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« Ce chou si beau », captation d’une œuvre de Charles Belle

Jeudi 9 avril 2020 / Michèle Tatu

C’est une première : Factuel info organise un cycle « Cinéma et peinture » et présente cinq films de François Royet. Quatre peintres donc : Claude Monet, Jean Daligault, Gustave Courbet et Charles Belle. Le quatrième montre le peintre contemporain Charles Belle en pleine création, un virage dans l’œuvre de François Royet.

Depuis treize ans, un lien s’est créé entre François Royet et Charles Belle ; il s’agit d’un cheminement entre les deux hommes. Charles Belle peint et François Royet le filme en train de peindre.

S’approcher de la création contemporaine en train de se faire est un virage pour le cinéaste : quels chemins empruntent la création ? Qu’est-ce qui fait que le peintre se lève un bon matin, aille dans son jardin, cueille un chou et décide d’en faire une œuvre ? Comment l’ordinaire du jardin, un chou, devient une immense œuvre d’art ? Par quels détours ? Par quelles recherches ? Avec quelle inspiration ? Ce mystère-là affleure l’œuvre de François Royet consacrée à la peinture.

Un matin donc, Charles Belle descend dans son jardin, choisit un chou et commence une toile. Tapi dans l’ombre François Royet capte les tâtonnements du peintre, ses réflexions et même son souffle teinté d’émotions. Le peintre pose une toile blanche sur le sol et commence avec quelques traits charbonneux à définir les contours du chou. Premier geste d’une œuvre enracinée dans le vivant.

« La couleur qui n’existe pas »

Aussi, pour cette captation, François Royet utilise un dispositif laissant toute la place au spectateur. Au centre une image, la toile terminée. De chaque côté sur des écrans de tulles translucides, on voit naître le travail du peintre, ses doutes, ses tâtonnements. Ses certitudes aussi, incarnées par les mots : « c’est érotique » prononcés à deux reprises. Car le chou semble avoir un système veineux, des feuilles presque sexuées.

Alors que le chou du jardin se fane, le voilà sur la toile dans l’exubérance des tonalités vertes ou violettes. Le voilà devenu image, immortalisé par le geste de peindre et l’alchimie du mélange des couleurs. Le peintre cherche « la couleur qui n’existe pas ». Qui sait alors d’où provient le mauve, d’où vient ce vert vif comme un secret mal caché ou rêvé par Charles Belle ? D’où viennent ces gestes où la peinture est jetée sur la toile pour devenir forme ou épaisseur, nervures ou feuilles ?

D’où vient l’imaginaire du peintre qui appuie, efface, remet à l’ouvrage « Ce chou si beau » ? Qu’est-ce que le peintre va chercher au plus profond de lui-même pour recréer ce que la nature lui donne ? Car si l’imaginaire recrée le chou du jardin, on ne sait pas par quel chemin il arrive jusqu’à nous, visiteurs de musée, curieux de comprendre le murmure du monde. Le chou s’éveille dans le jardin le matin. Que lui faire dire se demande le peintre ? Et ce jour-là au bord de la toile blanche, quelque chose va naître. N’est-ce pas tout simplement magnifique ?

 

 Pour voir le film, cliquer ici.