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François Hollande = Paul-Guy Mollet-Reynaud

Jeudi 9 mars 2017 / Jussiaux Gérard

Fin de cycle ?...

La période est si troublante en matière politique : cela oblige à des interrogations de fond, c'est-à-dire des remises en question. Quelques éléments au fil de l’eau…

Le quinquennat Hollande est celui de la grande déception comparé aux espoirs qu’il portait ; au final il en restera le mariage pour tous, ce qui est à la fois peu et significatif. Peu rapporté aux grands défis de la période (économie, emploi, projet sociétal partagé) ; significatif parce que non porté par la  classe ouvrière , socle traditionnel de la gauche, mais davantage par les classes moyennes instruites devenues le pole social de rattachement du PS. Avec sa formule « mon ennemi c’est la finance » Hollande a joué le même coup politique que De Gaulle en son temps avec le célèbre « je vous ai compris », mais ils n’ont pas du tout la même pointure et n’étaient pas confrontés aux mêmes enjeux : pour De Gaulle il fallait relever le terrible défi de la guerre d’Algérie et de la modernisation nationale, pour Hollande il s’est agi uniquement de gagner un scrutin, ce qu’il a réussi, mais sans autre ambition finalement que cela.

Il est stupéfiant par exemple de constater qu’en ayant eu, situation rarissime, une majorité acquise à l’assemblée nationale et au sénat il n’a tenté aucune avancée marquante en matière institutionnelle. La réforme des départements et régions est un piètre bricolage ; rien d’innovant dans l’engagement européen de la France ; une politique extérieure marquée par l’amateurisme…. Tout ça pour ça…. J’ai fini par l’appeler Paul-Guy MOLLET-REYNAUD en souvenir de deux de nos hommes politiques « inoubliables » : Paul Reynaud qui, en 1940, met le pied à l’étrier au Maréchal Pétain, convaincu que « il ne tiendra pas trois semaines »…. et Guy Mollet, quinze ans plus tard, qui se fait élire sur le thème « la paix en Algérie » et y engage la guerre à outrance. Mais regardons vers l’avenir !!!!

Quel est le candidat républicain qui a les meilleures chances
d’être en lice au second tour pour triompher du FN ?

La prochaine élection présidentielle va illustrer un changement décisif, apparu au scrutin de 2002 : jusqu’à présent le scrutin à deux tours, spécificité française, permettait d’affirmer au premier tour sa préférence, et d’exprimer au second tour sa répulsion. La montée inexorable du vote FN remet cela en cause : le vote du premier tour, sous peine d’inefficacité, doit se faire en fonction de la projection du second tour ; la question n’est plus, au premier tour : quel est le candidat qui exprime le mieux mes propres aspirations ? Elle est devenue, par contrainte : quel est le candidat républicain qui a les meilleures chances d’être en lice au second tour pour triompher du FN ? Souvenons-nous des camarades socialistes battant le rappel en 2002 pour voter Chirac au second tour ; plus proche dans le temps : souvenons-nous des désistements imposés par le PS à ses propres listes pour le second tour des régionales. C’est donc à cela qu’il nous faut réfléchir dès à présent, tout en observant la campagne en cours et en méditant sur certaines des propositions avancées.

Par exemple ce rêve de Sixième République avec un mode de scrutin à la proportionnelle. Cela entraine, car l’arithmétique ne fait pas de sentiments, une assemblée nationale où le premier groupe parlementaire serait celui du FN, avec une conséquence pratique : par le jeu des indemnités parlementaires directes et indirectes, c’est la République française qui financerait en toute légalité le parti fasciste qui cherche à l’abattre. Je suis démocrate, mais pas masochiste ni suicidaire, merci !

Quand le projet politique heurte la logique la plus élémentaire,
c’est rarement la logique qui a tort

Où encore cet autre rêve du Revenu Universel, dont les tenants nous affirment qu’il ne coûterait pas plus cher que l’ensemble des aides sociales actuellement versées. Décidément ces camarades sont fâchés avec l’arithmétique. Il y a présentement dans notre société un très grand nombre de gens qui « donnent », par l’impôt sous toutes ses formes, pour une minorité qui « reçoit » parce que sa situation le justifie ; à partir du moment où tout le monde recevrait, d’une part il est impossible que cela ne coûte pas davantage, et d’autre part qui paierait ? Quand le projet politique heurte la logique la plus élémentaire, c’est rarement la logique qui a tort. Dans l’état actuel de notre économie, je crains fort que ce type de réalisation ne nous entraine sur « le chemin grec ».

La Droite a toujours été malade de son addiction à l’argent : un homme pèse le poids de sa fortune ou de ses revenus, un projet intéresse en fonction de ce qu’il peut rapporter. Seul De Gaulle (encore lui !...) échappait à cette règle et leur imposait le respect ; il est encore présent dans la mémoire collective et c’est pourquoi Fillon avait eu cette interpellation très signifiante : « imagine-t-on le général De Gaulle mis en examen ?... » pour souder les troupes autour de sa supposée rigoureuse honnêteté. Il est incontestable que le Canard Enchainé a rendu un immense service à la République en faisant tomber le masque du tricheur avant qu’il ne puisse accéder à la fonction suprême. La gauche, après quelques hésitations de copinage, avait fini par percer le furoncle Cahuzac ; la droite va-t-elle y parvenir sous la pression de l’opinion et des medias ? Réponse dans les prochains jours….

Manuel Valls lâchant, après les attentats, cette phrase ignoble « chercher à comprendre, c’est déjà excuser », digne de Goebbels !

Quant à la Gauche, elle a persévéré depuis 40 ans dans trois erreurs : 1° penser que la prospérité économique est donnée comme naturellement, et que la seule question qui vaille est celle d’une meilleure répartition ; 2° refuser comme l’y a maintes fois invité Rocard de « parler vrai » et se complaire dans un discours idéologique périmé ; 3° occuper les fonctions et les postes du pouvoir sans remettre en question leur fonctionnement, leurs dorures et leurs menus avantages collatéraux. C’est ainsi que le parti socialiste s’est perdu. Deux images seulement, mais l’on en trouverait cent : Bartolone se battant bec et ongles pour que le patrimoine des parlementaires reste secret ; Manuel Valls lâchant, après les attentats, cette phrase ignoble « chercher à comprendre, c’est déjà excuser », digne de Goebbels !

Les personnalités aussi sont intéressantes, avec leur vraisemblable trajectoire :

Les apparatchiks du PS, après son échec très prévisible à la présidentielle, ne mettront pas deux ans pour étouffer Hamon sous le matelas d’une résolution de congrès. Il constitue pour eux un accident de parcours. Quant à Mélenchon, il ne cache pas son modèle : il se rêve debout en Fidel Castro français. Alors merci : les Cubains savent ce que cela signifie. Son objectif pour le printemps n’est pas de gagner, c’est de faire exploser le parti socialiste comme l’a fait Podemos en Espagne ; voila le sens caché de la phrase « il est des défaites porteuses d’avenir » employée par Rufin dans sa lettre ouverte à Filoche. Cuba nous a fait rêver voici cinquante ans, mais depuis, comme les jeunes chiots nous avons ouvert les yeux sur le minable calvaire vécu par les Cubains au nom du « Socialisme ».

Je veux pouvoir voter au second tour pour autre chose qu’un homme de droite

Et là on voit bien ce que peut être une idéologie : dans un sens positif, c’est une analyse pointue fournissant une grille de lecture qui permet de comprendre la vie d’une société au-delà de ses apparentes complexités et contradictions ; c’est la condition préalable à toute action organisée, syndicale ou politique. Mais il arrive que cette idéologie devienne une sorte de religion qui remplace dans la conscience l’observation et l’analyse de la réalité ; alors tous les dérapages deviennent possibles, dès lors qu’on a décidé que deux et deux font cinq, ou même six. Bref : ni le chemin grec, ni le chemin cubain, encore moins les risettes à Poutine l’ours russe au solide appétit, que la prospérité européenne fait saliver.

Au demeurant, Mélenchon ne se retirera pas pour laisser champ libre à Hamon, seule possibilité pour qu’un candidat de gauche soit présent au second tour face à Marine Le Pen ; il applique la stratégie qui fut celle du parti communiste allemand en 1930 : refus de toute recherche d’entente avec les socialistes et les réformistes afin de contrer la montée des Nazis, moyennant quoi ceux-ci se retrouvèrent en tête du scrutin, on connait la suite.

Les choses peuvent encore bouger en deux petits mois, mais il est peu probable que les grands courants d’intention de vote changent fortement. En tout cas à ce jour, un seul candidat républicain a des chances sérieuses d’être au second tour et qui ne soit pas de droite.. On peut toujours m’objecter que Macron est « fils de la banque » : il ne fera pas pire que Hollande et Moscovici en la matière. On peut aussi me dire qu’il n’a pas de programme ; les autres ont des programmes inapplicables et/ou qui conduisent au ravin : quelle est vraiment la différence ?

Ma décision n’est pas prise, car il est trop tôt ; mais je sais ce que je refuse, à l’extrême-droite comme à « gauche de la gauche », et je veux pouvoir voter au second tour pour autre chose qu’un homme de droite.

Voila quarante ans, nous tentions de prendre clandestinement des photos dans des usines où les ouvriers-ères subissaient des conditions de travail dangereuses et insalubres ; désormais la jeune génération va prendre clandestinement des photos dans les abattoirs pour dénoncer la souffrance animale, comme si celle-ci était plus grave que la souffrance humaine. Alors oui, certainement qu’un cycle s’est accompli.

Besançon le 04 mars 2017