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Le député et candidat LREM Éric Alauzet chahuté et pourchassé à Besançon

reportage

Vendredi 31 janvier 2020 / Toufik-de-Planoise

Ce jeudi, l’intersyndicale appelait à une action « député godillot », devant la permanence du parlementaire et candidat LREM aux municipales de Besançon Eric Alauzet. Il s’agissait, pour les manifestants, de protester symboliquement contre la réforme des retraites en déposant de vieilles chaussures, témoignages d’une usure à la tâche comme de la volonté d’outrager l’élu. Après trente minutes de discussions animées, ce dernier prendra brusquement congé avec son bras droit Frank Monneur pour se rendre au conseil communautaire. Motivant une brève course-poursuite au pas pressé dans les rues du centre.

Après quelques autocollants posés pendant la manifestation du mercredi 30 janvier contre la réforme des retraites, des chaussures ont été déposées le lendemain lors d'une action décidée par l'intersyndicale.

Ils étaient une bonne centaine, réunis au numéro 89 de la Grande rue. C’est là qu’Éric Alauzet a installé son quartier général pour sa campagne municipale. Mais depuis l’ouverture du lieu, cet exercice se transforme en véritable chemin de croix. Pas un mois sans que des « dégradations » ne soient dénoncées par le prétendant à la mairie, à l’instar de mercredi dernier où des autocollants disposés sur sa vitrine allumeront une plus large polémique. Militants CGT, FO, SUD/Solidaires, SNUIPP/FSU, et gilets jaunes, étaient donc à nouveau de la partie.

 Les protestataires étaient attendus par l’équipe de celui qui est aussi député de la 2e circonscription du Doubs, adoubé par les urnes sous l'étiquette « majorité présidentielle ». À 17h30 le gros des troupes se consolide au plus près du local, la circulation étant dès lors coupée. À l’arrivée de l’homme politique, les reproches fusent. Loin de se démonter, mais solidement entouré, Éric Alauzet se lance alors dans un numéro périlleux d’équilibriste. Difficile en effet d’assumer des positions aussi fortement contestées sur le moment, sans se dédire ni jeter de l’huile sur le feu.

 « L’écologie, ça fait trente ans que j’en suis »

 Plusieurs opposants lui reprochent par exemple d’être une « girouette », nouant ses alliances « dans le sens du vent électoral. » Il rétorque avoir toujours été le même, tranchant que « l’écologie, ça fait trente ans que j’en suis. » Alors que José Avillès de la CGT et Frédéric Vuillaume de FO développent leurs craintes concernant le futur projet de loi, il se contente de répondre que l’injustice est de garder ce système et qu’il faut donc le changer. Laissant entendre qu’il votera pour, malgré une opinion nettement défavorable estimant « que le nombre n’a pas toujours raison. »

 Il précisera néanmoins « comprendre l’inquiétude de la population », admettant « des projections pas toujours claires y compris de notre côté. » Mais, répondant au cas par cas d’interlocuteurs remontés, il affirme mordicus que les plus modestes y gagneront. Certains se lassent et montent le volume, considérant ses convictions « verrouillées. » Une pancarte exhortant au « Alauzexit » – en référence au Brexit – est brandie, des « godasses » exhibées autour de l’ancien vert, tandis que des applaudissements retentissent lorsque des souliers sont suspendus aux luminaires du bâtiment.

 Pourchassé dans les rues du vieux centre

Comme avec Fannette Charvier, les échanges deviennent difficiles. Violences policières, précarisation des femmes, représentativité, fonction publique, ont été abordées façon puzzle. Des centaines de chaussures s’amoncellent sur le parvis d’entrée, avec des résonances différentes : l’un explique les avoir usées au travail et en mobilisations illustrant l’ardeur engagée ; une autre décrit l’aspect péjoratif de ce type de procédé dans les pays arabes ; une dernière se réfère au Bisontin Alexis Godillot et à l’argot des années 60 désignant un soutien effronté jusqu’à l’absurde.

Les slogans ponctuent désormais la rencontre, notamment « Macron, Fousseret, et Alauzet, hop tout ça, à la poubelle », ou encore « y’ en a ras-le-bol, de ces guignols, qui ferment nos usines, nos hôpitaux, et nos écoles. » Quelques quolibets sont lancés tel le mot « collabo », mais le candidat reste parfaitement calme. À 18h00 il décide toutefois de partir avec son bras droit Frank Monneur, décampant promptement. Ceux présents perçoivent la scène comme une « dérobade », alors que l’intéressé se justifiera ensuite « d’être attendu au conseil métropolitain. »

Il est poursuivi par une partie du cortège, mais durant cinq minutes et sans dépasser le pont de la République. Si son pas a dû être accéléré et que quelques phrases comme « on va te faire bosser en maçonnerie jusqu’à 65 ans et tu verras feignasse » ont été notées, rien de « plus grave » n’a été entendu par nos soins. Les uniformes, hésitant à intervenir au niveau de la rue Moncey, renonceront finalement à protéger davantage la personnalité, semble-t-il à sa demande. Leur cible, évaporée dans la nature, les derniers occupants se dispersent vers 18h30.