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La désunion et le chaos

éditorial

Mardi 30 avril 2013 / Daniel Bordür

La division syndicale prend sa source dans le fameux accord de flexi-sécurité et une appréciation très différente de la hiérarchie des normes juridiques entre la loi et le contrat. Comme s'il y avait deux manières de lire ou relire Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».
Cette contradiction n'a jamais autant traversé, non seulement le mouvement syndical, mais aussi le monde politique et tout spécialement la gauche qui prétend historiquement et sociologiquement représenter les travailleurs. Il y a pour elle un risque parfaitement identifié par Thierry Le Paon, le nouveau secrétaire général de la CGT : voir le défilé national que le FN organise à Paris plus important que la manifestation syndicale. La division syndicale, selon lui, profite à l'extrême droite. 
Elle ne sert à rien, mais pousse sur le chaos de la désunion et de la désillusion. 
Pontarlier sauve l'honneur du syndicalisme en passant au-delà des désaccords pour montrer au moins un semblant d'unité un jour de fête. C'est la seule des huit villes de la région où la CFDT défilera avec la CGT, Solidaires et la FSU. Ailleurs, la CFDT organise un petit-déjeuner régional à Besançon, n'appelant pas ses adhérents à célébrer le 1er mai avec les autres syndicats.
Depuis 2005, les deux grandes organisations de salariés que sont la CGT et la CFDT avaient toujours fait 1er mai commun. Pourtant, les années Chirac et Sarkozy n'ont pas été exemptes de désaccords, essentiellement sur les retraites. Les dissensions traversaient d'ailleurs souvent la CFDT au risque de départs de militants désorientés par une ligne d'accompagnement. Parfois ces derniers rejoignaient la CGT ou Solidaires, moins souvent l'UNSA, plus fréquemment délaissaient le syndicalisme.
Les différends sur les retraites n'empêchaient pas de profondes convergences sur les questions fondamentales, ni l'unité d'action sur le terrain, en particulier dans les secteurs minés par la désindustrialisation : inimaginable de faire sans vu la faiblesse actuelle du syndicalisme dans le pays qui reflète surtout le désarroi du salariat. Et peut-être bien du corps social tout entier : des salariés moins nombreux au travail et moins payés, c'est forcément moins de commandes pour les artisans, moins de clients pour les commerçants, moins d'impôts pour payer les profs, moins de cotisations sociales pour payer les infirmières, moins de cotisations retraites... 
Le chaos, quoi !