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Au-delà de l'émotion et de la révolte, essayer de comprendre...

Vendredi 4 décembre 2015 / Jussiaux Gérard

Au-delà de l'émotion et de la révolte, j'essaie de comprendre ce qui est en cours. A mes yeux, il se produit au Proche Orient un phénomène politique tout à fait comparable à ce que fut l'éclosion du nazisme dans l'Allemagne des années 192O.

On trouve à la base les mêmes ingrédients: un pays effondré et humilié, l'Irak, des populations en déshérence, abandonnées à leur misère et ballottées entre des factions politiques qui s'affrontent violemment, une perte totale d'espoir et de perspectives. Lorsqu'il ne reste plus rien à quoi raisonnablement se raccrocher, c'est l'heure des Hitler, qu'ils se prénomment Adolf ou Mohamed: des individus sans foi ni loi motivés par la seule ambition de conquérir le pouvoir à n'importe quel prix, et qui comprennent instinctivement  que l'on peut faire de la désespérance totale une force de frappe terriblement efficace, en la transformant en violence organisée. Pas d'idéologie sophistiquée, mais quelques idées simplistes: hier la soi-disant supériorité raciale des Aryens, aujourd'hui la soi-disant suprématie indiscutable de la charia; un bouc émissaire chargé de tous les péchés: hier les Juifs et leurs « alliés bolcheviques », aujourd'hui l'Occident dégénéré et tout ce qui lui ressemble (loisirs, culture, égalité homme-femme...).

Les méthodes sont semblables : recruter des adeptes parmi les désespérés, les formater hâtivement pour en faire des machines à frapper, habilement dirigées par des chefs hyper cyniques.

La dimension nouvelle prise par l'évènement tient à la mondialisation. Voilà un siècle, la scène principale du théâtre politique était "la vieille Europe"; désormais, c'est la planète entière avec les moyens de communication actuels: internet et télévision. Imaginons un instant ce qu'Adolf aurait fait avec de tels outils à sa main......

L'objectif de ces nouveaux fascistes, c'est d’imposer leur pouvoir par la violence dans les pays du Proche Orient, et d'abord dans ceux où l'organisation étatique est ruinée ou défaillante, pour des raisons internes ou externes: Irak, Syrie, et plus si affinités....

Les actions menées dans nos contrées, et plus particulièrement en France, ont d'abord un objectif propagandiste: il s'agit de montrer aux populations directement convoitées là-bas que l'on peut frapper durement ces soi-disant "grandes puissances" qui prétendent régenter la marche du monde.

Pour les mettre en œuvre, les commanditaires ont compris qu'ils pouvaient miser sur d'autres désespérés culturellement accessibles à leur prosélytisme : ceux que notre société a produits  dans nos banlieues frappées depuis maintenant quarante ans par le chômage et la dés-intégration qu'il entraine, le développement des traficset la perte de tout espoir raisonnable en notre République.

Soyons clairs: cela n'excuse rien, et les assassins doivent être traités en assassins. Mais cela nous montre bien que la réponse ne peut pas être que militaire, policière et judiciaire, sous peine d'entrer dans une spirale sans fin.

Pour qui veut bien regarder et réfléchir, il apparait vite que cela n'a rien à voir avec la religion musulmane. Si l'on prend au sérieux la référence au Coran que font systématiquement les assassins, alors il faudrait admettre que les tortionnaires de l'Inquisition pratiquaient les vertus évangéliques et que les massacreurs des Cathares ou des Croisades se livraient à un exercice de charité. C'est pourquoi il me parait très regrettable que nos médias et trop de nos dirigeants emploient de façon inconséquente le terme de « islamistes ». Jamais nous n'avons qualifié le dictateur Franco de "catholiciste", bien qu'il se référât sans vergogne à ses convictions religieuses; dans la terrible guerre civile qui a longtemps ensanglanté l'Irlande du Nord, jamais personne n'a dit que des "protestantistes" luttaient contre des "catholicistes", alors que là-aussi les protagonistes affichaient leurs références religieuses; non, il y avait les "unionistes" et les "nationalistes".

Alors pourquoi a-t-on créé ce terme d'islamiste, répété tous les jours par nos radios et nos télés et qui est une insulte faite chaque fois à nos concitoyens de confession musulmane ? C’est le seul exemple d’un terme hautement péjoratif, à connotation criminelle, créé directement à partir du nom d’une religion.

Ce ne sont pas les nouveaux fascistes du Moyen-Orient  qui creusent un fossé entre les musulmans de France et le reste de la population, ce sont les propos inadéquats et irresponsables de nos médias et de nos dirigeants; laissons au FN et à lui seul l'initiative de cette sale besogne.

Il ne sert à rien de réclamer l'unité nationale, si l'on continue à employer des termes qui la fissurent ou l’empêchent. La mobilisation citoyenne peut se faire sur une base commune: "le fascisme ne passera pas; non au terrorisme".Faute de quoi, ce sont les fascistes (nouveaux) du Proche Orient et les fascistes (anciens) du FN qui continueront à mener le jeu à leur profit.

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Commentaires

Merci, Gérard, de cette très bonne contribution au débat. Il me semble (je n'en suis pas certaine) que la critique que tu fais de l'emploi du terme islamiste, alors que l'on a pas employé celui de catholiciste, ou de protestantiste, n'est pas tout à fait appropriée. Si j'en crois certains penseurs de l'Islam, cette religion ne se serait pas encore adaptée à "la modernité", et que donc, il s'agirait bel et bien d'établir un projet religieux sur le monde. Pour certains, bien entendu, mais ces certains sont agissants, cyniques. Ce qui n'était pas tout à fait le propos des Hitler, Franco, et autres tristes sires. La religion catholique (dans son appareil de gouvernance) à leur côté, la religion servant de moteur, d'alibi, de cache sexe...à un projet politique.

Soumis par Danièle Secrétant le 5 déc 2015 - 12:07.