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Après un enterrement à Ornans, l'atelier de Gustave Lafont

rencontre

Lundi 29 juillet 2019 / Danièle Secrétant

Gustave Lafond nous a ouvert les portes de son atelier. Il expose des artistes venus d'ailleurs, cette année de Chine.Vladimir Anishchenko, peintre biélorusse dont Factuel continue à suivre le travail est également présent dans l'atelier avec, entre-autres, un beau tableau des bords de la Loue.

Mots-clés: Ornans
Gustave Lafond et Vladimir Anishchenko, dans l'Atelier de Gustave.

Nous avons quitté à regret l’esplanade sur laquelle se trouve le bas-relief de Gustave Lafond, Un enterrement à Ornans. Direction l’atelier de Lafond. Celui de Courbet et dans lequel Yan Peï-Ming a peint de grandes toiles, est temporairement fermé au public pour cause de canicule. L’atelier de Gustave Lafond, lui, nous a été grand ouvert dans ses moindres coins et recoins. De belles découvertes de son travail !

Une sculpture de Courbet assis sur une chaise, en cours de réalisation.

Presse-livre en pierre, représentant la figure de Victor Hugo.

 

Tête de femme à l'expression intrigante.

 

Nous avons donc vu une partie du travail de Gustave Lafond, et une exposition d’œuvres d’artistes venus d’ailleurs, dont Vladimir Anishchenko.

Gustave Lafond, convaincu qu’il peut fédérer des pays et des cultures différents, est partisan d’un art sans frontières. Chaque année, il reçoit des artistes d’autres pays et favorise l’exposition de leur travail.

Cette année, outre Vladimir Anishchenko, venu de Biélorussie, cinq artistes chinois.

Huang Hsi-chun est un artiste nomade. Street artiste à Paris en 2013, pour la première fois, il a visité plus de 10 pays. 

Tao Ran est artiste et directeur adjoint d'Ailleurs Art Museum. Il fait de la peinture à l'huile.

Madame Zang Lei est aussi professeure à l'Académie des Beaux-Arts de Lu Xun. Elle est également, entre autres responsabilités, directrice de recherche sur le développement de l'éducation, à Macao.

Madame He Xiaoxia et sa fille Jin Zhi sont brodeuses.

Ce voyage d'artistes chinois organisé par Gustave Lafond, a également permis à 7 enfants de 7 à 12 ans de visiter notre région, d'en découvrir les plus beaux sites, les artistes...

Xi Wen, leur accompagnateur et interprète, a été élève à l’école des Beaux-Arts de Besançon. Aujourd’hui, il est conservateur de son musée, en Chine. Sur les cinq artistes chinois, nous n’avons pu rencontrer que madame He Xiaoxia et sa fille Jin Zhi. Des brodeuses. Elles utilisent des fils de soie afin de broder des tableaux à la finition minutieuse. Le résultat est… bluffant.

Quelques tableaux brodés au fil de soie.

Le thème de ce séjour en résidence chez Gustave Lafond étant celui du bicentenaire de Courbet, les brodeuses se sont surpassées en brodant Les cribleuses de blé. Quant au clin d’œil à L’origine du monde, il se fait sous la forme d’aguichants dessous féminins, exposés comme ils pourraient l’être dans la vitrine d’un magasin, ou dans un magazine.

Aguichants, mais élégants. Clin d'œil à L'origine du monde...

 

Un hommage au tableau de Courbet, Les cribleuses de blé, une broderie au fil de soie.

Madame  He Xiaoxia vient du Nord de la Chine. Maître de la broderie chinoise, fondatrice de la broderie Liao, une broderie moderne, elle est la première experte de la broderie chinoise à la cour. Elle fait de la recherche et reproduit certaines oeuvres du trésor national de la Cité Interdite. Sa fille, Jin Zhi, a commencé à apprendre la broderie avec sa mère à l'âge de 8 ans. Elle a exposé à Beïjing, Taïpei...

Des artistes venus de Chine, et Vladimir Anishchenko, venu de Biélorussie.

Gustave Lafond raconte comment le hasard lui a fait rencontrer le peintre biélorusse. Il venait d’assister à un spectacle au Scénacle, à Besançon, et il s’apprêtait à rentrer à Ornans. Il est passé devant la Galerie de l’Ancienne Poste. Curieux, il est entré. Il ne lui a pas fallu longtemps pour reconnaître la qualité du travail. Factuel info, que le même hasard a fait rencontrer Vladimir Anishchenko, continue à suivre ce peintre talentueux.

Quelques tableaux de Vladimir Anishchenko, exposés dans l'Atelier de Gustave.

Parmi ces tableaux, une très belle évocation des bords de la Loue.

Au bord de la Loue.

L’eau qui s’écoule calmement chuchote son hymne à la beauté. Quelques remous quand elle se heurte à des pierres moussues, glissantes. Les bords de la Loue ne sont pas toujours facilement accessibles. Les arbres font une haute haie, l’odeur de cette nature est forte, le soleil tente une percée… Tous les gens de la région reconnaîtront ce sentiment de paix, de participation à un équilibre avec l'eau, les pierres, la végétation, le soleil... quand on a réussi à atteindre cet endroit.

Vladimir Anishchenko parle de mieux en mieux de la nature qui nous entoure. Redisons-le, il est le digne héritier d’Isenbart, d’Ordinaire, de Fanart… Nul doute qu’un jour il rejoindra Charigny, en disséminant quelques vaches dans de grasses prairies. Que fera-t-il des neiges rouges de Zingg ? Des neiges bleues de Roz ?

"Le geste patiemment appris de l’artisan ou de l’artiste ne naît pas seulement d’une incitation de la pensée", a écrit Pierre Bichet, dans L’Art d’être Comtois, "il nait aussi de l’héritage des gestes séculaires, d’habiletés transmises, de la lente acquisition du savoir-faire. Dans l’art d’asservir la matière, la pensée, l’œil et la main jouent de concert pour associer dans l’objet à naître la forme et la fonction, l’utilité et l’élégance".

[…]

"En ce qui concerne les turbulences qui agitent l’art contemporain, elles sont, sans vergogne, abondamment diffusées par l’image, le livre, la radio et la télévision. Ce n’est certes pas à une disette qu’est aujourd’hui confronté le jeune peintre, mais à une surabondance d’informations, de sollicitations, d’incitations et de conseils contradictoires. Il doit être assez solide pour subir sans dégâts une offensive aussi incohérente. Il doit être assez perspicace pour écouter, sans se laisser berner, les sirènes de la mode esthétique. Il doit être assez fraternel et obstiné pour pouvoir, au milieu des autres, tout en respectant la voie suivie par tel ou tel, conserver le cap de celle qu’il s’est choisie et, avec l’obstination d’un laboureur, tracer son sillon sans faiblesse, car une vie est bien courte pour construire une œuvre et on ne peut utiliser toutes les voies pour aller au but."

 

                                         

Quasimodo, dans l'atelier de Gustave Lafond.