Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

Antoinette voyage en solitaire

cinéma

Mercredi 16 septembre 2020 / Patrick Tardit

Laure Calamy marche vers son destin dans le film de Caroline Vignal, « Antoinette dans les Cévennes »… une randonnée en compagnie d’un âne.

Laure Calamy tient son premier grand rôle au cinéma avec cette Antoinette, femme amoureuse qui arpente les chemins de montagne avec un baudet pour retrouver son Roméo.

C’est bientôt les grandes vacances, l’école fait la fête, c’est la kermesse de fin d’année. L’instit fait chanter ses élèves de CM2, une chanson de Véronique Sanson, « Quand je suis loin de lui ». Jusque-là, tout va bien. Le moment de malaise arrive lorsque la maîtresse en robe lamée se joint au chant des gosses, et n’a plus vraiment toute sa tête alors que le refrain s’adresse en particulier à son amant, un papa, parent d’élève un peu gêné dans l’assistance.

Le sourire arrive dès cette séquence d’ouverture car cette professeur des écoles est incarnée par Laure Calamy, dans le film de Caroline Vignal, « Antoinette dans les Cévennes » (sortie le 16 septembre), qui fait partie de la sélection du Festival de Cannes 2020. Antoinette devait partir pour un séjour d’amoureux avec son Vladimir, mais patatras, celui-ci lui annonce qu’il va finalement partir avec sa femme et leur fille, une randonnée dans les Cévennes, avec un âne, sur les traces de Robert-Louis Stevenson. Pas démontée, notre Antoinette décide de lui faire la surprise, d’aller le retrouver sur les chemins, et s’embarque pour une expédition. Pas vraiment équipée, elle découvre la vie en communauté dans les gîtes, les grandes tablées, les dortoirs à lits superposés… et surtout un âne qui s’appelle Patrick !

Antoinette voyage en solitaire, ou presque, encombrée de cette bourrique têtue, qui marche quand elle en a envie. Certes, « l’important ce n’est pas le but, c’est le chemin », mais le chemin en question est plutôt ardu pour la randonneuse débutante, qui se perd dans la forêt, passe une nuit à la belle étoile, s’agace, s’énerve, râle, et frappe cette satanée tête de mule qui prête quand même une grande oreille compatissante aux malheurs qu’Antoinette lui raconte pour la faire avancer.

Une comédie mélancolique, avec ce qu’il faut d’optimisme

Femme amoureuse venue arpenter les chemins de montagne avec un baudet pour retrouver son Roméo, Antoinette devient une légende sur les sentiers, « la star du GR ». Objectif atteint, elle croise la famille du bien-aimé, mais l’épouse n’est pas si dupe, le Prince pas si charmant, elle comprend qu’elle n’est ni la première ni sûrement la dernière maîtresse de Vladimir.

Robert-Louis Stevenson avait fait un récit de son périple, « Voyage avec un âne dans les Cévennes » ; de la randonnée d’Antoinette, Caroline Vignal fait d’abord une comédie puis un film plus mélancolique, avec ce qu’il faut d’optimisme. Car sur les sentiers, Antoinette va finalement s’attacher à son Patrick, faire des rencontres, un motard sympa, une cavalière rebouteuse, des hôtes accueillants… et marcher tranquillement vers son destin. Tout comme Laure Calamy est marche vers son destin de tête d’affiche ; remarquée dans d’innombrables seconds rôles au cinéma, comédienne de théâtre révélée au grand public par la série « Dix pour cent » (France 2), elle mélange avec aisance l’humour et l’émotion, l’outrance et la tendresse, le ridicule et la séduction. Laure Calamy donne vie à cette attachante Antoinette qui finira par trouver le bon chemin.