Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

Flangebouche : en finir avec les usines à poulets

Lundi 25 mars 2019 / Gérard MAMET

Dimanche après-midi 24 février, nous nous sommes retrouvés, entre 70 et 80, à manifester à l'emplacement prévu pour un élevage industriel de 33.000 poulets, à Flangebouche, dans le Haut-Doubs. La manifestation avait été organisée dans l'urgence à l'initiative d'EÉLV, mais y participaient aussi des représentants de la Confédération paysanne, du groupe « Ensemble », de l'association « Murs et Murgers », de protecteurs des animaux, des habitants du village mécontents du projet, etc.

Un élevage concentrationnaire

Le projet annonce l'élevage de 33 000 poulets en même temps, avec 6 rotations par an, soit 200 000 volatiles sur 12 mois. Le permis de construire affiché sur place donne une surface de bâtiment de 1 687 m2, soit l'équivalent d'une feuille A4 par animal. Les poulets sont vendus à 38-40 jours, après une croissance accélérée qui n'est pas du tout naturelle. Le permis de construire a été accordé après un vote unanime du Conseil municipal de Flangebouche, qui a donc accordé sa caution à ce poulailler géant.

Malheureusement, une bonne partie des poulets vendus dans les supermarchés proviennent encore de ce type d'élevage. On comprend facilement que les conditions de vie des animaux sont lamentables ; la surpopulation entraîne de nombreuses pathologies : problèmes de locomotion, pattes déformées, problèmes cardiaques. La litière n'est généralement pas changée pendant leur durée de vie et devient progressivement humide et chargée en ammoniac. Il n'y a aucun respect du bien-être animal et les animaux sont considérées comme des « protéines sur pattes ».

Un modèle agricole inacceptable

Anne Vignot a pris la parole au nom d'Europe Écologie : « C'est un modèle insoutenable. Insoutenable sur le plan de l'alimentation : ce n'est plus ce type de nourriture que l'on veut aujourd'hui. Insoutenable pour les animaux génétiquement modifiés et qui vivent dans des conditions insupportables. Insoutenable aussi pour le climat, pour la biodiversité, pour l'environnement. Mais insoutenable aussi pour l'agriculteur lui-même, car dans ce type de projet, les éleveurs sont très contraints : ils ne choisissent ni leurs fournisseurs, ni le centre d'abattage, bien que ce soient eux qui prennent tous les risques financiers. »

Martine Landry, représentante de l'association Humanimo, a fait le point sur la pétition déjà signée par 76 400 personnes sur le site « Mesopinions.com ». Elle explique aussi que, dans ce type de ferme-usine, de nombreux animaux meurent sur place, malades, piétinés, affamés.
A son tour, Didier, un représentant de la Confédération paysanne, a pris la parole pour dire que ce projet réunissait

tout ce que son syndicat dénonce. En effet, la Conf' défend une agriculture paysanne qui s'oppose radicalement au modèle industriel. Les agriculteurs doivent produire des denrées de qualité dans le cadre d'une agriculture qui respecte les animaux et l'environnement. La question est posée aussi du devenir des déjections qui risquent de polluer les nappes phréatiques et les rivières.

Il n'y a pas de fatalité autour de ce modèle qui profite surtout aux multinationales de l'agro-industrie et aux grandes surfaces. Le goût des consommateurs a évolué vers des produits sains et de qualité. Dans la région, nous en avons des exemples. À Flagey, l'entreprise Bourgon, qui produit des œufs, a décidé d'anticiper l'interdiction européenne de l'élevage en cage des poules pondeuses, et à Amancey, l'exploitation dirigée par M. Bole pratique l'élevage en plein air de poulets de chair dans des conditions proches du bio.

À la fin de la manifestation de Flangebouche, les personnes présentes se sont rendues en cortège devant la mairie. Les manifestants ont échangé leurs coordonnées, ils ont décidé de lancer un appel au Préfet et sont déterminés à continuer l'action jusqu'à l'abandon de ce projet dément de ferme-usine.