Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

La Chronique de Filou - 2018, année de l'eau.

Lundi 22 octobre 2018 / Philippe HENRY

Dans l'est, inondations au printemps puis sécheresse historique. Dans l'Aude, un violent, désastreux et mortel épisode cévenol. Ce que j'en pense ...

J'ai eu envie d'écrire rapidement quelques mots ...

2018 - Aude, 14 morts ... entendus : "on ne peut pas prévenir de tels événements", "crues exceptionnelles imprévisibles", "le déluge est tel qu'il est impossible de gérer l'eau" et je retrouve :

2014 -Gard et Lozère, 5 morts ;

1999 - dans les Corbières et tout le midi, 35 morts ;

1992 - Vaison-la-Romaine, 42 morts ;

1988 - Nîmes, 10 morts.

Les orages cévenols sont bien connus. Le bref rappel ci-dessus (certainement incomplet), dénombre plus de cent morts. Le dérèglement climatique, avec une Mer Méditerranée plus chaude, donc une évaporation supplémentaire, autorise à prévoir des événements plus violents et/ou plus nombreux. Il faut donc protéger la population. Ce qui ne semble pas avoir été fait, ou alors à minima.

Nous n'arrêterons ni la pluie, ni l'eau, ni les coulées de boue, quand il tombe plusieurs mois de pluie en quelques heures. Mais nous pouvons et nous savons aménager un territoire pour limiter considérablement les dégâts.

J'étais étudiant en 1988, et en cours d'hydrogéologie, un ingénieur de la Socotec est venu nous faire part de son expérience après étude de la catastrophe de Nîmes. Pour résumer, à Nîmes et aux alentours, qui est un cas d'école en hydrogéologie, tout a été fait pour que la catastrophe soit maximale : construction dans les ravins qui, comme les oueds du désert, doivent recevoir et évacuer l'eau de ces orages violents, toutes une série de construction perpendiculaires à l'écoulement des eaux (autoroute, voie de chemin de fer), arcades des ponts comblées ou occupées par des garages, urbanisation et agriculture intensive favorisant le ruissellement plutôt que l'infiltration, zones inondables urbanisées (vous avez entendu comme moi le cas du nouvel hôpital de Carcassonne) qui pourraient stocker un gros volume d'eau quand les rivières débordent, et je crois bien qu'il y avait également des digues et donc des ruptures de digues provoquant des vagues.

Et bien c'est simple, vous reprenez la liste, vous faites le tour de vos communes, des bassins versants, et vous savez ce qu'il faut faire. Évidemment, c'est une réflexion depuis mon salon, bien assis derrière mon ordinateur, et une bonne connaissance du terrain est indispensable. Mais si les décideurs pensent protéger les populations derrière du béton et des digues, ce sera catastrophique ... Le problème est qu'il faut avoir un vrai courage politique : définir des zones inconstructibles même si on n'y a pas vu d'eau depuis 100 ans ..., contraindre l'agriculture intensive à changer ses pratiques car cette agriculture détruit les sols, garder propres et vides des "oueds" même si voisins et promoteurs les regardent avec gourmandise, ne rien construire perpendiculairement aux écoulements naturels sans prévoir "un évacuateur de crues centennales voire plus", ...

Premier constat, et je mesure qu'il y a des familles endeuillées, mes chers compatriotes, on vous ment, depuis des décennies les responsables savent qu'il y aura des morts ... mais ils les comptabilisent dans les pertes d'un système qui par ailleurs produit des bénéfices pour un petit nombre !

Et l'eau du Doubs ... qui a disparu. La bonne blague, volatilisée l'eau ... pfft tour de magie !

Sécheresse exceptionnelle ? Oui, sans contestation, mais elle nous alerte des étés chauds et secs à venir, et nous devrions en profiter pour nous poser les bonnes questions afin de conserver nos rivières.

Les pertes du Doubs, elles existent, j'ai envie d'écrire qu'elles ont toujours existé, et elles font des coupables bien pratique. J'entends ici et là que les crues du printemps auraient créé de nouvelles pertes ???

Qui peut croire cela? D'abord, si il y a de nouvelles pertes d'eau, la démonstration ne peut se faire que par des mesures de débits. Le débit perdu dans les pertes doit être en augmentation. Qui possède ces données ???

Enfin, ce n'est pas parce qu'on voit des trous, ce qui semble normal puisqu'ils viennent d'apparaitre à notre vue, que ces trous n'existaient pas avant sous quelques décimètres de graviers. Les crues de printemps n'ont pas creusé le karst !! Et ce n'est pas le fond alluvionnaire de la rivière qui colmatait ces trous, les pertes fonctionnaient ... normalement pour le Doubs, rivière karstique dont les pertes alimentent la Loue, et le Doubs lui même plus en aval. Pour que cette hypothèse tienne la route, il faudrait que le fond ait été un ciment imperméable. La cimentation, par un ciment calcitique, existe et on pense même qu'elle augmente. Mais de là à rendre le lit mineur du Doubs imperméable ??? Et de toute façon, comme écrit plus haut, ce sont uniquement des mesures de débits qui pourraient prouver cette hypothèse, en rappelant que les débits de la Loue ou du Doubs aval devraient être à la hausse en recevant de l'eau supplémentaire.

Bref, mon opinion, comme celle de nombreux observateurs, est qu'une explication de la situation actuelle par d'hypothétiques pertes risquent d'empêcher la prise des bonnes décisions pour l'avenir.

Pour avoir de l'eau en été, il faut que des zones aquifères stockent de l'eau lors des saisons humides. Il faut diminuer le ruissellement et augmenter l'infiltration. En cause le développement non réfléchi du Haut-Doubs : urbanisation trop mal pensée, agriculture glyphosatée et mécanisée qui détruit les sols, sols tassés en forêts par des engins géants, ... et toutes les actions directes sur l'hydrologie : canalisation de la rivière, atteinte au lit majeur, asséchement de zones humides ...

Attention franc-comtois, si des décisions courageuses ne sont pas prises, l'eau deviendra une denrée rare. Nous vivons sur un territoire calcaire karstique, où on peut dire que l'eau de surface est une anomalie et l'eau souterraine est la règle. Si nous ne protégeons pas nos rivières, bassins versants et zones humides, l'eau retournera dans les profondeurs des strates calcaires ...

La guerre de l'eau débute : crues mortelles, sécheresses sévères, et avec un climat qui va s'emballer.

Et