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Décomposition

éditorial

Vendredi 1 décembre 2017 / Daniel Bordür

La dernière séance du conseil régional participe du processus de décomposition politique à l'œuvre dans le pays. Que le président du groupe majoritaire PS-PRG-DVG, Jérôme Durain, sénateur de Saône-et-Loire proche d'Arnaud Montebourg, confesse la bouche en cœur « nous avons tous été surpris de la mobilisation syndicale », en dit long sur l'aveuglement social d'une équipe qui s'appelle La Gauche unie.

Elle avait pourtant été prévenue. Avant même que la fusion soit effective, les syndicats des deux anciennes régions avaient averti que le chantier social serait à risque. Saisi par Marie-Guite Dufay, le CESER de Franche-Comté avait prévenu : « la réussite de la fusion dépendra fortement de la façon dont les agents pourront se préparer aux changements. Il faut associer étroitement les personnels et leurs instances représentatives à toutes les étapes ».

C'est donc raté pour la méthode. C'est aussi raté pour les discours : toutes les tendances politiques représentées dans l'assemblée régionale ont été prises en flagrant-délit de posture, de contre-emploi, de démagogie, d'impréparation, de coupure avec le réel. A leur décharge, ils ne sont pas tous responsables de la catastrophique réforme territoriale bricolée et imposée par le duo de choc Hollande-Valls. Certes, la précipitation avec laquelle Mme Dufay l'a accompagnée, comme son approbation par la précédente majorité parlementaire, resteront des épisodes de plus dans la longue liste des mauvaises manières du gouvernement à l'égard du pays qu'autorise la constitution de la 5e république.

La décomposition se lit aussi dans l'incapacité de la gauche municipale bisontine à assumer dans son ensemble une position favorable aux plus défavorisés à l'occasion de la consultation sur les rythmes scolaires, à défendre une conception égalitaire de l'école républicaine. Les élus communistes l'ont dit, les écolos murmuré : ils sont pour la semaine de quatre jours et demi avec repos le mercredi et classe le samedi matin. C'est aussi celle de l'adjoint PS à l'éducation, Yves-Michel Dahoui, mais il ne la porte pas.

Se macronise-t-il ? Il s'en défend. Mais il y a quand même un peu de ça, ne serait-ce par la méthode, quand le débat qu'il organise sur la consultation évite soigneusement de donner la parole aux corps intermédiaires que sont les syndicats d'enseignants et les fédérations de parents d'élèves, pour leur préférer des représentants qu'il a lui-même choisis.

La décomposition, dit-on souvent, est une condition de la recomposition. Doit-elle en passer par le pourrissement ? Par la délégitimation des formes d'organisation que se donne la société au profit des seules formes institutionnelles ? Ce serait oublier que celles-ci, par leur caractère surplombant et parfois leur arrogance, ne sont pas les mieux placées pour construire les représentations collectives auxquelles toute société a besoin d'adhérer pour sa propre cohésion.

A moins d'avoir définitivement abdiqué devant la transformation en transactions marchandes de toutes les relations humaines, la politique a encore quelques raisons d'exister. Pour ça, il lui faut reprendre ses marques, se déjouer des pièges de la société du spectacle où tout est équivalent pourvu que ça buzze, du grotesque au complexe, de l'expérience individuelle à la construction collective, de la prédation à la solution...