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Besançon : la marche pour le droit des femmes fait le plein

reportage

Dimanche 8 mars 2020 / Toufik-de-Planoise

Environ six-cents personnes défilaient ce samedi après-midi à Besançon, dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes. Une marche mixte et féministe dans les rues du vieux centre, afin de sensibiliser l’opinion et les autorités aux questions de l’égalité salariale, des violences sexuelles et sexistes, de la situation des minorités, de la répartition des tâches domestiques, la sanctuarisation de l’IVG, ou encore de la défense des travailleurs du sexe.

C’est Clara Zetkin, féministe et socialiste allemande, qui propose en 1910 la journée du 8 mars comme catalyseur des combats émergents. Depuis, cette date s’est naturellement instaurée partout dans le monde, et continue aujourd’hui d’être l’un des points d’orgue de ce bras de fer millénaire. À Besançon on la retrouve donc aussi chaque année, s’inscrivant dans une semaine élargie incluant conférences, débats, expositions, et actions militantes. Cette édition marque d’ailleurs le renforcement du partenariat entre la ville de Besançon et les différents collectifs concernés, comme l’expose le programme dense relayé par nos confrères de France 3.

Sur place, des dizaines de pancartes et banderoles ont donné le ton. « Ma jupe courte n’est pas une invitation », « pour le linge tu repasseras », « ovaires et contre tous », « no machos no fachos », « mon corps, mon choix », « mort au capitalisme patriarcal », « le XXIe sera féministe », ou encore « retraite minimaliste, riposte féministe », étaient ainsi lisibles. Les slogans, au rythme des tambours ou entre deux fumigènes, se voulaient « revendicatifs et festifs », à l’image de « fières, veners, et révolutionnaires », régulièrement repris. Bien en vue un groupe évoluait sous les traits de Rosie la Riveteuse, quand d’autres affichaient keffieh et cagoules.

Égalité salariale et réforme des retraites.

L’un des principaux leitmotive reste le problème récurent de l’égalité salariale et économique. Plusieurs interlocutrices rappellent ainsi des chiffres illustratifs : les femmes représentent 75 % des bas salaires, elles sont 62 % à toucher le SMIC, et plus de 30 % subissent un temps partiel soit quatre fois plus que les hommes. Ainsi les annonces du gouvernement quant à la réforme des retraites sont très mal perçues ; par exemple, l’un des piliers de ce projet, le minimum garanti de 1000 € mensuels pour une carrière complète… 40 % d’entre elles ne sont pas dans cette catégorie et ne peuvent donc y prétendre, alors que 37 % cumulent déjà moins de 909 € de retraite.

Une membre « d’Osez le féminisme 25-90 » liste une partie des autres griefs, notamment l’impact du mode de calcul de la pension de retraite qui se fera désormais sur toute la carrière et non plus les vingt-cinq meilleures années dans le privé ou les six derniers mois pour les fonctionnaires (qui concerne à 63 % des femmes), la majoration pour trois enfants passant de 10 % à 7,5 %, ou encore la pension de réversion dont l’obtention recule de sept ans et est supprimée pour les divorces ou remariages. Elle résume le tout par un des arguments trônant sur une banderole : « pour les femmes, les périodes de temps partiel, de congé parental, ou de chômage, se paieront cash. »

#MeToo et l’affaire Polansky en filigrane

Les cas Daval, Narumi, Aurélia, Razia, et bien d’autres encore, émaillant les actualités régionales, mais symptomatiques d’un climat général et quotidien, ne pouvaient bien sûr être ignorés. C’est, sur un morceau de tissus ou de carton, que colères et interrogations surgissent : « féminicides - état coupable, justice complice », « 1/3 des mortes avaient porté plainte », « combien de plaintes faut-il pour rester en vie ? », « classez nos plaintes, creusez nos tombes », « honorons nos mortes, protégeons nos vivantes. » Le collectif « Nous Toutes » annonçait d’ailleurs que 17 femmes avaient perdu la vie sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier 2020.

Le mouvement « #MeToo (moi aussi) et l’affaire Polansky sont aussi forcément évoqués. Une participante se confie : “il m’est parfois difficile d’être aussi tranchée que d’autres, puisque je me suis aussi construite avec ce réalisateur et ses films. Mais là où nous somme toute d’accord je crois, c’est sur sa consécration aux Césars, qui a été, de mon point de vue en tout cas, un bras d’honneur fait à ses douze victimes potentielles. Si je ne suis pas pour en faire un synonyme d’opprobre absolu même s’il doit encore payer pour ses crimes, sa sacralisation est un mauvais signal envoyé. On dit à la société, violer ce n’est pas si grave et ça n’a aucune conséquence.”

Les Gilets jaunes bien présents

Bien d’autres réalités et thèmes ont également été abordés, s’exprimant dans les rangs par des drapeaux, visuels, tracts, ou chants. Droit à l’IVG mais aussi à la PMA, situation des LGBTQI+ et afro-féminisme, question sensible des travailleurs du sexe, répartition des tâches domestiques, ou encore antispécisme et lutte de classes, s’inséraient ainsi dans un fourmillement d’opinions et de batailles multiples. Autre formation en place, celle des fameux gilets jaunes toujours actif depuis plus de dix-huit mois. Parties de la place de la Révolution à 14 h 30, la centaine de chasubles a convergé avec le rassemblement à l’esplanade des Droits de l’Homme.

Restés en fin de défilé, ces compagnons de route ont suscité bien des commentaires. Quelques voix n’ont pas manqué de désigner un “chahut à côté de la plaque”, les téméraires du 17 novembre 2018 persistant dans leurs formules très tournées vers le champ social. D’autres, au contraire, la majorité, saluaient sans réserve cette union, certains précisant au passage que la “précarité et la justice sociale sont pleinement dans notre ADN” et qualifiant ces critiques de “médisances petites-bourgeois.” Après être passés par l’ensemble de la Boucle et Battant, le retour et la dispersion s’amorcent définitivement à Révolution vers 18 h.