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Un rapport qui fait du bruit dans le monde forestier

Mardi 27 février 2018 / Lucie Forêt

L'Etat s'apprête à « rendre socialement acceptable » la destruction des forêts françaises au profit de plantations de résineux exotiques tels le Douglas, au mépris de la loi inscrite dans le code forestier et qui souligne la multifonctionnalité des forêts : économique, écologique et sociale...

Depuis quelques temps, un rapport commandé par le ministère de l'agriculture, fait beaucoup de bruit dans le monde forestier. D'une manière générale, l'actualité forestière actuelle est dense dans la région : rédaction du Contrat Régional de la Forêt et du bois, Schéma biomasse régional, inquiétude quant à la vente de grumes à la Chine... Dans ce contexte, l'arrivée du Plan de communication pour le secteur de la forêt et du bois (voir ici sur le site du ministère de l'agriculture) entraine de vifs débats dans le monde forestier.

Ce document de 27 pages, vite lu car redondant, est à mettre en parallèle avec la politique nationale en matière forestière (PNFB) et avec la réalité du terrain... On peut ainsi constater que l'Etat s'apprête à « rendre socialement acceptable » la destruction des forêts françaises. Forêts généralement détruites au profit de plantations de résineux exotiques tels le Douglas, au mépris de la loi inscrite dans le code forestier et qui souligne la multifonctionnalité des forêts (économique, écologique et sociale)

Le missionnaire/rédacteur est le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) présidé par le ministre en charge de l’agriculture. Composé d’experts seniors « ayant eu des parcours diversifiés au sein de l’administration, le CGAAER participe à la conception, à la définition et à l’évaluation des politiques publiques relevant du champ de compétences du ministère. »

Extraits :
- « L'interprofession nationale France Bois Forêt (FBF) venant d'engager une importante campagne de communication (...) pour augmenter la consommation de bois en France »...
- « la campagne risque de provoquer une contestation du public contre l'exploitation des forêts, suscitée, notamment, par des ONG hostiles. La question est d'autant plus préoccupante qu'un nouveau contexte fondé sur la découverte d'une sensibilité des végétaux est en train de s'installer. Dans ces conditions, l'objectif de communication du ministère doit être de prévenir les risques de protestation du public contre l'exploitation des forêts. »
- Il s'agit d' « augmenter significativement, durablement et dans les meilleurs délais la consommation de bois en France et le chiffre d'affaires global de la filière ».
- « L'opération est par ailleurs en phase avec les orientations du PNFB et les PRFB en cours d'élaboration. »
- « le recours à une campagne virale constitue un facteur important d'exposition aux contestations (...). L'écho impitoyable des réseaux sociaux dans les médias est toujours à redouter… »
- « Après les débats sur le bien-être animal, on en vient à se demander si l'opinion publique ne serait pas en train de se mobiliser en faveur de quelque chose qui ressemblerait à un combat pour le « bien-être végétal »... »
- «... le recours à des rites symboliques avant l'abattage d'arbres, dans une version contemporaine à imaginer, pourrait être testée à cette occasion… » (sic ! page 16 du rapport)
- « Forêt et enfant constituent d'évidence un couple très fort en terme de communication : il serait pertinent de le valoriser. »
- « Exploitation des techniques de l'économie comportementale : L'économie comportementale est une nouvelle discipline de sciences économiques (...) utilisée pour compléter les campagnes de communication visant à modifier les comportements humains... Les techniques de l'économie comportementale pourraient utilement être appliquées au sujet de l'acceptabilité sociétale de l'exploitation des forêts. »

On ne s'étonnera donc pas que les collectifs SOS forêts dans lesquels se rassemblent de nombreux forestiers, aient réagi (voir le communiqué d'SOS Forêt Bourgogne-Franche-Comté ici). Ce qui choque le plus les lecteurs de ce texte, c'est la très désagréable impression que notre démocratie pourrait fonctionner avec les principes de base des dictatures : « Dans une dictature, les projets de société sont imposés par la propagande, dans une démocratie par le dialogue pour arriver à un consensus... »