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Vous avez dit "biodiversité" ou déclin du vivant ?

Jeudi 28 janvier 2016 / Emilie Devillers

Dire que la préservation de la biodiversité n'est pas une priorité nationale serait peut être un tantinet politiquement directe. Des arguments pour cet affront à la bienséance ? Oh que oui !

Petit rappel chronologique :

1976 : création d'une loi pour la protection de la nature (conscients que de nombreux problèmes nous guettent déjà, des mesures sont envisagées...).

2016 : projet de loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » (quel aveu d'impuissance du politique...).

Mais que s'est-il passé ? 40 ans après les constats, quelles applications ont été mis en œuvre ?

Il paraitrait que "la France tente de sauver une biodiversité en péril"1 :

« Nous sommes enthousiastes à l’idée que, quarante ans après la loi de 1976 sur la protection de la nature, ce texte arrive enfin devant les deux assemblées, indique Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Mais inquiets du décalage entre le discours du gouvernement, qui dit vouloir faire de la France une nation exemplaire pour la biodiversité, et la réalité sur le terrain. » Car il y a urgence. « Nous assistons à une destruction massive de notre capital naturel », rappelle Pascal Canfin, le directeur général du WWF. (...). Malgré de multiples outils réglementaires (parcs, réserves, sites Natura 2000, etc.), seul 1 % du territoire métropolitain est aujourd’hui « sous protection forte ». (...) La loi sur la biodiversité suffira-t-elle à « inverser la tendance » du déclin du vivant, comme le souhaitent les associations ? Le texte est encore loin d’être figé. Le Sénat, manifestement plus perméable au lobby des chasseurs et des agriculteurs, a déjà supprimé, en commission, plusieurs mesures fortes adoptées par les députés. L’interdiction de tous les insecticides néonicotinoïdes, des molécules chimiques nocives pour les abeilles et autres pollinisateurs est ainsi passées à la trappe malgré un moratoire européen sur ces substances datant de décembre 2013. Et contre les préconisations de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), qui préconise le renforcement des conditions d’utilisation des produits2. Le rapport propose d’étendre le moratoire sur les néonicotinoïdes à l’enrobage des semences des céréales d’hiver par ces produits3.

Ce projet de loi, qui a donc été revu à la baisse pour ne pas contrarier les lobby (entre autres agroalimentaires), ne devrait, qui plus est, pas être adopté avant au mieux la fin de l’année 2016. Bravo donc pour la réactivité ! Une preuve de plus, s'il en fallait, des priorités et diverses collusions en vigueur !

Ce "flagrant délit" d'immobilisme n'empêche pas Ségolène Royale de saluer les sénateurs rentiers :

"Je salue le vote massif du Sénat en faveur de la biodiversité française"3.

Mais ne nous reposons pas sur nos salades, d'après Graines de vie4, association de sauvegarde des variétés anciennes, par la multiplication des semences libres, le constat des pertes de ressources est redoutable :

75% des espèces comestibles ont disparu en moins d’un siècle. (Chiffres ONU – FAO). D'après les résultats d’une étude publiée récemment, le rapport "Still No Free Lunch" de Brian Halweil, du World Watch Institute (États-Unis), la disparition des savoir-faire et la standardisation industrielle ont appauvri notre nourriture, au point qu’il faudrait manger 26 pêches d'aujourd'hui pour retrouver la valeur nutritionnelle d’une pêche de 1950. De même les variétés de pommes d’autrefois contenaient jusqu’à 100 fois plus de vitamines que certaines de nos variétés modernes.

"Ce sont les jardiniers qui de tous temps ont été les meilleurs gardiens de la Biodiversité. Il y a 13 millions de jardiniers en France. C'est une force citoyenne qui s'ignore, la plus bénéfique à la collectivité..."

L'association a pour projet la formation d'ambassadeurs de la biodiversité, d'un programme pédagogique vidéo, la sauvegarde et la multiplication de 150 variétés anciennes.

Donc pas d'alarmisme. Non, citoyens, mobilisons-nous ! Sans pollinisateur plus de multiplication des végétaux, sans semences libres plus de souveraineté alimentaire, sans humains conscients et engagés, plus de biodiversité...

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Une information de l'Union Nationale de l'Apiculture Française6 à diffuser très largement :

A ne pas rater : le mardi 2 février à 20h55, l’émission d’Elise Lucet sur France 2, Cash Investigation7, portera sur les pesticides.

1 L'article complet sur le site du Monde : http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/01/19/la-france-tente-de-sauver-une-biodiversite-en-peril_4849452_1652692.html

2 L'article complet sur le site de l'ANSES : https://www.anses.fr/fr/content/n%C3%A9onicotino%C3%AFdes-et-pollinisateurs-l%E2%80%99anses-pr%C3%A9conise-le-renforcement-des-conditions-d

3 L'article complet sur le blog de la ferme de Sainte Marthe : http://blog.fermedesaintemarthe.com/remise-du-rapport-de-lanses-sur-les-effets-des-neonicotinoides/

4 Le communiqué de presse de Ségolène Royale sur le site du ministère : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Je-salue-le-vote-massif-du-Senat,46317.html

5 Site de l'association Graine de vie : http://grainesdevie.net/

6 La question de l'abeille et des pesticides sur le site de l'Union Nationale de l'Apiculture Française : http://www.unaf-apiculture.info/

7 Le site de l’émission Cash Investigation : http://www.leblogtvnews.com/2016/01/cash-investigation-le-2-fevrier-produits-chimiques-nos-enfants-en-danger.html