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Le cinéma se déconfine à Deauville

cinéma

Mercredi 9 septembre 2020 / Patrick Tardit

Dans le respect des mesures sanitaires bien sûr, le public est bien présent au Festival du Cinéma Américain, mais des virus rôdent dans quelques films apocalyptiques.

Mots-clés: cinéma
Les spectateurs sont nombreux dans la grande salle du CID (Centre International de Deauville), très remplie mais pas comble, distanciation oblige.

C’est « le grand rendez-vous cinéma de la rentrée ». Ouvert quelques jours après le Festival du film francophone d’Angoulême, le 46° Festival du Cinéma Américain de Deauville (du 4 au 13 septembre) n’est évidemment pas un festival comme les autres. Après plusieurs mois de fermeture des salles et l’annulation du Festival de Cannes, le monde du cinéma et les cinéphiles avaient bien besoin de se retrouver dans l’obscurité, la tête levée vers un grand écran.

Pour attirer les spectateurs, les exploitants français ont attendu comme un sauveur une grosse production made in USA, « Tenet » de Christopher Nolan, qui avait d’ailleurs présenté à Deauville ses premiers films (« Memento » et « Insomnia »). Et le cinéma se déconfine dans la cité normande (qui accueillera aussi le Congrès des exploitants, du 21 au 24 septembre), même si c’est bien sûr dans le respect des mesures sanitaires : port du masque obligatoire, gel, désinfection, ventilation et distanciation dans les salles de projection (mais pas vraiment dans les files d’attente)…

Pas de films, pas de stars, sur la Croisette cette année, qu’à cela ne tienne Deauville ouvre ses salles à une dizaine de films de la sélection cannoise 2020, ainsi qu’à plusieurs films d’animation sélectionnés par le Festival d’Annecy. Thierry Frémaux et Pierre Lescure (auquel un documentaire est consacré par son ancien complice de France 5 Maxime Switek), délégué général et président du Festival de Cannes, étaient présents à l’ouverture de leur collègue deauvillais ; Thierry Frémaux a passé son week-end à présenter les films de sa sélection cannoise, et à s’extasier du public réuni dans la grande salle du CID (Centre International de Deauville), très remplie mais pas comble, merci de laisser libre les fauteuils recouverts d’un point rouge, distanciation oblige.

Des spectateurs masqués mais présents

Vanessa Paradis, la présidente du jury, ou les équipes des films, sont eux aussi tous ravis de voir de nombreux spectateurs, certes masqués, mais présents quand même. Tout comme Roselyne Bachelot, qui avait une sorte de palme argentée sur sa veste telle une référence cannoise, lors de la cérémonie d’ouverture ; toute fière, la nouvelle ministre de la Culture a précisé comment, avec son président, ils allaient sauver le cinéma français, notamment des méchantes multinationales du numérique.

Pas de stars américaines en chair et en os cette année à Deauville, qui viendraient inaugurer une cabine de plage à leur nom sur les fameuses planches. Mais un hommage à une superstar, Kirk Douglas, disparu en février à 103 ans. Une légende hollywoodienne honorée par son fiston Michael, qui avait prévu de venir à Deauville pour l’occasion ; à cause de la pandémie, l’acteur s’est contenté d’un émouvant message vidéo. Le documentaire programmé par le festival, « Kirk Douglas l’indompté » (prochainement diffusé sur OCS), n’est par contre pas à la hauteur de la star, « le fils de chiffonnier », la fossette la plus célèbre du cinéma, qui fut notamment Van Gogh et Spartacus, et tant de méchants dans des westerns.

« Le fait d’être ensemble est une très belle chose »

Festival définitivement pas comme les autres, Deauville 2020 a créé une section « American and french doctors », un hommage aux professionnels de la santé, avec des films dont les héros sont chirurgiens, docteurs, infirmières… ou même patients. Sur scène, l’équipe du très touchant film « A good man » tenait à faire un geste symbolique, la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar, ses acteurs et actrices (dont Noémie Verlant) se sont tous donnés la main… mais tous étaient gantés.

Si le virus du covid contraint les comportements des festivaliers, d’autres virus rôdent dans des films présentés à Deauville. Dans « Peninsula » de Yeon Sang Ho (sortie en France le 21 octobre), il est question de clusters, mot devenu commun depuis ce printemps, et c’est à cause d’une contamination que les habitants de la péninsule coréenne sont transformés en zombies. Avant la projection, Thierry Frémaux, encore lui, prévenait que « Ce film dit quelque chose de notre monde ». Inquiétant.

Dans « Last Words » (sortie le 21 octobre), film post-apocalyptique de Jonathan Nossiter (qui avait tourné le documentaire « Mondovino »), l’humanité toute entière est menacée par la montée des eaux, le réchauffement climatique, et un méchant virus qui fait tousser. Désolé de voir des spectateurs masqués, le réalisateur se réjouit cependant : « Le fait d’être ensemble est une très belle chose. Dans un moment de barbarie et de peur, la transmission culturelle n’a jamais été aussi nécessaire », estime Nossiter, pour qui « le cinéma est une chose sacrée ». Dans son film, la fin de l’humanité est pour le 20 juin 2086 ; mais il y aura encore des images de cinéma.