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Un chapitre reste à clore

éditorial

Lundi 21 novembre 2016 / Daniel Bordür

Une page se tourne, mais un chapitre de l'histoire politique du pays reste à clore. En congédiant sèchement Nicolas Sarkozy, les électeurs de la primaire de la droite et du centre ont sanctionné un homme qui aura fait beaucoup de mal à l'idée même de la politique. Symbole de la ploutocratie méprisante, empêtré par des affaires de corruption, va-t-en guerre étendant à la Lybie l'œuvre destructrice de Bush en Irak, il a joué avec l'écologie en faisant semblant d'y croire avec le Grenelle, peut-être son seul héritage, avant de décréter que « l'environnement ça commence à bien faire ».

Maltraitant le langage en tordant la syntaxe, insultant ses contradicteurs, menaçant des journalistes, il souffrait de la comparaison avec ces hommes de culture que furent De Gaulle et Pompidou, Mitterrand et Chirac pour ne parler que des présidents. On pourrait continuer, ironiser sur ce discours de Poligny sur l'agriculture, copié-collé d'un précédent prononcé à Angers...

Il aura mis son énergie et son volontarisme au service d'une hystérisation maladive du débat public. Il aura enterré le non au traité constitutionnel européen en promouvant le traité de Lisbonne, déterré ce funeste débat sur l'identité, contribuant largement à faire le lit du FN, ce qui n'est pas sa moindre responsabilité dans la dégradation des mœurs politiques de l'époque.

Bref, il est finalement très sain, et heureux, que ce soit son propre camp qui lui ait signifié la sortie, faisant revenir la droite à sa place, c'est à dire à droite, plutôt que dans un embrouillamini idéologique où le n'importe quoi sert de masque à l'aventurisme. L'auteur de ces lignes se souvient que des élus locaux de droite, réactionnaires et dévoués, autoritaires et sensibles aux détresses comme aux injustices, levaient les yeux au ciel quand le président parlait. On les a vus aussi, ces élus locaux, consternés par les réformes de la fiscalité locale, par la poursuite du retrait des services publics... Pour eux, Sarkozy a affaibli son camp, leur camp, et ils lui en veulent. Nul doute que certains ont joué un rôle déterminant dans sa défaite de 2012, puis au premier tour de la primaire. 

Une page se tourne donc, mais un chapitre reste à clore. On peut en effet difficilement disjoindre Nicolas Sarkozy de François Hollande. En 2007, le premier avait vaincu Ségolène Royal, ex compagne du second, lors d'une élection qui porta à leur paroxysme les stratégies de communication et la démagogie, convoquant les vies privées et transformant en match d'égos un événement dont les enjeux politiques étaient brouillés.

Le quinquennat de Sarkozy avait outré par ses mauvaises manières jusque dans son propre camp. François Hollande aura donc été l'outil qui a servi à débarrasser le pays de son prédécesseur en 2012. Dimanche 20 novembre, le peuple de droite aura signifié avec l'outil Fillon qu'il n'apprécie pas seulement l'ordre, mais aussi les bonnes manières, qu'il entend rompre avec les comportements de m'as-tu vu grossier.

Hollande, Sarkozy et Royal sont les faces différentes d'une même tragi-comédie. Quelques moments clés la résument : l'accouchement médiatisé de Ségolène Royal en 1992, la façon dont Sarkozy utilise la prise d'otage de Human Bomb en 1993 à Neuilly, le surgissement de l'extrême-droite au second tour de la présidentielle le 21 avril 2002 survenant après un fait divers sordide monté en épingle par la télévision, la photo de Sarkozy et Hollande à la une de Paris-Match en 2005 pour défendre le oui au TCE... 

Sarkozy avait pris la droite d'assaut, elle le chasse au moment où la mondialisation outrancière bat de l'aile. Royal et Hollande étaient avec Martine Aubry dans les années 1990 avec ces « rénovateurs » du PS œuvrant, au club Témoins, au virage social-libéral qui ne disait pas encore son nom...

Le point commun à tout cela, c'est l'information spectacle, le tempo de la vie politique dicté par la télé puis les réseaux sociaux. Les électeurs de droite y ont-ils mis un holà ? On verra, mais force est de constater que c'est un gouvernement de droite qui donna le signal, en 1986, avec la privatisation d'une chaîne publique, TF1... Ceux de gauche le feront-ils à leur tour ? Ce sera dur. Parmi ceux qu'on dit bien placés pour pallier à un éventuel renoncement de François Hollande figure Manuel Valls, un spécialiste de la communication...

Les questions politiques ne manquent pourtant pas. François Fillon devra notamment expliquer, sinon cette semaine, du moins d'ici la présidentielle s'il gagne la primaire, comment de gaulliste social séguiniste il est passé au thatchérisme. La gauche sera alors au pied du mur pour tenter de faire mentir à nouveau les sondages qui prédisent au pays d'avoir à choisir entre thatchérisme et lepenisme. On voit mal comment elle pourrait le faire dans la lignée de la politique actuelle. Après la page tournée par les électeurs de droite, ceux de gauche auront à écrire la leur pour clore un chapitre de dix années peu glorieuses.