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Dilemme et tactique à Besançon

éditorial

Mardi 11 mars 2014 / Daniel Bordür

Avec dix listes, les électeurs bisontins n'ont jamais eu autant le choix, même si certains doivent être sacrément embarrassés. Les électeurs de droite ou du centre qui n'aiment pas Fousseret n'ont pas trop de problèmes : ils opteront pour les listes Grosperrin ou Humbert s'ils pensent que l'un ou l'autre peut faire un maire acceptable ou honorable. Si tel n'est pas leur objectif, s'ils veulent sanctionner Copé et Sarkozy, s'ils veulent casser la baraque et « envoyer un signal » comme disent les commentateurs en studio, ils voteront à l'extrême droite, ce qui ajoutera à la désespérance et à la tension dans le pays. Bref, ça ne servirait à rien de bien intéressant ou utile. Ces électeurs de droite et du centre examineront aussi la difficulté que pourraient avoir Humbert et Grosperrin à fusionner leurs listes le cas échéant (au moins 5 % des voix) tant leur inimitié est grande. On peut même se poser des questions sur une éventuelle fusion de la liste Humbert avec celle de Fousseret, la première comptant quelques co-listiers socialo-compatibles, mais ce scénario est pour l'heure une fiction.

Quant aux électeurs de droite et du centre qui aiment bien le maire sortant, ils pourront continuer à voter pour lui, mais les co-listiers qui les y avaient incités il y a six ans, comme Jean-François Girard et Nicole Weinmann, ne sont plus sur la liste bien que le premier ait participé à une réunion de soutien.

Examinons maintenant le cas des électeurs de gauche, traditionnellement majoritaires à Besançon. Ils ont de quoi être perplexes : au moins quatre listes leur tendent les bras. Celle du maire sortant qui a réussi à retenir les écolos et les communistes, de quoi donner des gages d'orientation à gauche. Ces gages ont même été renforcés avec l'adoption par l'ensemble de l'actuelle majorité municipale d'une proposition venue des Alternatifs qui changent d'alliance pour ce scrutin : une motion d'opposition au TAFTA, le méconnu traité transatlantique qui n'a pas l'air d'émouvoir François Hollande, mais fait hurler tous les anti-libéraux.

Sera-ce suffisant pour éviter de lourdes déperditions de voix parmi les déçus du gouvernement ? Cela permet en tout cas de couper l'herbe sous le pied au Front de gauche qui s'est tiré une balle dans le pied en se divisant sur la question de la fusion avec la liste PS entre les deux tours. Du coup, les communistes sont partis dans la sécurité d'une reconduite d'une alliance qui leur a permis de faire avancer quelques idées comme le retour en régie municipale pour certains services : centre de tri (c'est fait) ou transport (c'est envisagé). Du coup, mélenchonistes du PG, Alternatifs et Gauche anticapitaliste (issue d'une scission du NPA) se retrouvent sous une étiquette Front de gauche rabotée... de combien au fait ? Eh bien justement, on verra.

Reste qu'il y a à gauche des déçus de Fousseret ! Ils peuvent voter extrême gauche (LO ou POI) voire Besançon autrement du jeune Ismaël Boudjekada pour montrer leur défiance et leur volonté de lutter. Ils peuvent aussi opter pour l'une des quatre autres listes plus ou moins à gauche, mais comment choisir ? Sur les amitiés et les réseaux ? C'est humain et, c'est sûr, ça jouera. Sur les orientations et les programmes ? Les ressemblances, au-delà du clivage droite-gauche, font que ce critère est hasardeux. Sur les positionnements alors ? Les férus de tactique doivent s'arracher les méninges. Donc, l'électeur de gauche qui veut sanctionner le gouvernement votera A Gauche toute, la liste Girod, à moins qu'il refuse le risque d'un basculement à droite, ce qui pourra le conduire à vouloir éviter qu'A Gauche toute soit au second tour ! Dans ce cas, il pourra se reporter sur une liste où les critiques du gouvernement s'expriment, et là il aura encore l'embarras du choix entre Générations citoyennes (Monneur-Gendraud), Ambitieuse, solidaire et fraternelle (Hakkar), Besançon autrement du juvénile Ismaël Boudjekada, voire... la liste Fousseret où communistes et écolos sont influents...

Cette dispersion de la gauche a un fâcheux précédent présidentiel en 2002 quand elle a été éliminée du second tour. La règle électorale municipale est moins définitive, mais on imagine déjà la frustration de trois ou quatre listes pouvant fusionner mais pas se maintenir (entre 5 et 10 % des voix) et la déperdition d'électeurs en cas d'échec d'une négociation de fusion, sans compter les accusations de magouilles et marchandages. On songe aussi à la capacité à faire perdre Jean-Louis Fousseret en cas de maintien au second tour d'une de ces listes.

La droite n'a peut-être pas tort de penser qu'elle a une petite chance... qu'elle perdrait si le FN est au second tour.