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Grève des livreurs Deliveroo à Besançon

Dimanche 15 novembre 2020 / Gaby Viennet

Besançon. Début du rassemblement des livreurs Deliveroo.Une vingtaine de livreurs grévistes. Hors champ ils discutent avec les journalistes.Il y avait même un chien livreur de croquettes pour ses congénères.

Samedi 14 novembre, midi, place Pasteur à Besançon, j’aperçois un alignement de vélos, et vers les roues avant des sacs isothermes cubiques aux couleurs (gris et bleu-vert) de Deliveroo bien reconnaissables sur lesquels sont appuyés des morceaux de carton ondulé porteurs de slogans :« Deliveroo préfère payer sa pub que ses salariés (match, TV, promos) », « On ne vit plus, on survit », « Nous ne sommes pas des esclaves, nous sommes humains », « En grève ».

Les livreurs discutent et un petit groupe s’entretient avec une journaliste et un photographe de l’Est Républicain.
Ils ont décidé d’arrêter de bosser aujourd’hui, ils sont en grève. Depuis 8 mois (le premier confinement) les tarifs ont baissé et avec le second confinement leur « employeur » a décidé de baisser encore le tarif des courses qu’ils effectuent pour des livraisons de repas depuis les restaurants jusqu’aux clients qui les ont commandés. Pour une course qui était payée 5 €, la plateforme voudrait ne plus leur verser que 3,50 €. Deliveroo passe des contrats avec les livreurs. Mais en fait, de contrat, il n’y en a pas vraiment. Les livreurs se déclarent comme autoentrepreneurs et Deliveroo leur fournit un accès à une plateforme qui leur propose des courses. Les contacts se font via une application sur téléphone portable. Les livreurs expliquent qu’il y a quelques années, ils avaient épisodiquement la visite d’un responsable. Actuellement plus personne ne les rencontre, les échanges téléphoniques sont impossibles, tous les contacts se font via « l’appli ». Récemment un livreur bisontin « s’est fait virer ». C’était un des meilleurs sur la place, un des plus rapides pour effectuer les livraisons rapporte un de ses « collègues » et ami. « Ils lui ont reproché d’être devenu trop lent dans les livraisons, mais en fait c’est pour faire un exemple et nous faire plier, accepter les nouveaux tarifs revus à la baisse ».

Leur employeur ils ne le connaissent pas. C’est une entreprise britannique fondée en 2013. Elle assure la livraison de plats cuisinés. En fait elle se réduit à une plateforme permettant à des clients potentiels de commander des repas auprès de restaurants « partenaires ». En août 2020, Deliveroo est implanté dans 12 pays et collabore avec 100 000 restaurants. En France Deliveroo est présent dans 300 communes et est partenaire de 15 000 restaurants. Amazon est actionnaire pour 16% de son capital. En août 2019 il y avait déjà eu un mouvement de grève de livreurs chez Deliveroo dont le statut professionnel fait qu’ils sont très peu en contact avec les organisations syndicales.

Un passant s’interroge : « on est content de rester chez soi et de se faire livrer un repas qu’on a choisi sur un site de restaurant, mais est-ce qu’on a bien réfléchi à tout ce qu’il y a autour ? » Reste qu’en période de confinement c’est une possibilité qui peut apparaitre comme bienvenue … pour les restaurateurs comme pour les livreurs. Un livreur envisage tout haut un avenir peu radieux pour lui et ses collègues : « un jour « ils » auront mis au point un système qui permettra de passer commande et qu’elle soit amenée par un drone directement à la fenêtre du client qui n’aura qu’à l’ouvrir pour prendre livraison ».

Samedi toujours, 17h45, les livreurs manifestent à vélo dans le centre-ville de Besançon. Ils sont une trentaine et réfléchissent à une prochaine grève sur la ville, pour s’opposer à la baisse des tarifs de livraison.

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