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Coronabonds : de quoi s'agit-il ?

Mercredi 8 avril 2020 / Pierre-Emmanuel Scherrer

Nous y voilà !
Je me demandais depuis quelques temps sous quelle forme nous, citoyens, allions payer les coûts de la gestion gouvernementale calamiteuse de ce douloureux épisode sanitaire, surtout au regard des sommes monumentales qui seront consacrées au soutien à une économie en proie à de graves difficultés.
Et aussi comment nos chers dirigeants allaient se débrouiller pour faire habilement passer la pilule au sein d'une opinion publique sérieusement ébranlée et en proie à une multiplicité de sentiments parfois contradictoires.
Et bien le début de la réponse se situe sans doute quelque part dans cette pétition que j'ai reçue par mail, dont le lien se trouve ci-après et que je vous invite à aller voir, toutefois sans la signer !
https://act.wemove.eu/campaigns/coronabonds?

De quoi s'agit-il ?
De dette, bien sûr !
De création de dette publique, encore et toujours, comme si ce devait être une fatalité nécessaire, comme si cela devait être le seul moyen d'action possible !
Mais pas de n'importe quelle dette, car la subtilité réside ici dans la mutualisation d'emprunts au niveau européen, au prétexte fallacieux de la disparité des situations dans lesquelles les différents états membres de l'UE se trouvent confrontés.
Et la pétition va dans ce sens, elle incite à soutenir cette logique infernale de la dette !

Personnellement, je n'avais pas vu l'apparition de cette information concernant les "coronabonds" (un remake des eurobonds qui n'avaient pas abouti jusqu'à présent), mais il faut bien comprendre que c'est une fumisterie et je vais m'efforcer de vous expliquer le pourquoi de mon point de vue.

Pour ce faire, reprenons le texte de la pétition avec ce postulat ainsi énoncé : "Pour contrer le Covid-19, nos gouvernements vont devoir dépenser des milliards d’euros - des milliards qu’ils devront emprunter."
Le lecteur docile, un tant soit peu inattentif et subjugué par la jolie photo d'accompagnement de la pétition ne se rendra pas compte que s'il ne s'arrête pas sur cette phrase, et donc qu'il en accepte le principe, il est fichu !

Car il n' y a pas que l'emprunt pour s'en sortir !!!

Ensuite on vous dit que "Le problème, c’est l’inégalité entre les Etats : certains gouvernements ne seront pas en mesure d’emprunter, parce qu’ils font face à des taux d’intérêt trop élevés. Ils devront abandonner des millions de personnes à leur sort."
C'est là où ça devient sournois, car le "problème" n'est pas celui-là, mais il réside en réalité dans la première phrase.
Et comme on vous a appâté avec le faux (ou tout du moins très contestable !) postulat de départ, on vous sert alors une petite cuillère d'argument sur les taux d'intérêts que vous avalez goulûment en pensant être intelligent parce que vous avez compris de quoi il retourne...

Après ça on vous dit que "Mais tous nos voisins ne sont pas d’accord : le Premier ministre néerlandais Marke Rutte et la Chancelière allemande Angela Merkel y sont même carrément opposés".
Et là vous êtes enclins à pensez : Quoi ? Comment ? Ceux-là refuseraient d'être solidaires ? Etc.

Bref, cette rédaction pernicieuse fait que vous ne vous rendez pas compte que l'hameçon est sérieusement accroché dans votre lèvre et que le pêcheur est tranquillement en train de mouliner pour vous amener dans son épuisette.
Et on vous a vendu le truc grâce au principe de la mutualisation et donc de la solidarité !
Formidable ! Merci WeMoveEU !
Un grand merci... en partenariat avec Finance Watch et son slogan "Making finance serve society". qu'il faut traduire par "pour que la finance soit au service de la société".
Quelle farce, quelle ironie !
Surtout quand on regarde ce qu'est l'organisation Finance Watch pour laquelle Wikipedia nous renseigne ainsi : "Créée en 2011 sous l’impulsion de députés européens de tous horizons, Finance Watch a pour vocation de contrebalancer le lobby de l’industrie financière. Sa mission officielle est de renforcer la voix de la société et de la faire peser dans les réformes nécessaires de la réglementation financière. Il s’agit de médiatiser les arguments découlant de l’intérêt général auprès des politiques et des citoyens, et de les mobiliser comme contrepoids aux intérêts privés des lobbies de l’industrie financière."
Mais de quel intérêt général s'agit-il ?
De celui qui consiste à asservir les citoyens à la finance et à ses intérêts bien compris ?
Je ne vais pas plus loin car vous aurez compris que cette histoire relève à mon sens du plus pur sophisme.

L'emprunt n'est évidemment pas la seule solution et la mutualisation des dettes nationales au sein de l'Europe n'est qu'un argument technique de façade au sein de la logique néolibérale, celle-là même qui nous a conduit, en France, à l'incapacité de gérer l'épidémie autrement que par le confinement, celle-là même qui a supprimé 100 000 lits d'hôpitaux dans les deux dernières décennies et qui oblige donc notre gouvernement à appliquer ce foutu confinement pour éviter que la santé publique hospitalière explose en provoquant une crise nationale sans précédent.
Et surtout, soulignons que tout ceci est l'entière responsabilité des incapables qui nous gouvernent et celle des sbires qu'ils ont nommés un peu partout à la tête des instances publiques !
Car ils ont dès le début complètement minimisé cette histoire de coronavirus, malgré toutes les informations à leur disposition !
D'autres choix étaient bien sûr possibles, comme cela a été fait dans d'autres pays, avec beaucoup de bon sens et de succès dans la gestion de l'épidémie.
Mais du coup on se retrouve livré à une sorte de rivalité entre états européens pour chercher à sortir par le haut (si je puis dire) des gros problèmes économiques que la situation a engendré ici et là...

Sauver le système est le leitmotiv de toute cette histoire, mais toujours dans le respect de l'idéologie néolibérale, il ne saurait bien sûr pas en être autrement !
Cette idéologie de la domination et de la concurrence, celle qui exploite les gens et poursuit toujours plus loin le dogme de la concurrence, du profit et du marché.
Alors il ne faut surtout pas occulter le fait majeur que cela ne fera que créer une énorme dette supplémentaire que les citoyens devront assumer, en nous en faisant payer le prix par le renforcement accru des politiques d'austérité, le sabrage des conquis sociaux et la grande braderie de nos biens collectifs au privé, sous prétexte de solidarité européenne...
On va donc se faire encore avoir dans les grandes longueurs, mais avec notre assentiment bienveillant et ensemble !
Et on va encore aller plus loin dans notre acceptation de cette logique du productivisme et de la consommation, cette logique mortifère qui détruit l'environnement et nos conditions de vie, ainsi que celles du Vivant dans son ensemble...
Et ça passe, puisque les gens sont littéralement sidérés par la situation actuelle, ils sont scotchés à l'évolution quotidienne du nombre de morts, ils ont peur et s'en remettent à tout sentiment qui semble aller dans le bon sens, et ils en oublient tout esprit critique...
Comme il vivent (forcément) mal le confinement, ils veulent que ça s'arrête pour continuer à vivre comme avant, sans doute plus que jamais !
Parallèlement, les schizo-sociopathes que sont nos dirigeants n'oublient pas de réfléchir dans le sens qui les intéresse et certainement pas dans celui du véritable intérêt général...
Disons qu'il y a quelque chose de la "stratégie du choc" derrière tout ça, même si la situation n'avait pas été anticipée.

Mais bon sang de bonsoir, réveillons-nous !!!

La seule issue est de virer ces salopards et de reprendre le contrôle de notre souveraineté monétaire au niveau national et/ou européen.
Il n'y a pas à emprunter mais juste à créditer directement les lignes de comptes des budgets publics ! Sans contrepartie !
C'est tout simplement de la création monétaire dont nous avons besoin, pas d'emprunts supplémentaires !!!

Je sais que ce n'est pas facile à intégrer car la plupart des gens ont l'habitude des raisonnements de gestion "en bon père de famille", ils se disent que l'argent ne sort pas de nulle part...
Mais quelque part si !
Historiquement, les états ont toujours créé de l'argent, ne serait-ce que pour satisfaire les besoins supplémentaires induits par l'accroissement démographique.
Depuis 1973 et la fameuse loi Giscard-Rothschild, la France - et tous les autres états membres de l'UE ont fait de même - a perdu le contrôle de sa politique monétaire et doit se financer auprès des banques privées, l'argument de l'époque étant cette fichue "responsabilisation" (qu'on nous sert encore aujourd'hui à toutes les sauces), en considérant que les questions financières sont trop sérieuses pour être laissées entre les mains des politiques... Tout en rappelant les grandes inflations du passé qui ont conduit à la ruine, ce qui est évidemment faux car comme par hasard, aucun état n'est finalement tombé en faillite !
En passant, précisons que l'inflation nuit avant tout à la fortune des riches...
Mais ça a marché et on voit bien les conséquences actuelles avec des pays surendettés (alors qu'ils ne l'étaient pas du tout avant) et l'obligation de respecter peu ou prou les fameux critères de Maastricht et ses conséquences en termes d'austérité et de contrôle.

En tout état de cause, si cette idée de coronabonds (ou plutôt de "couillonabonds") aboutit, non seulement on va progressivement suivre le chemin de la Grèce, mais aussi on va affaiblir l'Europe qui ne fera que confirmer son rôle de vassal des USA.
En n'oubliant pas que Macron n'est qu'un fidèle serviteur de ses maîtres américains qu'il vénère...

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