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« Un art de vivre par temps de catastrophe »

éditorial

Samedi 30 mai 2015 / Daniel Bordür

Qu'est-ce que la littérature ? L'auteur de ses lignes se doute bien qu'il y a quelque audace à reprendre le titre de cet essai de Jean-Paul Sartre. Certains en souriront, sachant bien que la question est récurrente, traverse les époques, survit à toutes les réponses définitives. Écrire, c'est révéler, écrivait-il. Cette affirmation marquait sa revendication de la nécessité pour l'écrivain de s'engager.

Les écrivains réunis ce week-end à Besançon pour le salon Pas sérial s'abstenir sont dans la révélation. Celle de vérités non pas divines, mais on ne peut plus humaines. De Jean-Bernard Pouy à Jérôme Leroy ou Eric Maravélias, il s'agit, comme disait Albert Camus recevant le prix Nobel à Stockholm, « d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes », de soumettre l'art d'écrire « à la vérité la plus humble et la plus universelle ».

Eric Maravélias explore les tragédies des junkies de la banlieue dans les années 1980 avec La Faux soyeuse. Jérôme Leroy s'immerge dans les univers glauques de l'extrême droite et des services en donnant à « comprendre au lieu de juger ». Doa plonge dans la guerre afghane avec Pukhtu... Ils sont « au service de ceux qui subissent l'histoire », disait encore Camus ce 10 décembre 1957. S'il n'est pas identifié comme un auteur de « littérature noire et sociale », c'est parce qu'il est surtout philosophe. Mais L'Etranger n'est-il pas aussi ancré dans la vie du peuple ? Au ras des vies vécues.

Ce festival qui vit sa 18e édition est plus qu'un événement. C'est un moment, une étape de la longue marche des éclairagistes du monde d'aujourd'hui, vous savez, celui qui n'est pas dans les projecteurs du showbiz et du spectacle publicitaire. Ils empêchent que les humiliations et les trahisons passent à la trappe. Ils participent à la biodiversité humaine, voire terrienne. Ils sont « vulnérables mais entêtés ». Ils nous aident, comme disait encore Camus dans son discours de Suède, à nous « forger un art de vivre par temps de catastrophe ».