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Nous sommes là aujourd'hui pour pousser un cri

Dimanche 2 septembre 2018 / Invité

Texte écrit pour et lu par un jeune manifestant à l'occasion du rassemblement organisé le 1er septembre 2018 à Besançon pour protester contre l'arrêté anti-mendicité pris par le maire de la ville...

Certes, cette ville a eu de grands hommes, des humanistes et des utopistes qui se sont penchés sur la question de la misère et des moyens de l'éradiquer ; que s'est-il donc passé ? Besançon aurait-elle cessé de rêver ? Les idées humanistes se seraient-elles éteintes ?

Que nenni ! Si nous sommes là aujourd'hui c'est pour pousser un cri ! Nous ne reconnaissons plus notre belle cité où il fait si bon vivre pour certains et où tant d'autres ne connaissent qu'une exécrable survie. C'est à eux que maintenant on s'en prend, comme si leur galère quotidienne ne suffisait pas à les ranger du côté des exclus. Eh bien, l'exclusion vient de frapper plus encore, ce sont les démunis qui sont visés par une infâme décision municipale, prise dans la torpeur estivale.

En effet, quelle n'est pas notre surprise en apprenant que la mendicité serait un tel péché qu'elle devient interdite et punissable. Quelle indécence n'est-ce pas, de demander une piécette ou un mégot ! Vit-on sous la terreur du régime du mendiant ? Promenez-vous un peu ! Vous verrez que les passants n'ont point l'air apeuré, marchant avec leurs sacs remplis de marchandises; constate t-on des agressions, des arrachages ? Il ne me semble pas, la Grande Rue est loin d'être un repaire de truands, on y déambule plutôt sereinement.

S'il y a en effet le soir un peu de tumulte dû aux gens titubants, est-ce vraiment le fait de ces damnés ou de ceux qui ont suffisamment d'argent pour s'enivrer dans les nombreux bars de la boucle ? A ces heures vespérales le peuple miséreux dort déjà, en effet dans ces structures d'accueils qui n'ouvrent et ne ferment qu'à heures fixes, ils n'est donc pas possible à ces personnes de jouer les hurluberlus noctambules, comme cela a été dit par un riverain sur France 3. Il est facile de stigmatiser celles et ceux qui n'ont rien d'autre qu'une couche misérable pour les abriter la nuit ; facile aussi de les montrer du doigt le jour alors qu'ils n'ont d'autres alternatives que la rue alors que ceux-ci, qui les désignent, ont parfois de belles demeures, confortables, en tout cas chauffées ; c'est obscène !

Bien sûr, mendier n'est pas un acte révolutionnaire, mais c'est une résistance à la misère, les personnes qui s'y adonnent ne sont pas pour autant exemptes de courage ; affronter les regards des nantis, subir le dédain, ressentir le mépris est un véritable chemin de croix pour ces femmes et ces hommes, quand il n'y a pas aussi des enfants.

La misère est sur la place publique et c'est cela qui dérange ! Alors légiférer contre les victimes d'un système qui génère lui-même cet état d'exclusion extrême ne serait-ce pas un monstre fait d'hypocrisie et d'infamie ? Certains élus soutiennent cette forme d'organisation de la société et se permettent de voter ce type d'arrêté ; il ne s'agit pas moins que d'entériner une nouvelle discrimination de classe. On aurait pu attendre autre chose de l'apparatchik* local, ancien socialiste, maintenant passé dans les rangs LREM, que nous prépare t-il donc ? Fantaisie, trahison et inconséquence semblent être sa marque de fabrique.

Il n'est pas étonnant que son ancien « ami », Mr Rebsamen, utilise le terme « gougnafier », car qu'à donc fait l'illustre édile sur le plan social ? Nous restons sans voix devant le bilan humain de la politique de cette ville. Où sont Proudhon, Fourier, Victor Hugo ? Où sont nos bancs publics ? Je ne parle pas des bancs avec des dispositifs anti-sdf, mais de nos magnifiques bancs qui nous permettaient la palabre, sur lesquels nos anciens pouvaient s'asseoir afin d'observer le monde et de le discuter ; c'est le peuple que l'on musèle ! Où donc maintenant se rassembler hors des lieux de commerces, pour bavarder, refaire le monde voire le conseil municipal...

Partout, nous sommes vidéo-surveillés, écoutés, n'est-ce pas messieurs qui se sont glissés dans cette assemblée ? La municipalité aurait-elle peur de ces administrés ? Je me souviens d'une résistance à la politique sécuritaire de N. Sarkozy quand le parti socialiste portait encore le masque de la gôche, maintenant la rose s'est muée en chrysanthème... La mort des libertés est amorcée par l'apparatchik* Fousseret, est-ce par peur ou par ignorance, mais frapper sur le pauvre est un acte aussi anti-démocratique que liberticide. On enlève aux citoyens des manières d'être et de vivre. Non monsieur, celles et ceux qui tendent la main ce n'est pas pour se faire taper sur les doigts, mais simplement pour faire jouer un peu l'entraide, facteur indéniable de l'évolution. La prochaine étape sera quoi, criminaliser les personnes qui donnent ?! La pente est glissante et nous devons toutes et tous être vigilants.

La société de contrôle qui est mise en branle ici comme ailleurs, va de mèche avec la précarisation générale ; aujourd'hui lui, demain toi ? Fichés, fliqués, vidéo-surveillés, biométrisés, algorythmés, ponctionnés, et, à la moindre contestation, réprimés, gardés-à-vue, emprisonnés... Tous concernés !

D'accord, l'arrêté a été modifié, ne contenant plus le terme « mendicité », mais le fond reste le même, les personnes anathématisées sont bien une cible de l'apparatchik et de ses copains mondialisés, financiarisés, LREMisés, nous pouvons aligner tous les adjectifs que l'on veut !

Ne nous arrêtons pas là, les idées abjectes s'abattent sur la rue, notre rue, le copain auquel on sourit le matin n'est pas l'ennemi, il est l'ami rigolard et rougeaud, pauvre mais joyeux. J'ai envie de lui dire : « salut copain ! », je n'aurai pas dépensé un sou, mais apporté un court instant d'humanité. On veut nous priver de cela ? Parait-il que l'on veut nous priver aussi de la chaleur animale, lorsque l'humain a failli, il reste au moins la chaleur d'un compagnon, eh bien non ! Vol en bande organisée ? On ne voit que des personnes accompagnées de leurs chiens, réunies sur ce qu'on appelait une place publique. De quel droit on légifère contre des modes de vie, depuis quand légifère t-on contre la vie ?