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Pour l’accès systématique aux versions originales des films et séries diffusés à la télévision

Lundi 16 juillet 2018 / Invités

La députée de Haute-Saône Barbara Bessot-Ballot (LREM) nous a adressé cette tribune où elle défend un objectif qui ne peut que ravir les cinéphiles. Elle met surtout en avant l'apprentissage des langues et son utilité dans l'économie contemporaine... Mme Bessot-Ballot est membre de la Commission des Affaires économiques ainsi que du Groupe d’études Cinéma et production audiovisuelle à l’Assemblée nationale

Alors que la Ministre de la Culture, Mme Françoise Nyssen, a récemment annoncé les orientations de la réforme de l’audiovisuel public pour mieux répondre aux nouvelles attentes du public dans un contexte de profondes mutations du secteur, celle-ci s’attache tout particulièrement à d’importants investissements dans les contenus jeunesse, connaissance et éducation, ainsi qu’à la création cinématographique et audiovisuelle, notamment par le développement de coproductions européennes.

Dans un contexte où les bénéfices de l’apprentissage quotidien des langues étrangères au sein de l’Union européenne ne sont plus à démontrer, favorisant naturellement les mobilités géographique et professionnelle de nos concitoyens ainsi que leur insertion professionnelle et leur insertion sociale, il est crucial de s’attacher à la question de l’absolue nécessité de l’apprentissage des langues au-delà des frontières scolaires. La réforme sur l’audiovisuel public est alors l’opportunité de faire le point sur le caractère désormais indispensable de l’accès systématique (et non optionnel) aux versions originales sous titrées (VOST) des séries et films étrangers à la télévision, et ainsi faire de la télévision un outil de divertissement ET un outil pédagogique, pour tous et à tout âge.

L’heure du bilan: le retard de la France en matière d’apprentissage des langues étrangères

En matière d’apprentissage des langues étrangères, la France accuse un retard certain par rapport aux autres Etats membres de l’Union européenne ainsi que ceux de l’OCDE. Ainsi, en 2012, la France était dernière du classement réalisé par l’OCDE dans ce domaine.

Aussi, le cadre stratégique européen Education et Formation 2020 souligne la nécessité pour les Etats membres de l’Union européenne de promouvoir le plurilinguisme, notamment en favorisant l’enseignement, dès le plus jeune âge, d’au moins deux langues étrangères.

Il est évident qu’offrir un accès à l’apprentissage des langues à notre jeunesse revient à lui donner ces outils indispensables pour réussir dans un monde en profonde mutation. Plus nos entreprises seront tournées vers le reste du monde, plus elles contribueront au rayonnement déjà fort de notre pays dans le monde. En effet, la réussite de nos compatriotes expatriés à l’étranger, possédant des compétences communicatives et interculturelles, est une vitrine pour notre pays. Plus nombreux seront les Français à réaliser une partie de leur carrière à l’étranger, plus notre pays, nos entreprises, nos organismes parviendront à nouer les partenariats indispensables à la place que nous prétendons occuper sur la scène internationale.

Pour une télévision “en phase” avec les besoins de nos générations : faire de la VOST à la télévision une norme

Le constat est clair: dans les conventions qu’elles signent avec le CSA, les chaînes n’ont actuellement aucune obligation de diffuser les oeuvres en VOST (voir un article du Parisien ici).

Or, dans de nombreux pays européens, les programmes audiovisuels (films, téléfilms, séries) ne sont pas doublés, et la généralisation des sous-titrages permet aux téléspectateurs de prendre connaissance des programmes dans leur version originale. Pour les plus jeunes, cela permet de se familiariser avec les sonorités d’une langue et les expressions propres à un langage courant souvent quelque peu éloigné de celui qui est à l’honneur dans les manuels scolaires. Pour les moins jeunes, cela permet également une consolidation de connaissances en langues, et une appréciation d’une oeuvre dans sa version originale.

En parallèle, le boom du numérique a chamboulé les modes de consommation des programmes audiovisuels. Il convient alors de prendre en compte ces profondes mutations des modes de consommation d’une génération qui, accro à son smartphone et à sa tablette, consomme désormais automatiquement les versions originales des séries et des films étrangers: via tous les outils numériques qui lui sont offerts, cette génération est devenue une véritable amatrice de la VOST. Pour ne pas accuser un trop fort retard dans le domaine, la télévision doit s’adapter rapidement à ce contexte.
Mais au-delà du respect de l’oeuvre, d’un monde en constante mutation, d’un mode de consommation en pleine évolution et d’une génération de plus en plus consommatrice de programmes en versions originales, l’accès pour tous aux langues étrangères via la télévision soulève la question primordiale de l’égalité des chances et des territoires.

L’accès pour tous aux langues étrangères au coeur de l’égalité des chances et des territoires

L’enjeu est important. Dans le vrai intérêt général, et sans distinction de catégorie sociale, en offrant à TOUS les téléspectateurs la possibilité de voir des programmes en version originale, l’objectif est de réduire un fossé entre les Français les plus aisés, ceux qui peuvent offrir à leurs enfants des séjours linguistiques, des stages de langues, l’accès payant aux plateformes de streaming en ligne, et les moins aisés, dans le cas où l’enseignement des langues tel qu’il est prodigué dans le système scolaire, ne convient pas.

Aussi, cette révolution du mode de consommation des programmes étrangers réduirait considérablement l’écart entre nos compatriotes résidant dans les grandes villes, et qui ont accès dans la plupart des cinémas aux films en version originale, et ceux résidant en milieu rural, où l’offre de films en VOST est bien plus restreinte, voire inexistante. C’est donc à un enjeu d’égalité et d’accès à la culture pour tous, sans distinction de catégorie sociale et sans discrimination géographique,auquel doit savoir répondre l’audiovisuel français.

Dans le cadre de l’objectif des 100 millions de touristes attendus en 2020, l’industrie du tourisme, qui a vocation à se développer, ne peut se passer d’employer des actifs, jeunes ou moins jeunes maîtrisant les langues et les cultures étrangères. Cela est d’autant plus important dans nos territoires ruraux, reflets de la richesse économique, culturelle et touristique de notre pays, où il nous faut accueillir dans les meilleures conditions ceux qui viennent en France avec bien souvent un idéal que nous ne devons en aucun cas décevoir.

En conclusion, l’apprentissage des langues étrangères par la télévision représente sans aucun doute une forte valeur ajoutée, et ce dans une multitude de domaines qui participent entièrement au rayonnement international de notre pays et de nos concitoyens: éducation, compétences professionnelles, mobilité, insertion sociale, ouverture sur le monde, attractivité touristique et valorisation de notre culture, de notre patrimoine, représentation internationale de nos concitoyens...

Et à l’heure où le projet européen doit d’être encore plus fort, renforcé et compris de tous... pourquoi ne pas renforcer dès maintenant les bénéfices de cette réforme ?