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Arnaques aux bons sentiments

Mardi 10 novembre 2020 / Lucie Forêt

Les temps sont durs et il faut se serrer les coudes (avec des gestes barrières), s'entraider (en ne s'approchant pas trop), protéger la nature (en restant confinés)...

La quadrature du cercle dans le cercle familial souvent résumé à un point central : la personne qui vit seule dans son appartement.

 

La seule lucarne qui reste ouverte et qui l'est plus que jamais, c'est la lucarne numérique, l'écran qui s'est installé entre nous et la réalité, nous empêchant de la voir tout en nous en donnant des images du monde entier.

 La lucarne nous dit : "Il faut penser ça des Etats Unis, de leurs élections, de leurs électeurs." "Il faut penser ça des chinois" "Il faut avoir peur de ç", de ce virus que l'on ne voit pas, de ce CO2 tout aussi invisible" Mais "Il faut faire confiance à ça, cette démocratie dont personne ne donne la même définition et que personne n'a jamais pu dessiner au fronton des bâtiments de la République cette femme aux seins nus qui amène un peuple au combat, à la guerre, à la mort" (mais ça, il ne faut pas le dire, ni même le penser : il faut juste trouver que c'est un beau tableau)

 

Dans un contexte aussi anxiogène, il est légitime de chercher des lueurs d'espoir et heureusement qu'il y en a. Il y en a des fondées, des solides et puis il y en a qui sont beaucoup plus théoriques, basées sur des bons sentiments mais pas toujours sur de bonnes analyses.

 

Je vous en propose trois qui font appel à votre sensibilité environnementales, à la générosité de votre porte monnaie et vous proposent de contribuer à ce que l'on appelle communément des "FBI" (Fausses Bonnes Idées)

 

1 - Les forêts dépérissent (en Europe, c'est vrai), on rase des forêts pour en faire des champs d'arbres standardisés (c'est en partie vraie), la déforestation mondiale s'accélère (c'est vrai)...

La solution : financer la plantation d'arbres !

 Mais si on réfléchit un peu :

Financer la plantation d'arbres : revient souvent à financer des champs de bois et à être la "compensation" verte des entreprises qui déforestent par ailleurs. Reforest'action est soutenu par Fransilva, syndicat de propriétaires forestiers productivistes. Et que dire d'autres "ONG" qui replantent on ne sait pas quoi, on ne sait pas où sur la planète ?

C'est parait-il avec votre argent qu'à Chamblay dans le Jura, on plante des arbres exotiques, des hybrides même, en disant soutenir la biodiversité locale (notez que pour es insectes, manger du cèdre de l'Atlas, ce sera peut-être pareil que de manger du coucous pour nous.) Bon, pourquoi pas puisque le changement climatique nous laisse penser qu'il faut aider la migration des arbres. Mais laisser croire que la plantation est la solution ne résout en rien les causes des problèmes. Ne vaudrait-il pas mieux financer des alternatives à la déforestation ? Ne vaudrait-il pas mieux changer nos mode de consommation pour ne pas déforester par procuration ? Et financer des plantations ou mieux, des régénérations naturelles, proches de chez soi...agir local.

  

2-  Les sols sont dévastés (c'est de plus en plus vrai), les forêts primaires disparaissent ( c'est tragiquement vrai)...

La solution : planter des forêts Miyawaki

 Mais si on réfléchit un peu :

Planter des "forêts" sur 100m² ? Pour rappel, 100m², c'est un carré de 10m sur 10m, occupé par un seul hêtre adulte, un seul platane...

Et qui plus est on vous promet de planter une "forêt primaire" ! Certains ont oublié ce qu'est un oxymore ! Plantent-ils les hérissons avec ?

N'y a-t-il pas quelque par dans vos souvenirs, ces parcelles de champs abandonnées où poussent toutes une végétation, rapidement forestière pour peu qu'une forêt soit à proximité ? Et ça ne coûte pas un rond ! Sauf quand il faut aller y couper du bois parce que la nature en fait "trop" pousser sans qu'on lui demande.

Là encore, avant de financer M. Miyawaki afin qu'il cultive sa renommée mondiale, à grand renfort de technologie carbonée pour prendre de la matière organique quelque part, la porter ailleurs, cultiver des plants en pépinière de manière industrielle pour nous vendre des "forêts primaires" de 100m², voyons ce que nous pouvons faire autour de chez nous avec un peu de bon sens.

 

3 - Les abeilles disparaissent (c'est vrai pour les sauvages, mais les apiculteurs viennent de faire leur meilleure récolte depuis longtemps)

La solution : planter des arbres à fleur (Agir pour l'environnement)

 Mais si on réfléchit un peu :

Là encore on vous propose des espèces exotiques dont 2 au moins sont invasives et on vous suggère de les mettre en terre... quand vous n'avez pas d'endroit où les planter. Autrement dit, on vous invite à favoriser l'invasion en plantant vos graines dans la nature. Graines qui ont par ailleurs peu de chance de germer, mais qui peuvent être porteuses de virus ou de champignons exotiques (à moins qu'elles ne soient traitées avec on ne sait pas trop quoi)...

Et pendant ce temps, des associations locales qui ont des compétences naturalistes, des forestiers attentifs, ne parviennent pas à financer la protection des plantes locales ou la pérennité de leur forêt.  Pendant ce temps les agriculteurs continuent d'arracher les dernières haies riches en fruticée mellifère.

 

Nul n'est prophète en son pays et l'argent récolté par toutes ces grosses machines à déculpabiliser sert surtout à financer des campagnes de pub bien trop efficaces.

Alors, avant d'ouvrir votre porte-monnaie, allez frapper à la porte de l'association environnementale de votre quartier. Et s'il n'y en a pas, créez-en une et travaillez avec les voisines : vous monterez vite en compétences. Et si ça vous prend du temps, dites vous que "le temps c'est de l'argent"!

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