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Comment devenir une « Bonne épouse »

cinéma

Mercredi 4 mars 2020 / Patrick Tardit

« C’est un film féministe », confie le réalisateur Martin Provost, qui nous plonge dans le quotidien d’une école ménagère au printemps 1968, en Alsace. « Ce film s’inscrit dans le mouvement actuel », constate le cinéaste.

Mots-clés: cinéma
Juliette Binoche, Yolande Moreau et Noémie Lvovsky, un réjouissant trio d’actrices.

Bienvenue à l’École ménagère Van der Beck, mesdemoiselles, c’est là dans cette grande maison alsacienne, que vont vous accueillir Paulette (jouée par Juliette Binoche), la directrice qui arbore son tailleur rose le jour de la rentrée des nouvelles, Gilberte (Yolande Moreau), prof de cuisine, belle-sœur de la dirlo et fan d’Adamo, et sœur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky) nonne autoritaire et résistante.

C’est dans cette école que se déroule en grande partie « La bonne épouse » (sortie le 11 mars), film de Martin Provost, un internat où il est interdit de parler alsacien, et où les jeunes filles vont apprendre les sept piliers de l’enseignement ménager (dont cuisine, repassage, raccommodage…). Mais cette année scolaire 1967-68 ne sera pas une comme les autres, dans cette petite ville alsacienne comme dans le reste de la France, alors que les jeunes demoiselles ont d’autres préoccupations que « la tenue et le respect » : les roudoudous, les chanteurs yéyés, le pschitt orange, les garçons aux cheveux longs, les filles aux cheveux courts…

Pour les adultes aussi, l’époque est au bouleversement : la directrice perd son mari (François Berléand), mort d’un accident de lapin ; joueur beaucoup, obsédé un peu, l’époux indélicat a plongé l’école et sa veuve dans la ruine. C’est grâce à un ancien amoureux (Édouard Baer), banquier à l’Alsacienne de Crédit, que Paulette trouve le salut et un chéquier à son nom, puis se laisse aller à ces nouvelles idées de liberté, jusqu’à porter un pantalon.

Martin Provost aime mettre en valeur des héroïnes, parfois oubliées, « Séraphine » la femme de ménage artiste peintre, « Violette » consacrée à l’écrivaine Violette Leduc, ou maltraitées, comme l’épouse battue qui tue son mari dans « Où va la nuit ». Sur un sujet sérieux, la condition féminine, le cinéaste a réalisé une comédie distrayante, bien écrite, et bien interprétée par de jeunes comédiennes comme par le réjouissant trio d’aînées (Juliette Binoche, Yolande Moreau et Noémie Lvovsky). Tourné avec le soutien la Région Grand Est, le film offre une scène très bucolique au col du Hohneck, dans les Vosges : « C’était un moment extraordinaire, qui porte l’histoire, autant le décor de l’école est confiné, là le personnage de Juliette se retrouve dans un paysage magnifique et très ouvert », précise Martin Provost.