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Un rouleau compresseur écrase notre santé de proximité et accentue la désertification médicale

Samedi 2 juin 2018 / Invité

Michel Antony, représentant de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité nous a adressé un compte-rendu de l'entrevue que la Coordination et les Collectifs de Bourgogne-Franche Comté ont eue avec Pierre Pribile, directeur général de l'ARS de Bourgogne-Franche Comté, le 31 mai.

Après une petite altercation pour dénoncer fermement le mépris affiché pour l'entrevue programmée le 18 mai (M. Pribile ne nous avait  averti de son absence qu'en rentrant en salle !!!, ce qui avait justifié notre départ immédiat) nous avons pu débattre pendant près de 2 heures.

Conformément à ce que nous avions convenu, nous avons privilégié l'intervention collective pour la défense et la promotion de notre bien commun, la santé de proximité et le maintien de toutes nos structures hospitalières pour toute la Bourgogne-Franche Comté. Vous trouverez ci dessous le texte de base qui a servi à cette intervention. Après cette démarche collective, chaque représentant de la délégation a pu illustrer nos propos généraux avec des exemples précis pris dans sa réalité locale (en annexe également le court texte d'amis nivernais) et divers documents émanant de collectifs ont été fournis à l'ARS.

Nous avons surtout rappelé que notre critique ne visait pas la personne de M. Pribile, mais bien la politique globale de santé qu'il appliquait comme le rouage principal pour notre région, et comme partout de manière systématique et surtout purement administrative. Le rouleau compresseur qui écrase notre santé de proximité et qui accentue partout la désertification médicale est bien plus ancienne que sa propre gestion. C'est pourquoi nous dénonçons les arguments fallacieux employés : c'est pour votre bien, c'est pour votre sécurité, c'est pour mieux assurer la médecine locale, c'est pour sauver les hôpitaux de proximité... Ces arguties qu'il répète certes avec talent sont des fables que nous entendons depuis plusieurs dizaines d'années. On nous sort toujours des quotas, des chiffres qui ne servent à rien puisque toujours revus ou non appliqués et qui sont là pour nous enfumer un peu plus... Le résultat est bien là : notre santé de proximité s'est réduite comme peau de chagrin entraînant avec elle la destruction de tous nos territoires, nos concitoyens sont de plus en plus malmenés et obligés de se déplacer, les personnels souffrent de manque de moyens et de considération et sont en nombre partout insuffisant. Les grands centres sont en surcharge alors qu'on détruit les plus petits. Où est le bon sens, sans parler de l'humain ?

L'ARS gère la pénurie

Nous avons fait admettre à M. Pribile qu'il gérait en fait la pénurie (de moyens et surtout de médecins) et que toutes les politiques menées (dont la sienne) ne visaient en fait qu'à faire au mieux (pas à nos yeux) avec les moyens du bord, et de toujours tenter de prendre dans les secteurs les plus démunis, les plus périphériques ou les moins défendus ce qu'il manquait ailleurs alors qu'on devrait appliquer les principes républicains de subsidiarité et de solidarité.

Si nous sommes d'accord pour renforcer les nouvelles technologies et les coopérations sanitaires entre tous les secteurs de la santé, il faut avant tout que nos dirigeants arrêtent de tout casser, fournissent les moyens, augmentent pour les médecins le numérus clausus et réglementent la liberté d'installation, sinon les raisons principales qui causent ce désastre sanitaire que nous vivons vont demeurer intactes et renforcer évidemment les destructions à venir.

Nous lui avons surtout fait comprendre que malmener un hôpital, c'est le fragiliser, c'est réduire son attractivité, c'est multiplier progressivement les appauvrissements en chaîne et c'est surtout ne pas prendre en considération les exigences démocratiquement exprimées des habitants des secteurs concernés, des personnels et des élus locaux.

Si vraiment nos politiques pensaient bien gérer la proximité, alors pourquoi les restrictions concernaient principalement toutes les zones périphériques. La logique infernale va quasiment toujours dans le même sens, toujours vers des centres qui n'en profitent pas vraiment puisqu'ils doivent gérer des patients en nombre supplémentaires à moyens constants ou en baisse.

Une légitime prétention

Nous avons la légitime prétention dans cette entrevue d'avoir exprimé les aspirations partagées de toute la population de notre région.

Nous avons regretté qu'elles ne soit pas plus prise en compte et que cette attitude jugée par nous technocratique et hautaine ne pouvait que détourner encore plus nos concitoyens de la vie politique, voire pire les mener à développer des solutions et des idées extrêmes que nous déplorons.

Il y a donc une très lourde responsabilité de l'État et de ses agents obéissants les ARS, tant sur le plan de l'exercice de la démocratie, que sur celui des exigences de notre aménagement égalitaire du territoire, et surtout sur celui des risques sanitaires graves que nos populations vont forcément connaître avec ces regroupements désastreux qui s'accélèrent. Comme à Chalon ou Saint Claude il va falloir passer par l'action judiciaire pour renforcer encore plus nos mobilisations citoyennes et faire respecter nos droits à une santé égalitaire et solidaire, partout sur le  territoire et à toute heure. Il ne peut pas y avoir une citoyenneté à deux vitesses et des secteurs géographiques délaissés dans une République unitaire et solidaire qui devrait rester la nôtre.

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Un argumentaire de base en guise de plateforme commune

Nos exigences citoyennes en matière de santé de proximité au nom de l'accès égalitaire et solidaire à une santé de qualité à toute heure et sur tous les territoires

 1- promouvoir et renforcer tous les Sites Hospitaliers Territoriaux de proximité

  • Refus des fermetures ou réductions de service, notamment des Urgences et des SMUR.
  • Ré-ouverture des services nécessaires.
  • Création des services demandés par les SHTP.

 2- leur donner les moyens financiers et humains de fonctionner

  • Faire plus jouer la solidarité régionale
  • Donner les personnels nécessaires pour le fonctionnement

 3- développer évidemment les moyens annexes mais EN COMPLÉMENT, PAS EN REMPLACEMENT

  • Coopération renforcée entre les structures notamment par déplacements ponctuels de personnels et les échanges de services
  • Développer la télé-médecine

Affaiblir des structures hospitalières c'est une politique néfaste et destructrice, antidémocratique et anti-républicaine car non conforme à l'aménagement égalitaire de nos territoires que nous citoyens, personnels et élus n'acceptons plus

  • car elle contribue à déstabiliser une structure dans sa globalité par l'effet domino qui s'en suit
  • car elle la rend moins attractive et lui pose des problèmes supplémentaires de recrutement et de fonctionnement
  • car elle déstabilise également tout le secteur sanitaire qui lui est proche, donc y compris la médecine libérale périphérique
  • car elle contribue à la désertification générale de nos territoires en appauvrissant les services publics nécessaires
  • car elle force les citoyens à se démener toujours plus pour trouver des solutions, ce qui accroît le stress et donc la mauvaise prise en compte de leur état
  • car elle multiplie les délais et les déplacements qui coûtent cher et qui sont un non-sens sur le plan écologique. Pire ils occasionnent une perte de temps et parfois augmentent les risques sanitaires.