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La Chronique de Filou – Encore un mot à propos du glyphosate !

Vendredi 13 octobre 2017 / Philippe HENRY

Je crois qu'aujourd'hui, sauf à habiter une grotte, tout le monde a entendu parlé du glyphosate. Mais je suis parfois déprimé de la qualité des informations et des débats qui ont été très nombreux sur les médias ces dernières semaines, puisque l'Europe examine le statut du glyphosate dans l'Union. Bref, je ne vais pas vous ennuyer avec mes états d'âme, et je vais aller droit au but.

Deux choses à dire et redire :

1- le glyphosate est le principe actif de nombreux désherbants, dont le fameux RoundUp®.

Mais, dans un produit désherbant mis en vente, il y a d'autres molécules dont le tensio-actif (appelé aussi surfactant ou adjuvant) qui est le produit chimique permettant à la molécule glyphosate de pénétrer le végétal à détruire.

C'est comme avec une lessive. Si vous essayer de mouiller un textile synthétique, la goutte d'eau roule sur le textile et ne le pénètre pas. Donc, les industriels ajoutent un tensio-actif pour permettre à la lessive de pénétrer "le cœur" des fibres textiles. Idem, les pompiers peuvent améliorer le "pouvoir mouillant" de l'eau en ajoutant un tensio-actif. Autre exemple, si vous décollez du papier peint en le mouillant uniquement avec de l'eau, il y a peu de pénétration de l'eau à travers la couche de papier pour atteindre la face contre le mur et donc décoller votre ancien papier peint. Essayez d'ajouter un peu de liquide vaisselle, qui fera office de tensio-actif, et, parce que vous augmenterez le pouvoir mouillant, vous décollerez beaucoup plus efficacement votre ancien papier peint. (cela devient la chronique des trucs de grand-mère !! et oui, à partir de maintenant il vous est inutile d'acheter un produit décollant, merci Filou!).

Et bien, pour un désherbant c'est pareil, il faut ajouter un  adjuvant ou surfactant, par exemple le POEA (polyoxyéthylène amine) qui représente environ 15% dans la formule RoundUp.®

Or, les études de toxicité, ont été faites avec la seule molécule herbicide glyphosate. Et d'ailleurs, on entend souvent que 90% des études sont financées directement ou indirectement par les groupes chimistes (souvent Monsanto) et que seules 10% des études, qui sont les seules études indépendantes, signalent la dangerosité de cette molécule devenue célèbre.

Il faut savoir, que le POEA est beaucoup plus toxique que la molécule glyphosate. Dans une ancienne version de l'article wikipedia consacré à cette molécule, on pouvait lire que les américains considéraient que le POEA était 1000 fois plus toxiques pour les poissons que le glyphosate. Le POEA est soluble dans l'eau, mais jamais recherché dans les analyses de contrôle et il s'adsorbe facilement sur les particules sédimentaires. De plus, il est toxique pour l'homme.

Extrait de wikipedia : "en 1997, une revue de littérature commandée par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a mis en évidence sa toxicité pour les poissons (le POEA est pour eux plus toxique que le glyphosate). D'autres études ont montré sa toxicité aiguë pour les anoures (crapauds, grenouilles, etc.)". Lire la suite sur wikipedia ici.

Bref, une bonne raison de refuser le désherbant dans notre environnement même si il y a débat sur la toxicité de la molécule glyphosate.

2ème point très important - On entend le monde agricole (FNSEA en tête, pensez donc!) demander du temps. Et les journalistes et commentateurs divers reprennent en cœur : "l'Agriculture a besoin de temps pour s'adapter".

Je m'inscris en faux avec cette affirmation! Le traitement "chronopost" de l'information, amène à des raccourcis et des amalgames dangereux.

Je ne connais pas l'Agriculture, j'observe des agricultures : intensives, raisonnée, Bio … et des agricultures de céréales, de viandes, de lait, de raisins, et des agriculteurs aux pratiques aussi diverses qu'il y a de fermes (ou, malheureusement de "ferme-usines").

On peut penser que pour certaines productions, pour certaines récoltes, il y a besoin d'un temps d'adaptation et même d'une recherche de produits de substitution. En effet, il serait fou de remplacer l'herbicide glyphosate par une molécule encore plus toxique.

J'ai écrit "on peut penser" car dans tous les domaines agricoles, si certains y arrivent, il faudrait peut-être aussi que les agriculteurs "conventionnels" se rapprochent de leurs modes de production. Par exemple, arrêter les monocultures et prendre un peu soin des sols. On découvre d'ailleurs qu'un effet méconnu du glyphosate est de détruire les micro-organismes du sol.

Mais surtout, il y a des agricultures qui peuvent se passer du glyphosate du jour au lendemain. Et pour ces cas là, il conviendrait de légiférer rapidement.

A-t-on besoin de glyphosate pour la culture de l'herbe, pour l'alimentation de nos vaches laitières ??

A-t-on besoin du glyphosate dans les vignes ??

Non et non, mille fois non.

Donc pour ce qui concerne notre région, et la pollution dramatique de nos rivières franc-comtoises, deux branches de l'agriculture franc-comtoise, qui sont aussi les plus symboliques, la filière lait - fromage et la vigne, doivent arrêter dès aujourd'hui l'utilisation imbécile et dangereuse des herbicides.

Pas de glyphosate dans le Comté® !

Pas de glyphosate dans les vins du Jura !

… et au fait, a-t-on fait des analyses ???