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Des céréales bio pour protéger les captages

présentation

Jeudi 20 mai 2010 / Daniel Bordür

L’Agence de l’eau va participer aux coûts de la reconversion de 100 exploitations de l’ouest franc-comtois. Objectif revendiqué : diminuer les pesticides dans l’eau du robinet.

L’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse va subventionner la conversion à l’agriculture biologique de 7.000 hectares exploités par cent céréaliers de Franche-Comté d’ici trois ans.

C’est ce que prévoit une convention signée lundi avec l’association Interbio et la coopérative Interval. Les grandes cultures bio représentent 3.500 hectares sur 185.000 en Franche-Comté, dont la moitié en Haute-Saône, 30 % dans le Jura, moins de 10 % dans le Doubs. Ils se répartissent en 148.740 ha de céréales, 34.890 ha d’oléagineux et 465 ha de protéagineux.

Interbio recevra 250.000 euros de l’Agence de l’eau, qui avait lancé un appel à projet pour protéger les captages d’eau potable de la pollution aux nitrates et surtout aux pesticides. L’Agence a constaté que 82 % des sites d’eaux souterraines et 94 % des cours d’eau suivis sont « contaminés par les pesticides » sur le bassin-versant du Rhône.

Vingt-sept captages « dégradés »

En Franche-Comté, elle a recensé 27 captages « dégradés par les pesticides », la plupart dans les 104.000 hectares de grandes cultures des zones ciblées par la convention : Graylois, basses vallées de l’Ognon, de la Loue et du Doubs. Ces 27 captages ont des « dépassements fréquents des normes, ou des analyses en hausse constante », précise Philippe Clapé, le directeur de l’agence à Besançon.

La subvention a permis l’embauche par Interbio d’une technicienne basée dans le Graylois, Alice Dousse, pour « réaliser une sensibilisation active » au projet et accompagner les agriculteurs décidés à passer au bio. La subvention servira surtout aux documents et journées techniques de formation. Le coût de la reconversion (5 à 8 millions) viendra en sus, l’Agence de l’eau se substituant à l’aide de l’Etat, qui participe à parité avec l’Europe.

Passer au bio n’est plus considéré comme farfelu par les dirigeants professionnels agricoles. Ils ont constaté la demande : le chiffre d’affaire des produits bio est passé en France de 850 millions d’euros en 1999 à plus de trois milliards aujourd’hui. Le pire, c’est que cette croissance a surtout profité aux agricultures d’autres pays de l’Union européenne.

Moulin à blé bio

L’heure est venue de la reconquête, mais passer au bio nécessite un débouché pour les paysans. Or, une opportunité se fait jour dans la région. Le démantèlement de l’Organisation commune de marché du sucre par l’Europe, à la suite d’une décision de l’Organisation mondiale du commerce, a conduit à la reconversion, subventionnée, de la raffinerie d’Aiserey en Côte d’Or (ER du 7 décembre 2009), en moulin à blé biologique.

C’est là qu’interviennent la coopérative Interval et ses 4.650 adhérents. Elle est actionnaire du moulin bio Decollogne de Précy-sur-Marne (77), dont la production doit être transférée à l’été 2011 à Aiserey dont la capacité sera doublée, à 20.000 tonnes par an, un record en bio. Déjà engagée dans la luzerne bio, Interval veut élargir sa palette. Elle assure être « consciente de la nécessité de changer les pratiques culturales » et annonce « souhaiter accompagner ses adhérents qui veulent s’engager en agriculture biologique ».

Le signal est fort, mais hélas, sans obligation de résultat...