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Une manifestation européenne contre le projet Cigéo de Bure

Mardi 12 juin 2018 / Invités

A quelques jours de la manifestation européenne prévue le 16 juin à Bar le Duc, pour empêcher le démarrage du projet centre de stockage profond des déchets radioactifs français Cigeo à Bure, Claude Kaiser, secrétaire de l’association des élus de France opposés à l’enfouissement des déchets radioactifs, fait le point sur l’organisation, l’ambiance et l’enjeu de cette manifestation déterminante.

Claude Kaiser est adjoint au maire à Ménil-la-Horgne, impliqué dans cette mobilisation depuis 25 ans. Cet article est issu d’échanges téléphoniques avec lui en mars et mai 2018.

Le projet Cigéo vise à enfouir de manière profonde et à très long terme l’ensemble des déchets nucléaires produits par le parc français. Quelles sont les revendications des opposants ?
Les opposants demandent que l’abandon du projet puisse être discuté réellement. Même si le problème des déchets demeure et que l’urgence est la sortie du nucléaire, nous préconisons une solution de stockage en faible profondeur à proximité des sites de production dans des conditions de sécurité optimum.
Enfouir les déchets c’est pour dire « on les a mis quelque part et on passe à autre chose » alors qu’il faut que cela reste un sujet de recherche permanent. En outre, le projet Cigéo implique de transporter et de stocker de manière massive et concentrée tous les déchets produits en France, ce qui représente un danger totalement inconnu et non maîtrisable.
L’enfouissement sans recherche réelle et sérieuse est un abandon face à la question de déchets nucléaires. C’est indigne pour les générations futures. Une fois les déchets enfouis pour un coût faramineux, il n’y aura pas de réversibilité.

Quelles sont les réactions de la population et des élus locaux ?
Une grosse majorité d’élus est silencieuse voire favorable en raison des moyens de pression utilisés par l’ANDRA (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) ainsi que des retombées financières (déjà versées sous le terme « accompagnement financier » de 30 millions d’euros par département pour la Meuse et la Haute Marne alors que le projet n’est pas encore autorisé : un fait totalement inédit en état de droit …).
Du côté de la population, c’est l’opposition au projet qui domine mais également la résignation face aux moyens de force déployés : intimidation et répression, évacuations …

Quelles sont les perspectives pour la mobilisation par rapport au calendrier annoncé par le gouvernement et l’ANDRA ?
L’autorité sûreté nucléaire et la cour des comptes ont chiffré le projet entre 40 et 50 milliards mais les producteurs de déchets l’estimaient bien en dessous, l’Etat a tranché à 25 milliards d’euros pour une mise en service à l’horizon 2025. C’est totalement farfelu de marchander ainsi !

Quel est l’enjeu de la manifestation du 16 juin et l’ambiance sur le secteur ?
L’autorisation de démarrer le projet d’enfouissement pourrait être donnée l’année prochaine avec le début de la construction des infrastructures nécessaires au stockage. D’où l’importance stratégique de cette manifestation.
L’ambiance sur place est compliquée car les forces de l’ordre sont restées en place depuis l’évacuation du Bois Lejuc en février. Nous vivons dans une zone en voie de militarisation : contrôles fréquents d’identité, des véhicules …
De ce fait, les occupants de la forêt sont tout de même restés et se sont implantés aux alentours du bois Lejuc, même si cela reste bien sûr modeste numériquement. Mais cela encourage celles et ceux qui sont mobilisés depuis longtemps et solidifie la lutte.

Comment se prépare la manifestation du 16 juin ?
Pour l’instant, les négociations avec la préfecture pour l’organisation se sont bien passées. Nous sommes confiants.
Nous voulons organiser une manifestation massive à la mesure de l’enjeu stratégique par rapport au projet mais aussi de la répression qui est à l’œuvre.
Nous sommes confiants car déjà 20 à 30 bus sont annoncés mais il est encore nécessaire de renforcer cette dynamique pour le 16 juin !
La première idée est de faire cohabiter tous les modes d’expression et styles de lutte, les faire cohabiter sans les opposer.

Quel est le programme ?
Nous avons prévu des tables rondes le matin qui vont porter sur la démocratie, et les modalités d’expression, avec des stands et une diversité des mouvements en présence, depuis les syndicats comme (et même) la CGT et aux partis politiques, en passant bien sûr par toutes les formes d’associations et de tendances comme les Hiboux et Chouettes, le Mouvement pour l’Alternative Non Violente.
Original aussi, le défilé de l’après midi sera sur le thème de la forêt , hiboux , chouettes, Bar le Duc deviendra Bar Lejuc ! Ce sera festif, familial, avec chars et fanfares … et le clou, un spectacle final de la Cie Jolie Môme.
Le but est de permettre au maximum de personnes de participer sans pour autant faire le jeu de la peur sécuritaire et de la division entre les modes d’action et de contestation.
Les manifestantEs sont invitéEs à amener des éléments symboliques de la forêt et de créer ainsi un nid géant, symbole l’espoir d’un autre monde et aussi l’installation de l’opposition contre ce projet anti-démocratique. C’est aussi montrer que nous voulons reprendre la main sur nos vies et non pas laisser faire des dirigeants à la solde des industriels du nucléaire.
Cette manifestation est aussi une manière de redresser la tête et d’avoir du soutien après la période très difficile des expulsions, interpellations et condamnations que nous avons vécu ces dernières semaines.
Ce genre de choses a beaucoup choqué l’opinion locale et donc ça permet aussi de montrer le vrai visage de ce projet : anti démocratique, dangereux, manipulatoire…
Nous pouvons gagner ! EDF et AREVA sont en difficulté. Ils perdent confiance en raison du coût exponentiel du projet, et de la contestation citoyenne aussi.
Donc ça vaut le coup de se mobiliser pour cette manifestation et de faire mobiliser !

Propos recueillis par Laurence Lyonnais