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Rapport sur la campagne du 11 novembre 2018

Lundi 12 novembre 2018 / Lucie Forêt

sur le site de la croix : https://www.la-croix.com/Monde/A-Elysee-conversation-batons-rompus-entre-Trump-Poutine-2018-11-11-1300982361

11 Novembre 1918 : ils ont signé l'armistice.

11 novembre 2018 : ils étaient là pour se souvenir... d'un évènement qu'aucun d'eux n'a vécu.

 

Oui, ils étaient là, les chefs d'Etats, les présidents à vie et les monarques. Là, sur ce gros rond point orné d'une arche de pierre. Circulation bloquée, spectateurs venus du monde entier tenus au loin pour assister en direct à la retransmission sur écrans géants, pour entendre les voix sortants de la sono. De quoi pouvoir dire avec fierté : "J'y étais ! J'ai aperçu les parapluies sortir des autocars ! j'ai même vu les seins de la femen" et de conclure avec un ;-)

Mais que s'est-il réellement passé à la croisée des chemins du triomphe ?

Que ce sont-ils dit ?

Qu'y avait-il derrière cette poignée de main d'une complicité quasi hilare entre un Donald Trump imposant sa stature dans les rangs déjà formés et un Vladimir Poutine jovial concluant par un ostentatoire pouce triomphant ?

 

11 novembre 2018 : d'autres rond-points, d'autres monuments de pierre, d'autres carrefour se sont animés dans la France rurale.

Ils étaient là, nombreux, venus des villages de "la Com-Com".

Les éleveurs, les enseignants, les représentants d'associations, les employés communaux, les enfants, petits enfants et arrières petits enfants de poilus, les engagés ou les curieux venus du village d'à côté, les badauds avec la baguette sous le bras, ce "petit peuple" des campagnes pour qui les seuls spectacles culturels accessibles se limitent aux comices agricoles, aux concours de labour et aux commémorations pour peu qu'elles se concluent par un "verre de l'amitié".

 

Ils étaient donc là, dans le bourg centre, inchangé, hors du temps. Une bourgade comme tant d'autres le 11 novembre : sa mairie pavoisée, ses  élus, son gendarme, ses pompiers bénévoles en tenue étincelante, son défilé derrière les drapeaux poussiéreux, son monument aux morts sur le carrefour... transformé en rond point... son discours, sa sono pittoresque, ses arbres de la liberté, sa fanfare.

 

Ah! Sa fanfare !... Elle était là, béret bien vissé sur la tête pour exécuter la sonnerie aux morts, pour vous rappeler la souffrance des soldats. Et pour ce qui est de vous rappeler la souffrance, la fanfare locale, elle est inégalable !

Dans un recueillement introduit par les fausses notes d'un tambour, le discours du maire fut haché menu par les coupures de courant avant d'être enseveli sous un éboulement de rythme. La lettre de Macron aux français agonisa dans le souffle du micro, le panneau du souvenir dévoilé devant les arbres de la liberté ligotés à leurs tuteurs, fut criblé de fausses notes... La sono avait déjà grièvement agressé la population civile quand l'artillerie de cuivre l'acheva. Un vrai carnage ! Deux jeunes pompiers évacués du champ d'honneur... à moins que ces malaises n'aient été la conséquence de la température de ce mois de novembre version réchauffement climatique.

 

En signe d'espoir, les élèves du collège cachés derrière leurs feuilles de chant, entamèrent un "play-back" sonorisé par la circulation automobile qui continuait sur le rond point noir de monde.

Quand le dernier cri des morts s’échappa des trompettes cabossées, la foule qui commençait à trouver le recueillement un peu long, prit le chemin de la salle communale, libérant sa parole sur les conflits de ce monde :

« Non mais t'as vu le prix de la paille !!! 'Parait qu'elle part dans les méthaniseurs allemands ! J'ai dû mettre mes vaches sur de la sciure...

‒ Ben moi, j'ai broyé le maïs qu'a rien donné.»

«... Trois semaines, d'arrêt qu'il lui a mis. Ben il s'est pas loupé : la tronçonneuse ça pardonne pas. Faut voir si l'os cicatrise, qu'il a dit... mais déjà qu'il s'était fait voler le bois l'année dernière...»

« ...ça me fait 10 minutes de plus par jour ! Heureusement que les gendarmes sont occupés ailleurs. Mais bon, on n'est jamais à l'abri de ces "ӿ" de radars mobiles !

‒ Mouais. C'est comme le prix du gazoil ! Mais ils vont voir le 17 ! Ils vont tout bloquer ! »

« ...Et tes gamins, ils ont grève demain ? Ma fille elle a deux heures de cours ;

je la garde à la maison.»

«... J'sais pas exactement. L'autre il dit qu'il a entendu la balle ricocher sur sa terrasse. Moi ça m'étonnerait, parce qu'on était loin. Mais c'est vrai que les chiens, ils sont allés jusqu'au village. Ça va faire des histoires ça. Déjà que les nouveaux ils aiment pas la chasse ! Y font  "ӿ" . Y-z-ont qu'à rester en ville si ça leur plait pas ! »

...

 

Les temps sont durs et la guerre menace. Le forum des chefs d’État organisé ce 11 novembre 2018, rappelle ces rencontres organisées pour sauver la paix avant le 28 juin 1914.

Partout le doute persiste : si jamais la guerre devait éclater pour de bon, qui, des drones ou des clairons, ferait le plus de victimes ?

Pour l'heure, que ce soit dans "la France d'en haut" ou dans ses petites bourgades, le calme règne. Les cortèges sont arrivés sans encombre, sans attentat, si ce n'est à la pudeur.

Au pied du clocher, dans la salle polyvalente la sono a rendu l'âme, la fanfare s'est tue mais les discussions informelles se sont poursuivies, le pouce triomphant accompagnant une rondelle de saucisson et un verre de vin rouge.

 

Il en est ainsi sur tous les ronds points du Monde : une économie qui tourne, des discours inaudibles, des bavardages entre soi et des petits coups de pouce sur fond de stratégie économique et de tragédies militaires.

 

11 novembre 2018 : seuls la fanfare et les morts se souviennent...