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C'est loin l'horizon ?

éditorial

Mercredi 4 mars 2020 / Daniel Bordür

Tout ou presque a été dit par les diverses oppositions. Le recours à l'article 49-3 de la constitution pour la réforme des retraites, qui permet l'adoption d'une loi sans vote si aucune motion de censure ne renverse le gouvernement dans les 48 heures, est un déni de démocratie.

En fait, ce n'est pas spécialement ce recours-là qui pose problème, mais bien que la constitution de la 5e République donne un droit de passage en force au gouvernement. Et sur ce point, nous sommes obligés de constater que nombre des forces politiques qui critiquent aujourd'hui l'usage du 49-3, n'ont pas d'objection de principe à son existence même. De la droite post-gaulliste aux socialistes en passant par les libéraux, tous l'ont un jour accepté sinon justifié. Comme si tordre le bras du parlement était considéré comme un attribut légitime du pouvoir exécutif, fut-il désormais limité à un coup par session parlementaire.

Mais on voit aussi que cet outil constitutionnel est dans les mains d'un pouvoir si idéologiquement faible que les expédients lui servent d'arguments. Il s'est servi de la police et de la justice pour tenter de mater les manifestants ou en dissuader de potentiels. Il a usé de subterfuges pour éviter de préciser son projet. Il s'est assis sur les critiques du Conseil d'Etat. Aujourd'hui, alors même qu'il dispose d'une majorité parlementaire, il dégaine cet objet juridico-politique digne des régimes autoritaires pour faire taire les oppositions. Et peut-être aussi pour abréger les souffrances des députés LREM et MoDem qui n'en peuvent plus de se faire agonir d'injures et de moqueries. Ce faisant, il étouffe la discussion à l'Assemblée nationale, montrant le peu d'estime qu'il lui porte.

Cela commence cependant à faire beaucoup. Car ce dédain pour la représentation nationale vient après le mépris pour la république sociale et l'arrogance à l'égard des gardiens du droit public. C'est aussi une injure de plus à l'avenir. Ambitionnant de se présenter comme le seul recours face à l'extrême-droite, le macronisme apporte chaque jour la preuve qu'il rivalise sans souci avec elle en matière de coups de menton.

De ce point de vue, c'est un jeu dangereux doublé d'une erreur politique que de recourir au 49-3. Que serait cet instrument juridique dans les mains du FN-RN si par malheur il parvenait au pouvoir ? Ce raisonnement conduit à une question très embarrassante pour un pouvoir se réclamant de la démocratie : qui se sert des lois sécuritaires adoptées ces dernières années sur le coup de l'émotion pour mettre dans le même sac d'indignité le terrorisme et le mouvement social ?

Face au coup de force que le Mitterrand d'opposition à la 5e République naissante nommait « coup d'Etat permanent », la réponse ne peut venir que de la société. D'où les appels à la mobilisation des syndicats de transformation sociale et d'associations. Reste qu'attaqué et fragilisé depuis des années dans ses missions, en difficulté dès qu'il s'agit de s'adresser au nouveau salariat et au précariat, le syndicalisme est essoré, épuisé, divisé. Il a perdu beaucoup de ses capacités d'animation collective que ni le monde associatif ni les forces politiques ne sont en mesure de prendre en charge.

Du coup, la colère et la lassitude vont, erratiques et tenaces. La perspective d'un débouché politique pourrait leur donner un sens, mais on peine à la distinguer. Pour commencer, la défaite de la macronie aux élections municipales les soulagerait. Mais la consolation ne fait pas un horizon.