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Besançon : syndicats et Gilets jaunes perturbent les vœux du maire

reportage

Jeudi 9 janvier 2020 / Toufik-de-Planoise

La semaine de reprise du mouvement social commence fort avec déjà plusieurs actions menées, dont la perturbation des vœux présentés mercredi soir par le maire de Besançon Jean-Louis Fousseret. Membres et proches de syndicats, Gilets jaunes et assemblée citoyenne, voulaient « marquer le coup » avant la manifestation du 9. Le Palais des sports a été envahi, mais la cérémonie a pu se tenir avec plus d’une heure de retard et sous bonne garde policière.

Frederic Vuillaume, Gilet jaune et syndicaliste, face à Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon et président de Grand Besançon Métropole lors de sa cérémonie des vœux au Palais de sports de Besançon le 8 janvier 2019. Photo : Toufik-de-Planoise.

17h15 au palais des Sports Ghani Yalouz avenue Léo Lagrange, c’est l’effervescence. La soirée est certes traditionnelle, mais attendue dans le petit milieu de la nouvelle Métropole. Entre les invités et les manifestants, c’est parfois déjà la cohue. Un important service de sécurité a été missionné pour assurer l’ordre, secondé par une dizaine d’agents de la police municipale. Une large banderole est déployée réclamant le « retrait du projet de réforme de retraite par points. » Le « mur de revendications » prévu ne comptera que quelques cartons, mais voix et tracts suffisent pour l’instant à faire passer le message. Pour eux, les vœux du maire LREM et président de Grand Besançon Métropole, Jean-Louis Fousseret, ne pouvaient pas mieux tomber.

Ils étaient environ deux-cents. Beaucoup issus de l’intersyndicale, avec les sections CGT, FO, SUD/Solidaires, FSU, ou encore les lycéens de l’UNL et des participants à l’assemblée citoyenne, créée en parallèle pour coordonner et organiser le mouvement protestataire. Et, bien sûr, des Gilets jaunes, toujours actifs dans la région. Tous souhaitaient se rappeler aux bons souvenirs de leurs élus et représentants.

Réforme des retraites et bilan municipal en ligne de mire

Pour Julien Juif, secrétaire SUD Solidaires, il s’agit d’abord d’étendre la protestation contre la réforme des retraites. « Jean-Louis Fousseret, Éric Alauzet, et Fannette Charvier, présents ici, défendent ce projet et ce gouvernement. À ce titre, ils doivent rendre des comptes à leurs administrés. » Mais le délégué avance aussi d’autres griefs plus locaux, citant la répression policière durant l’année 2018-2019, l’expulsion du collectif SolMiRé, l’arrêté anti-mendicité, l’écoquartier des Vaîtes, ou encore la cession du site de Saint-Jacques à Vinci.

Même son de cloche pour José Aviles, de la CGT. « Ces vœux, c’est la possibilité d’interpeller les élus sur le bien-fondé de cette réforme. Nous souhaitons ainsi exprimer un désaccord largement partagé par la population, afin de mettre les décideurs concernés face à leurs responsabilités. » Fred Vuilaume, figure des Gilets jaunes et syndicaliste FO, abondera largement en ce sens, exhortant à « secouer ce petit vase-clos mondain. » Patrick et Aurélien, deux Gilets jaunes historiques du secteur, tiennent quant à eux à souligner « un ras-le-bol de près de vingt ans » contre le premier édile.

« Vous exprimez une colère, nous l’avons entendu »

Au moment du lancement de la soirée, à 17h30, la démarche est plus revendicative à mesure que la foule s’approche des entrées. Les slogans fusent : « Macron, Fousseret, et Castaner, et hop tout ça, à la poubelle », « on ne négocie pas, la régression sociale, on la combat, par la grève générale », ou encore « Emmanuel Macron, oh tête de con, on vient niquer ta réforme. » Des pancartes s’entremêlent aux drapeaux partisans, affichant davantage de sensibilité écologique, énumérant les décès liés aux interventions policières, ou évoquant la question du suicide au travail.

Beaucoup espèrent surtout « marquer le coup. » Un mouvement de foule se produit, contraignant les organisateurs à finalement laisser entrer tout le monde. Rapidement, le groupe, avec Fred en tête, afflux dans le hall, puis envahit l’antre du palais. En son centre l’attendent le maire, hagard, entouré de gradés de la police nationale, de la gendarmerie, et de magistrats, dépassés. Un face-à-face s’amorce entre les deux hommes, alors que les chants redoublent d’intensité. « Y’en a ras-le-bol, de ces guignols, qui ferment nos usines, nos hôpitaux, et nos écoles » reste le plus repris.

Le Palais est envahi

Les autres « occupants » n’hésitent pas à se délecter des gâteaux et cocktails, placés en libre-service sur plusieurs guéridons. Jean-Louis Fousseret va se saisir du micro, parfois sous les rires et sifflets : « Je vous ai laissé entrer pour éviter les incidents. Vous exprimez une colère, nous l’avons entendu. Cette soirée est aussi faite pour se rencontrer les uns et les autres. Mais la démocratie, ce n’est pas ce que vous faites. Il y’a des partenaires sociaux et des négociations en cours, je vous renvoie vers eux. Je vous demande donc de sortir calmement. Sortez ou je ferais évacuer la salle. »

À 18h30 une vingtaine d’uniformes arrive en renfort, faisant tranquillement refluer les révoltés. Ils seront tolérés dans le hall d’entrée annexe, profitant de cette proximité pour persister dans le dérangement sonore. Les troupes s’amenuisent jusqu’à la dispersion totale vers 19h15, accompagnées par une chorale « révolutionnaire. » L’irruption aura troublé et écourté le discours et la réception, une atteinte pour presque tous ceux qui y participaient, même si un élu communiste nous confiera être pleinement compréhensif de cette action.

Manifs, blocages, péages gratuits

Cette date s’inscrit par ailleurs dans un contexte de relance. À l’appel de l’intersyndicale, de l’assemblée citoyenne, et bien sur des Gilets jaunes, 250 personnes s’étaient ainsi réunies samedi dernier place de la Révolution. Des retrouvailles en opération « galette du roi Macron », afin de partager un moment de convivialité, mais aussi renflouer les caisses de grève. Le défilé qui a suivi a pu œuvrer sans confrontations, bifurquant par le tunnel de la citadelle, le centre commercial des passages Pasteur, puis enfin Chamars.

Dans la nuit de lundi à mardi, une vingtaine de téméraires avait bravé le froid. Après le filtrage d’Easydis, vite dégagé par la police, ce fut l’installation au péage de Chemaudin, là aussi empêchée, mais par les gendarmes, avant de terminer sur Chronopost. Mardi en fin d’après-midi, le péage de Valentin était déclaré « en gratuité », malgré un arrêté préfectoral d’interdiction, par une cinquantaine de dissidents, là aussi habillés de chasubles syndicales et jaunes. Le prochain grand rendez-vous est fixé pour la manifestation du 9 janvier à l’issue de laquelle des actions sont prévues ainsi qu’une AG.