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Dancing Machines, représentation du corps

chronique

Mercredi 19 février 2020 / Danièle Secrétant

" Partant du constat qu'avec le happenings et les performances, les artistes font de leur propre corps une œuvre d'art, tout en élargissant leur discipline au champ de l'art vivant sans jamais s'y fondre, et que les chorégraphes empruntent au champ de l'art contemporain, l'exposition Dancing Machines interroge la façon dont ces disciplines dialoguent et celle dont les artistes et les chorégraphes représentent et montrent le corps aujourd'hui, sous l'angle de ses limites et de ses contraintes internes " (extrait du livret de présentation de Dance Machines)

Mots-clés: expositionFRAC
"À côté de la vitrine, un triptyque photographique. Un homme à l’air égaré, effrayé, un œil démesurément grossi semble lutter contre une sorte de machine infernale faite de longues et fines poutres de bois blanc."

Il n’est jamais aisé de parler d’une œuvre d’art. Elle s’adresse à tous nos sens, elle réveille des émotions personnelles… ou elle laisse indifférent. Chacun, chacune d’entre nous, au plus profond de soi, réagit de façon différente. Petit à petit, en fréquentant les musées, les salles de spectacle, les salles de cinéma… nous apprenons à décoder le langage propre à chaque mode d’expression d’une certaine réalité, nous parvenons parfois à nous approprier la pensée de cet « autre », qui est un artiste.

À quoi cette musique nous a-t-elle fait penser ? Pourquoi ce peintre me laisse-il indifférent alors que d’autres l’encensent ? Pourquoi la sculpture refroidit certains, alors qu’elle invite d’autres à la caresser ? Pourquoi l’un est plus sensible à la musique classique, l’autre au jazz, l’autre au rap, l’autre à la techno… ? Comment pouvons-nous écouter la musique traditionnelle du Japon ? Pourquoi tel type de danse (classique) parait-elle conforter un certain ordre social, alors que la Street dance, par exemple, paraît plus dangereuse pour le même ordre social ? Questions d’éducation ? d’appartenance à une classe sociale ? d’appartenance à tel ou tel groupe d’âge ? d’appartenance à une culture qui a ses codes ? Sans doute un peu de tout cela.

Si l’art est un langage, il n’est pas certain qu’il soit universel. Il peut être inaudible par certains, il peut avoir besoin d’un interprète pour d’autres. D’une formation du regard ? D’une formation de l’oreille ? Avoir besoin d’un interprète, c’est souvent le cas pour ce qu’il est convenu d’appeler, l’Art Contemporain. Si l’on se rend à une exposition de Monet, ou de Manet, ou de Delacroix…pour ne citer qu’eux, nous avançons en terrain à peu près connu. Reste, et ce n’est pas rien, l’émotion de se trouver devant le « vrai » tableau, et non pas devant une photo dans un livre d’art. Le FRAC propose donc une série de conférences afin de se « familiariser avec l’art d’aujourd’hui et d’approfondir ses connaissances. Si l’art contemporain comporte des formes d’expression multiples, les artistes, depuis Duchamp et Picasso, utilisent également des matériaux et composants d’une grande diversité », comme l'explique le livret de présentation.

Le Fond Régional d’Art Contemporain, le FRAC, nous convie à une exposition, jusqu’au 26 avril 2020. Dancing Machines.

                 

Plusieurs artistes mettent le corps en avant, tout ou partie. Corps en mouvement, corps martyrisé… Les danseurs utilisent le leur, tout en le mettant au service de « l’art vivant sans jamais s’y fondre. » Dancing Machines offre au visiteur, spectateur, qui pourra devenir acteur de l’histoire à laquelle il est convié, une déambulation dans plusieurs salles. Certains éléments peuvent être déroutants. Que font ces poutres en bois posées sur le sol dans la première salle ? Et ces chaînes, toujours au sol, dans une autre salle ?

Quelles correspondances avec les œuvres accrochées aux murs ?

Au fond de la salle aux poutres, visible dès qu’on en passe le seuil, une vitrine. Dans la vitrine, des sortes de prothèses de bras humains, dont les mains et les doigts semblent vivants, presque doués de parole. Expriment-ils la souffrance de corps déchiquetés par la guerre ? Et les poutres, au sol, les vestiges d’un monde disloqué ? À côté de la vitrine, un triptyque photographique. Un homme à l’air égaré, effrayé, un œil démesurément grossi semble lutter contre une sorte de machine infernale faite de longues et fines poutres de bois blanc. La construction dans laquelle il parait prisonnier peut faire penser à ces « casse-tête » en bois sur lesquels on peut s’acharner des heures durant, avant de les maîtriser.

Le corps peut être mutilé, disloqué à l’image de ces modèles en bois dont se servent les peintre, modèles en bois mis en scène, en photos, sur un des murs.

Le corps souffre, le corps se morcèle, le corps danse dans une vidéo de la deuxième salle. Une danse limitée par un réseau de fils dans lesquels la danseuse paraît pourtant se mouvoir en liberté. Paisiblement. Le corps se fait acrobate aussi, dans une série de photos accrochées au mur. Il est squelette joyeux dans une vidéo…

Au sol, de grosses chaînes en métal. Le spectateur-visiteur-acteur de Dancing Machines peut, s’il le veut, déplacer les chaînes avec ses pieds, avec ses mains pourquoi pas, et dans ce mouvement, se mettre à danser en se jouant du symbole d’une entrave.

Ailleurs, le corps se défend. Une coque, un morceau d’épaule recouvert d’une résille brodée qui en épouse la forme. Mais des piques surgissent, acérées, de la délicate résille. Pas touche !

Ailleurs dans l’exposition, des chaises. Faites pour recevoir les corps ? Un autre symbole du corps ? On peut les plier, les déplier, sur certaines, un message y est gravé. Des chaises qui parlent donc. Certaines chaises ont une forme peu conventionnelle. Un hamac dans lequel le corps s’enroule. Dans une salle plus petite, un fauteuil, un vieux fauteuil. Regardez bien ce qui s’y trouve, ou qui s’y trouve presque caché derrière le pied ? avant droit du fauteuil.

Contre certains murs des barres de métal qui forment une haie dans laquelle se faufiler… Surtout pour les enfants !

Des vidéos à regarder.

Des corps de femmes, photographiées… ligotées par leurs collants ?

En fin d’exposition… ou au début puisque la « cage » se trouve au fond de l’entrée du FRAC… une sorte de cage. À l’intérieur, un réseau de fils très fins, une toile encore plus complexe qu’une toile d’araignée, toile dans laquelle un corps pourra se mouvoir, danser…

Une déambulation dans les salles de la FRAC à ne pas manquer.