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La Forêt, le Bois, le Feu ... Notre Dame et le Diable

Samedi 4 mai 2019 / Lucie Forêt

La beauté des Forêts

La noblesse des Bois

La chaleur du feu.

 

La gestion des forêts

La valorisation du bois

La fascination du Feu.

 

L'exploitation des forêts

Le bois énergie

Et Notre Dame a brûlé.

 

Quoi de plus naturel que du bois qui brûle ?

Quel spectacle plus fascinant ?...

Depuis les premières cultures humaines autour du foyer,

Jusqu'à l'humanité toute entière regardant s'effondrer un pan de sa culture.

 

Le bois, c'est l'énergie la moins chère.

C'est aussi celle qui rapporte le plus : 1 milliard d'euros pour remplacer 5000 m³ de bois partis en fumée.

Soit 200.000 € le m³ de chêne alors que son cours actuel ne dépasse pas les 300 €. Mais voilà : pour une petite flambée planétaire c'est 666 fois plus !... Diabolique.

 

On objectera qu'il n'y a pas que du bois, mais aussi de la pierre et du plomb ; 210 tonnes de plomb qui ont fondu sur le sol d'une île de la Seine.

Mais ce n'est pas pour la dépollution que les généreux donateurs se sont mobilisés. Non, ce n'est pas pour assainir l'air épais, pas pour rendre sa limpidité à l'eau polluée, pas pour redonner vie aux sols détruits ni pour préserver la biodiversité relictuelle de Paris ou de notre Planète.

Nous avons donné pour restaurer un monument de notre culture passée.

Nous sommes ainsi fait que les traces laissées par des hommes morts il y a 800 ans ont plus de valeur à nos yeux que la Vie sur laquelle s'appuient nos vies.

Normal.

Une flèche de pierre qui s'effondre dans un brasier au cœur d'une mégapole mondialement connue, ce sont des milliards de regards qui vont dans la même direction, celle des smartphones. C'est l'émotion collective standardisée : "On est tous Notre Dame".

Diable !

Mais qui est là pour pleurer la forêt rasée loin des habitations ? Pour voir s'étouffer la tortue marine qui vient d'avaler un sac plastique ? Pour entendre le cri de la taupe écrasée par le tracteur ? Pour comprendre l'asthme du gamin d'à côté ?

Quelles images, quelles émotions tirer de la banalité quotidienne ?

Dans le monde minéral que nous avons construit, il faut du spectacle pour activer nos cinq sens et donner une existence aux choses. Or le Monde qui meurt, s'il est le support de notre vie physique, est désormais étranger à nos sens. Quel spectacle nous donne-t-il ? Quelles émotions nous offre-t-il ?

Enfermés entre les murs de nos villes nous ne le voyons plus,

les oreilles bouchées par nos écouteurs, nous ne l'entendons plus,

coincés dans nos véhicules nous ne le sentons plus,

à 21°c dans la clim de nos bureaux nous ne le touchons plus,

assis devant le plateau de la cafétéria nous ne le goûtons plus.

Nos sens ne nous informent plus sur le Monde Vivant, son existence échappe à notre conscience... et ce dont nous n'avons pas conscience "n'existe pas".

 

Notre Dame s'enflamme ? En librairie on s'enflamme pour "Notre Dame" et la chose devient bien concrète, chargée d'émotions partagées avec des millions d'autres humains. Le sentiment d'appartenance à une culture acquise dans les livres a pris le pas sur le sentiment d'appartenance au vivant.

Ainsi, pour sauvegarder un symbole culturel, une image du passé, on exploitera à minima 1300 chênes centenaires, on creusera des carrières pour trouver de belles pierres, on fera tourner les usines à métaux, on transportera sur de longues distances. Cela créera de l'emploi, du pouvoir d'achat, du pouvoir de consommer un peu plus notre Planète... L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Et quand ce sera fini, on aura une histoire à enregistrer sur les serveurs énergivores, pour le devoir de mémoire, pour la culture.

On aura aussi un lieu où prier pour la sauvegarde du Monde.

A ce stade, il faudra prier au moins 666 fois...