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« Castaner assassin » : deux gilets jaunes jugés en appel pour outrage

compte-rendu

Mercredi 3 juin 2020 / Toufik-de-Planoise

Ce mardi 2 juin, Fred’ et Marie Vuillaume étaient jugés en appel au tribunal de grande instance de Besançon. Ces figures syndicales et Gilets jaunes se sont vu reprocher un « outrage » à l’endroit de Christophe Castaner. Malgré l’interdiction de rassemblement de plus de 10 personnes, quelque 150 personnes sont venues les soutenir. Le verdict est attendu le 7 juillet et les prévenus préviennent déjà qu’ils iront en cassation si nécessaire.

13 mars 2019 à Planoise. Le poids lourd du gouvernement est à Besançon pour inaugurer le nouveau commissariat de Planoise : l’occasion pour ses opposants de manifester leur mécontentement à propos notamment des blessés au LBD. Les deux prévenus, et un troisième proche, essayent de rencontrer le locataire de Beauvau afin d’évoquer leurs préoccupations. Mais à peine arrivés dans le secteur, ils sont immédiatement appréhendés par les forces de l’ordre. Dans l’algarade, le slogan « Castaner assassin » est retenu contre eux, caractérisant les poursuites au titre de l’article 433-5 du Code pénal qui réprime « l’outrage à agent public. » Arrêté, menotté, placé en garde à vue, et convoqué à la barre, le trio est condamné en première instance le 29 avril. Dans son délibéré du 15 mai, la cour a prononcé 1 500 euros d’amende avec sursis et une mise à l’épreuve de cinq ans pour Fred’ et Marie et infligé 1 000 euros fermes à Kevin.

L’épreuve devant des magistrats et surtout le verdict ont été un choc. Les défendeurs, considérant la contradiction politique comme un principe démocratique inaliénable. Fred’ et Marie ont ainsi interjeté appel de la décision. Lors de la première audience, plus de deux-cents personnes étaient présentes pour assurer leur solidarité aux protestataires tout autant que pour signifier leur attachement à la liberté de rassemblement et d’opinion. Mais dans cette période de crise sanitaire encore vive, les restrictions ont empêché toute affluence de s’illustrer à nouveau dans le bâtiment.

Une vague de soutien importante

 

C’est à l’extérieur donc que les partisans se sont réunis à partir de 16h30. Environ 150 irréductibles, que l’impossibilité d’assister aux débats agace. « On comprend la nécessité, mais le coronavirus à bon dos. Les restaurants ré-ouvrent aujourd’hui même, et alors qu’on porte un masque on nous empêche de réconforter nos camarades. C’est dans la ligne de ces poursuites, le pouvoir accable ceux qui dérangent » lâche un membre du noyau dur. Une pétition, menée par le lanceur d’alerte Maxime Renahy, a également recueilli 2 000 signatures en quelques jours.

 

Pancartes et slogans « Castaner assassin » fusent, quand une affiche indique « la police tue, la justice pue. » Fred’ et Marie ont pu raconter le déroulement de cette entrevue, presque à huis clos même si une poignée de convives a finalement pu y assister. Entendus à 17h30, les échanges ont tourné sur les mêmes aspects qu’en avril 2019. Reconnaissent-ils les paroles prononcées et leur portée ? Ils assument et revendiquent, mais arguent qu’ils n’ont pas eu la possibilité de terminer leur phrase « Castaner assassin de la Démocratie » puisqu’embarqués par les uniformes.

Les débats de fond sont restés semblables

Une version qui ne convainc pas le procureur général, réclamant la confirmation des peines allouées en première instance. Antécédents et calendriers ont aussi été scrutés. Une première mention au passif de Marie est apparue entre-temps, ayant récolté deux mois de prison avec sursis le 13 mars dernier pour « entrave à la circulation. » Fred’, quant à lui, à un fichier actuellement vierge, mais doit encore comparaître le 15 juin prochain, pour les mêmes motifs, réitérés, en cause pour la « barricade » du 17 décembre 2019 mais aussi celle du 9 janvier 2020.

Leur avocat, maître Jean-Michel Vernier, plaide la sacralité de l’expression. Il s’appuie notamment sur une jurisprudence française et européenne en ce sens, qu’il juge constante et favorable. Ses clients ne manquent d’ailleurs pas de remémorer selon eux la dégradation générale de ce droit, listant les multiples atteintes aux mouvements sociaux ces dernières années. Au bout d’une bonne demi-heure, tout se termine. Confiants, Fred’ et Marie espèrent avoir été entendus. Mais ils préviennent : « Nous irons en cassation et au-delà si nécessaire. » Verdict le 7 juillet.