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Claude Buchot, retour de Notre Dame des Landes

tribune

Mardi 1 mars 2016 / Invité

Viticulteur bio à Maynal, ce militant de la Confédération paysanne anime le collectif jurassien des opposants au projet d'aéroport nantais. La veille de la grande manifestation du 27 février où 200 Franc-Comtois se sont rendus, il a rencontré ceux qu'il appelle des « résistants ». Il en revient avec un témoignage vibrant et engagé.

Claude Buchot lors d'une manifestation contre l'artificialisation des terres, en septembre 2015 dans le Jura. Photo d'archives D.B.

Après la manif du 9 janvier a Lons qui a connu un réel succès (200 personnes mobilisées en moins de 3 jours ), nous organisons avec le collectif et la conf paysanne de Franche Comté un car pour rejoindre les opposants ce samedi 27 février. Pour ma part, je décide d'aller la veille, en train, pour rencontrer les militants avec lesquels j'ai noué des relations depuis trois ans maintenant ainsi que quelques zadistes...

Successivement, je suis reçu par Claude et Christiane Herbin qui habitent au Liminbout, hameau voué à la destruction si le projet d'aéroport voyait le jour. Tous deux viennent me chercher à la gare de Nantes et m'offrent le repas de midi. Par décision du tribunal, ils sont expulsables début 2017. Grands résistants, ils sont sur le front dès le départ, avec une forte implication depuis 2012. N'allez pas leur dire du mal des zadistes : « ce sont des copains et nos relations sont excellentes », me confie Claude. D'ailleurs, ces derniers viennent chez eux à tout moment et on voit bien qu il y a une entente parfaite.

« Voila le vigneron du Jura »

Puis une jeune zadiste m'accompagne dans les terres, à St Jean du Tertre. A plusieurs, ils élèvent des vaches laitières et fabriquent du fromage (ferme de Bellevue). Il y a la aussi une meunerie avec stockage de céréales et un atelier. Lorsque j'arrive, plusieurs me reconnaissent : « voila le vigneron du Jura ». Ils interrompent un petit moment le chantier, occupés à construire une vigie de 10 m de hauteur qui sera installée au bord de la 4 voies, le lendemain, au cours de la manifestation.

On parle de l'organisation de la vie en communauté sur la ZAD, avec la visite d'une vigne récemment plantée et je peux apporter quelques conseils pour améliorer la conduite. Je suis, comme chaque fois, impressionné par leur savoir faire, leur capacité à utiliser au mieux leurs compétences et mettre en commun les dons de chacun. Il y a là un véritable ferment, ils ouvrent le chemin d'une ère nouvelle en acceptant une vie simple, fondée sur l agriculture et le respect des lois naturelles. Certains vivent ici depuis 2012 et le bonheur se lit dans l'expression de leur visage et leur sens de l'accueil.

Quatre irréductibles qui refusent de se soumettre

Puis je suis reçu par Marcel et Sylvie Thébaud (de nouveau au Liminbout), figures emblématiques de la résistance, très médiatisés maintenant, expulsables de suite depuis la décision du tribunal le 9 janvier puisqu'ils sont agriculteurs et possèdent un troupeau de 35 vaches laitières. Avec les Fresneau (à la Vacherit) et deux autres paysans, ils font partie des quatre irréductibles qui refusent de se soumettre (onze familles également hors cadre agricole). Ils m'avouent que cette résistance est dure parfois, mais on les sent animés d'une grande confiance et d'une foi en l'avenir, grâce au soutien du mouvement local, devenu national.

Ils sont calmes, poursuivent leur activité. Authentiques dans la société matérialiste qui s'est emparé de nous, ils ne veulent pas échanger leur terre, leur histoire, leur vie contre des écritures en banque que Vinci a déjà versé sur un compte à la Caisse de dépôts et consignations. Le soir, c'est Julien et Bernadette Durand qui me reçoivent pour le repas et m'offrent le gîte pour la nuit. Grands résistants eux aussi, depuis la première heure (en 1963 ), ils ont vendu leur ferme à l'âge de la retraite. Ils ont permis l installation à un jeune et se sont établis au cœur du village de Notre Dame des Landes. Ils m'avaient reçu déjà il y a 3 ans avec Joël. L'accueil est toujours aussi chaleureux.

Le rapport avec les zadistes a modifié le lien social

Julien est président de l'ACIPA, la principale association de défense contre le projet d aéroport. Médiatique, lui aussi pour la bonne cause, il me parle de la situation actuelle, de la dernière manif du 9 janvier, des rapports avec les politiques, de l'avenir de la ZAD en cas d abandon du projet. C'est une question qui devient essentielle. D'ailleurs Marcel et Sylvie l'ont longuement évoquée au cours de notre entretien. Et puis, il y a le quotidien, les nombreuses réunions, le rapport avec les zadistes qui a modifié le lien social dans le secteur, et de façon plutôt positive même si, parfois, quelques incidents sont à déplorer.

Au final, c'est bien moindre que le dur quotidien dans les banlieues et tous imaginent installer de façon pérenne une partie de ces jeunes en cas d'abandon du projet. On sent chaque fois l'espoir, même si on reste très prudent et on se garde bien de tout pronostic quant à l avenir. Pour le moment, c'est la lutte. L'espoir ne peut être que vivifié et renforcé ce samedi 27 février.

Je retrouve les copains du Jura et du Doubs dès 9 h le matin au départ de la manif après une nuit dans le car. Très vite, on comprend l'ampleur de la mobilisation alors que la 4 voie est pleine sur plusieurs kilomètres et on découvre que nous sommes plusieurs dizaines de milliers. Cette foule humaine qui marche à la rencontre d'un point de convergence plus loin avec des tracteurs et des cyclistes donne l'impression d'une force inébranlable, que rien n'arrêtera malgré les moyens considérables qui se trouvent en face.

Le bocage mérite bien mieux que le béton

C'est une impression de paix et de sérénité qui nous réchauffe malgré le vent du nord qui sévit. Sans doute sommes nous dirigés par les commandements de notre vie intérieure, animés par la certitude que la force de l'âme fera bientôt reculer la menace imputable à ce grand système financier destructeur ! Chacun le sait : il faut sauver le bocage de Notre Dame des Landes qui mérite bien mieux que le béton, tant l'écosystème est précieux dans cette région. Dans le même temps, le symbole est fort et gagner cette partie là, c'est la promesse de mettre en place une véritable alternative, plutôt que de poursuivre sur la route du désastre.

Notre projet s'appuie sur une autre vision du monde et nous commençons à être nombreux pour construire l'édifice maintenant que nous avons creusé les fondations. Nous interviendrons aussi longtemps qu'il le faudra, partout, dans nos provinces, en retournant sur le site s'il le faut. Il n'y aura pas d'aéroport à Notre Dame des Landes ! Semons ! Semons le blé pour obtenir de belles moissons ! Semons le gland pour qu'il devienne un chêne ! Semons l'espoir !