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Adama, Zineb, Steve… à Besançon aussi, on n’oublie pas

analyse

Mercredi 31 juillet 2019 / Toufik-de-Planoise

Ils étaient une cinquantaine de participants réunis ce mardi soir devant le commissariat à Besançon, répondant à un appel national après la découverte du corps de Steve dans la Loire à Nantes. Une cérémonie qui visait aussi à dénoncer les violences policières, dont les cas emblématiques explosent ces dernières années. En Franche-Comté et à Besançon également, si la crise des Gilets jaunes a récemment mis en lumière cette situation, quartiers et mouvements sociaux sont ici aussi depuis longtemps visés.

Mots-clés: gilets jaunespolice
Des bougies sont allumées devant le commissariat de Besançon pour honorer la mémoire de Steve, retrouvé mort dans la Loire après une intervention de la police le soir du 21 juin à Nantes. Photo JCM.

Ce mardi, afin d’honorer la mémoire de Steve, mais aussi de toutes les autres victimes de la police, un appel était lancé en France, avec un rassemblement à Besançon. Cette fois, la cinquantaine de participants s’est massée devant les grilles du commissariat à 20h00, malgré un arrêté préfectoral d’interdiction que viendra rappeler un agent. Mais, pendant près d’une demi-heure, pour ceux présents, pas question de céder : bougies, fleurs, et affichettes, vont s’étaler pour porter le deuil et la colère.

Quelques larmes coulent, une minute de silence s’impose conclue par des d’applaudissements. « Ni oubli ni pardon » ou « pas de Justice pas de Paix » pouvait-on lire. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui, aussi, affichent sur leur profil, « où est Steve ? », et depuis peu « qui a tué Steve ? » Une procession jusqu’au Palais de Justice achèvera la soirée. Une dispersion, avant de bientôt se retrouver, au rythme où vont les choses, à la prochaine « tragédie. » Jusqu’à quand ?

Valentigney, Montbéliard, Besançon... des cas déjà anciens.

S’il existe de nombreuses affaires d’abus policiers, certaines sont devenues emblématiques ; on peut citer Bouna et Zyed à Clichy-sous-Bois en 2005, Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise en 2016, le viol de Théo à Aulnay-sous-Bois en 2017, ou encore les dérives durant l’opposition à la loi Travail en 2016, avec les violences du 23 mars au lycée Bergson, la mutilation d’un jeune le 28 avril à Rennes, et les centaines de blessés parfois graves à Paris le 1er mai.

Localement aussi, quelques cas anciens existent, tel le décès de Mohamed Boukrourou en 2009 à Valentigney dans un fourgon policier, ou l’éborgnement d’Ayoub en 2011 à Montbéliard. À Besançon, moins intensément, un journaliste est brutalisé en 2009 ; des violences contre des élèves sont dénoncées en 2010 ; un jeune se plaint de coups et de contrôles au faciès en 2011 ; une mobilisation de solidarité à la Gare-d’Eau est réprimée le 25 mars 2016.

Les quartiers et les cortèges sont donc, sans surprise, les plus visés ces dernières années. Ici aussi, la rue s’est ainsi exprimée spécifiquement : le 29 octobre 2014 en mémoire de Rémi Fraisse, le 22 novembre suivant suivant contre les « crimes policiers », le 31 janvier 2016 avec un cortège dénonçant l’État d’urgence, ou encore le 14 décembre dernier en mémoire d’Adama Traoré. Des dates qui se sont multipliées et ont compté jusqu’à plusieurs centaines de participants.

Les Gilets Jaunes, comme une révélation

La mobilisation des « Gilets Jaunes » débutée le 17 novembre dernier a franchi un nouveau palier, y compris dans la capitale comtoise. Manifestants et reporters indépendants ont été l’objet de toutes les atteintes ; le bilan, hors-norme pour la commune, fait état de près de cent blessés « sérieux », d’au moins une quinzaine de peines de prison ferme prononcées, et de nombreux samedis émaillés par les assauts, brouillards de gaz lacrymogènes, et autres tirs de lanceur de balles de défense.

Plusieurs dossiers lourds se sont naturellement détachés : les menaces de mort du 12 janvier contre le correspondant pour Factuel.info ; la blessure du street-médic Jérémy le 2 février ; la large polémique autour de l’agression du manifestant Mathias le 30 mars ; le fameux imbroglio sur le prétendu assaut du commissariat central le 1er mai ; la vérification d’identité de l’équipe de Radio Bip le 18 mai ; ou encore dernièrement les arrestations du 14 juillet.

Rapidement, au fil des coups de matraque, les évocations anti-autoritaires se sont jointes aux revendications sociales. Plus une seule mobilisation n’était vue sans pancartes, slogans, ou requêtes, dénonçant ce tournant vécu par beaucoup alors néophytes comme une découverte. Certains, à l’image d’une gilet jaune de la première heure, n’hésitaient plus à formuler une sorte de repentir, évoquant la date de 2005 et ses émeutes comme une révélation a posteriori.

C’est, après cette longue litanie et dans ce contexte, que vont s’accumuler des dizaines de mutilés depuis plus de six mois, et surtout deux nouveaux noms de « disparus » portés comme symboles. Zineb Redouane, tuée le 2 décembre 2018 à Marseille par une grenade lacrymogène pendant qu’elle fermait ses volets, et Steve Maia Caniço, décédé après une charge policière le 21 juin alors qu’il participait à la fête de la musique à Nantes, s’ajoutent à ce sinistre palmarès.