hors jeu, que les règles changent sans que l'on en soit informé, que les défenseurs disparaissent un à un, qu'il n'y a plus de gardien dans les buts, que l'on se retrouve seul face à un adversaire que l'on ne voit pas alors que le temps impartis s'accélère.

Un macabre scenario me direz-vous ?

Et si cette description s'appliquait à notre période contemporaine. Si nous étions entrain de nous apercevoir que nos dirigeants ne nous représentent pas, que personne ne défend nos intérêts ni notre sécurité. Que la propagande du Grand Marché du Libre Échange sauce TAFTA était entrain de plier la partie et finissait de nous retirer tout espoir de survie sur la planète.

Quid des enjeux actuels, de la sûreté, de l'autonomie et de la gouvernance des peuples par eux-mêmes ? De la libre coopération des êtres vivants entre eux ? De la création, de l'échange et de l'évolution de nouvelles pratiques plus spirituelles et aptes à assurer ne serait-ce que la paix entre êtres vivants ?

Face à ce carnage de "Je" qui s'affrontent partout et sans merci, dans une compétition mortifère sans lendemain, que faire ? Face à la marchandisation, la financiarisation, la corruption, la domination, la guerre, la destruction des conditions de vie sur Terre, comment faire mieux avec moins ?

Être plus intelligents !

Êtres Humains, voici notre mission : devenir plus intelligents ! Évoluer !

C'est bien joli mais comment ?

En se connectant à la Vie. Au vivant, à la Terre, en respectant ce qu'elle nous offre, en modifiant nos comportements égoïstes, autocentrés et puérils. En comprenant que nous sommes en interdépendance avec notre planète.

En commençant par sortir de l'embrigadement idéologique, de la peur, du mépris. En ayant foi en la solidarité, en l'inventivité, en l'ingéniosité de nos esprits, de nos cœurs et de nos corps.

En nous éloignant du hors-jeu perpétuel dans lequel nous enferment nos "Je". En prenant part à la magie de la Vie. En pensant "Nous". En intégrant notre force collective, nos possibilités, notre devenir commun, nos rythmes.

Dimanche, je vais la jouer collectif. Je ne vais pas me faire prendre une deuxième fois à ce mauvais scenario du hors-jeu de 2002. Dimanche je vais la jouer hors-je, pour Nous, avec la seule option qu'il nous reste pour sortir de cette horreur : faire autrement. Dimanche je prends mes responsabilités, je vais être créative, "Je vote pour la survie de la Planète".

Et oui, en qui puis-je avoir plus foi qu'en mon vaisseau mère, celui qui nous a vu naître, qui nous nourrit, nous abreuve, nous abrite depuis des millénaires. Que sommes-nous sans la Terre ?

Alors, après ce petit clin d’œil au dépouilleurs du dimanche, je marcherai sans peur et sans reproche. J'irai par exemple joindre mes forces aux membres du "Tribunal International des Droits de la Nature". Ceux et celles-là même qui se sont rappelé au bon souvenir des dirigeants du monde marchand le 05 décembre dernier lors de la COP21. Ceux et celles-là même qui listent les écocides, les meurtres contre-nature, les tortures du vivant. Ceux et celles-là même qui œuvrent pour notre survie planétaire.

Dimanche, comme chaque jour, je vivrai sur Terre. Un vaste territoire sur lequel des milliards de décisions sont prises en temps "machine" pour des intérêts privés. Une petite planète d'un tout petit système solaire d'une insignifiante galaxie, où l'idée d'une gouvernance mondiale des peuples libres est encore une utopie.

Dimanche je n'aurai donc pas les moyens de faire entendre ma voie, mon vote, ma voix. Alors à quoi bon. Alors pour de bon, je me motive à vivre sur Terre avec cette réalité qui me blesse et m'émeut.

J'irai voter, par respect pour les lignées d'humains qui se sont battus pour que nous ayons le droit à un peu de collectif respecté. J'irai donc voter selon ma conscience, en m'exprimant librement. Puis j'irai rejoindre les derniers êtres humains debout, les derniers remparts à la folie actuelle. Il y en a plein, partout, tapis dans chaque coin de cœur. Petit à petit, dans l'ombre des corps ils s'éveillent, ils se préparent. Peu à peu ils quittent la résistance de l'égo à qui tout est impossible et rien n'est assez beau. Ils se lèvent est marchent vers Ailleurs.

Dimanche j'irai rejoindre le Monde Libre, ce Nous en devenir, le seul Être Humain digne de vivre sur Terre.