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La caravane des pieds d'immeubles

en images

Vendredi 8 janvier 2021 / Maxime Lamboley

​Depuis l'été 2020, le Club Sauvegarde de Besançon se mobilise pour les enfants du quartier de Planoise avec sa Caravane des pieds d'immeubles pour "créer du lien et occuper le terrain".

Mots-clés: planoisephotos

Suite à l'initiative du Club Sauvegarde de Besançon, la Caravane des pieds d'immeubles a vu le jour en 2020 dans le cadre des "Quartiers d'été et d'automne" financés par l'Etat, qui regroupent collectivités territoriales et acteurs socio-économiques locaux et accompagné par la ville de Besançon en termes de logistique. Le dispositif consiste à proposer aux pieds des immeubles, des ateliers sportifs et culturels gratuits destinés aux enfants entre 6 et 14 ans.

Les membres actifs du club se sont mobilisés durant tout cet été, ainsi que tout récemment durant les vacances d'automne, à l'intérieur du gymnase Diderot cette fois-ci.

Le Club Sauvegarde de Besançon fut fondé en 2003 par Fodé Ndao pour "faire la même chose que mon papa", comme il l'explique lui-même. "Parce que j'habite à Planoise et c'est un peu en lien avec Guédiawaye", le quartier où il a grandi dans la banlieue dakaroise.

Né en 1975 à Dakar, Fodé découvre le Karaté dès 3 ans grâce à son père, fondateur en 1981 du Club Sauvegarde de Guédiawaye avec le projet "d'oeuvrer pour la jeunesse et le vivre ensemble". Fodé obtient son bac à Dakar tout en pratiquant le karaté au plus haut niveau (champion d'Afrique en 1997).

Il rejoint la France en 1997 pour étudier et poursuivre sa carrière de karatéka. Sa plus grande performance fut l'obtention d'une médaille d'argent au Championnat du monde en 2000.

Depuis qu'il a pris sa retraite sportive, Fodé est notamment devenu Directeur technique national adjoint responsable du haut niveau de la Fédération Sénégalaise de Karaté, ainsi que champion de la paix "Peace and Sport".

La section karaté de La Sauvegarde compte environ 150 licenciés, dont certains sont sportifs de haut niveau et médaillés mondiaux.

En plus du karaté, le Club Sauvegarde de Besançon diversifie ses activités. 50 personnes sont licenciées au club afin d'accéder aux cours de cardio-training et de musculation. Par ailleurs, La Sauvegarde a développé "Les femmes d'abord", dispositif visant à faciliter l'accès à la pratique pour les femmes du quartier, un dispositif encadré et financé par les "quartiers d'été". Le total de licenciés est porté aux alentours de 200.

Voici ce que Fodé répond lorsqu'on lui demande de raconter la genèse de cette Caravane des pieds d'immeubles : "La caravane est née du constat qu'il n'y avait pas beaucoup d'activités sur le quartier « à l'extérieur ». Beaucoup d'activités fermées, faites par les centres de loisirs ou des activités qui ne mobilisaient pas. En même temps, j'entendais parler des dealers, des points de deal, etc. Je me suis dit : pourquoi pas aller en pieds d'immeubles. Il faut qu'on occupe le terrain pour une cité éducative. Partager ce qu'on fait dans notre club, aller à la rencontre des habitants, fédérer les associations. On doit pouvoir se rencontrer et travailler tous ensemble pour pouvoir dire aux habitants : on est ensemble, on peut faire des choses."

De gauche à droite : Fodé Ndao, la Sauvegarde Besançon, Joël Mathurin, préfet du Doubs, Abdel Ghezali, Adjoint au Maire en charge des sports)

Toujours comme l'explique Fodé, le projet a été présenté dans le cadre des "Quartiers d'été" il y a 2 ans. "C'est lourd comme dispositif, ça mobilise du monde, beaucoup de logistique"... et ce d'autant plus en période de crise sanitaire.

Sur cette photo, Joël Mathurin et Abdel Ghezali s'apprêtent à s'essayer à une variante du tir à l'arc, adapté pour les enfants et à la pratique en salle. Procédure répétée à chaque passage et sur chaque stand, une personne du club fournit une goutte de gel pour se frictionner les mains.

Au 1er plan : Maxime Poly, le gérant de l'entreprise Polygames qui fournit ce genre d'évènements en structures gonflables. Originaire du quartier, il ne cache pas son plaisir de pouvoir s'investir dans cette Caravane des pieds d'immeuble.

Le Centre de Loisirs Jeunes de la Police Nationale est représenté dans au cours de cette caravane. Et elle était particulièrement représentée lors de la visite du préfet.

Invité à évoquer les points positifs qu'il retenait à la veille du dernier jour de ces vacances d'automne 2020, Fodé répond en citant des pistes d'amélioration : "Déjà, il y a beaucoup de points faibles et il faut en parler. Selon moi, il faudrait pouvoir faire participer les habitants par rapport à leurs propres besoins. La notion de précarité, le logement... inviter les bailleurs pour qu'ils puissent communiquer directement avec les habitants. On pourrait parler d'écologie aussi."

"Je pense qu'on n'a pas touché assez le cœur des problèmes. Pour les enfants, faire la fête, c'est très bien ! J'aimerais aider les familles autour des notions de parentalité, des problèmes de violence. On pourrait aller plus loin pour plus toucher les gens et aborder les vrais problèmes : la précarité, le chômage, le logement, la voirie." Récemment diplômé d'une licence professionnelle en médiation par le sport, Fodé s'enthousiasme toujours lorsqu'il s'agit de parler "échange culturel" et "vivre ensemble".

A Besançon, un dispositif d'animation sportive ouvert à tous et gratuit existe déjà depuis de nombreuses années. Organisé par le service des sports, il est en stand-by en 2020 du fait de la situation sanitaire. Mais Fodé a constaté qu'il existait un frein pour les jeunes de Planoise qu'il n'hésite pas à définir comme une forme de discrimination : le fait qu'il soit obligatoire de se présenter avec un responsable légal pour s'inscrire, ce qui n'est donc pas le cas pour venir à la Caravane.

Kevin Joliduc (second plan) est éducateur sportif en charge d'équipes de jeunes au sein du Sporting Club de Planoise. Pour lui qui s'investit quotidiennement auprès des enfants, le sport et l'éducation sont indispensables : "Je me dis que dans 5 ou 6 ans, ça pourrait être eux, ils sont mieux avec nous", en évoquant la question de la délinquance dans le quartier.

"Félicitations.": Joël Mathurin remet, à un jeune joueur du Sporting, le trophée récompensant son équipe suite à la victoire du tournoi de futsal qui avait lieu deux jours plus tôt.

Puisqu'on parle foot !

Contribution de Kelly Cheppih, habitante de Planoise et membre du Club Arcade : « Le Club Arcade, dont Fodé Ndao est un membre fondateur, était aussi de la partie. C’est une association d’autoentrepreneurs et anciens lauréats du concours « Talents des cités » qui œuvre dans l’accompagnement, l’insertion et la réinsertion professionnelle des habitants issus des quartiers dits « difficiles ». Dans le cadre du déroulement de l’événement « Caravane au pied des immeubles », elle avait pour mission de monter une vidéo relayant les différentes actions et activités proposées. Autre avantage et non des moindres, cette occasion aura permis aux Planoisiens de renouer le lien social rompu durant le confinement du printemps dernier. »

De gauche à droite : Aziz Baaziz, président du club arcade), Joël Mathurin, préfet du Doubs, Fodé N'Dao et Abdel Ghezali (adjoint en charge des sports).

Toujours selon Kelly : « Planoise est une ville dans la ville. Tout est concentré en un pôle attractif et multiculturel : structures sportives et associatives, administration, commerces, services de santé, etc. Les acteurs sociaux ne sont jamais en manque d’inspirations quand il s’agit d’occuper les jeunes planoisiens : événements, activités, ateliers, rencontres, etc. Autre avantage, c’est un secteur limitrophe de la commune de Besançon et donc, la nature n’est jamais très loin. Le bitume laisse place à des collines et des étendues propices à de belles balades. Je ne me verrais pas habiter ailleurs avec mes enfants. »

Petit point sur le contexte : pensé et conçu à partir des années 1960 pour répondre à la forte croissante démographique et la nécessité d'une large ZUP à Besançon (25), le quartier de Planoise voit son statut passer de cité prospère à quartier sensible à la fin des années 1980. Aujourd'hui peuplé d'environ 18000 habitants d'origines ethniques nombreuses et variées, il regroupe des foyers majoritairement composés d'employés ou inactifs souvent issus de l'immigration. Ici, 70% du parc immobilier est géré par les bailleurs sociaux.

Dernièrement, des faits divers sanglants ont éclaté dans le quartier, généralement sous couvert de bataille de territoire ou de règlement de compte dus au trafic de drogues. La presse locale et nationale étant souvent friantes de ce type d'information, Planoise a tendance à occuper les esprits, avec pour conséquence la forte détérioration de sa réputation, accompagnée par la réaction des services de police, suite aux ordres donnés par le ministère de l'Intérieur. (Photo réalisée à Planoise lors de la victoire de l'Algérie à la coupe d'Afrique des nations - Juillet 2018)

13 mars 2019 : inauguration d'un commissariat de proximité. Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur, avait fait le déplacement pour "couper le ruban". À gauche sur la photo, Jean-Louis Fousseret (ex-maire de Besançon - PS puis LREM) se félicitait ce jour-là du fait qu'il y aurait "plus de bleus" dans le quartier.

En septembre 2020, Anne Vignot (maire EELV de Besançon annonçait la création de 38 postes de policiers : "Ce travail de lutte contre le grand banditisme ce n’est pas une caméra qui le règle, mais ce sont des hommes sur le terrain". (Photo réalisée à Planoise lors de la victoire de l'Algérie à la coupe d'Afrique des nations - Juillet 2018)

D'ici 2029 et dans le cadre du Plan de Rénovation Urbaine, Planoise doit subir de profondes transformations sous l'impulsion des collectivités territoriales. Lors d'une réunion publique organisée en octobre 2020, Anne Vignot évoquait l'objectif de "faire de Planoise un véritable éco-quartier", en concertation avec les habitants.

Le blog de Maxime Lamboley est à consulter ici.