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Faute inexcusable

éditorial

Mercredi 7 novembre 2018 / Daniel Bordür

« A chaque femme martyrisée dans le monde je veux que la France offre sa protection en lui donnant la possibilité de devenir française... » Qu'il est loin cet entre deux tours de la présidentielle de 2007 où le futur élu, Nicolas Sarkozy, prononçait cette phrase pleine de promesses lors d'un meeting électoral. On nota son panache, voire son audace, pour un candidat de droite lorgnant des voix à gauche où la confusion idéologique était déjà en marche...

Qu'il est loin ce temps où un ministre de l'Intérieur, chef de la police, pouvait défendre une certaine idée de la dignité des femmes... Voilà que l'une d'elles, une Afghane demandeuse d'asile, se fait rembarrer du commissariat de police de Besançon alors qu'elle vient justement demander la mise en œuvre de la protection que lui a accordée un juge contre un mari violent. Elle avait tenté de le semer en quittant Marseille quelques mois plus tôt, mais il a réussi à retrouver sa trace. Alors que le rendez-vous pour qu'on enregistre sa huitième plainte était en vue après avoir été une nouvelle fois repoussé, elle fut égorgée par celui là même dont tout le monde, sauf la police, craignait le passage à l'acte.

Les mots pour dire la colère et l'écœurement manquent. Force est de constater que la France a renié une belle promesse. Peu importe que ce soit par bêtise, négligence ou surmenage. La faute est inexcusable. Elle ne doit pas reposer sur un fonctionnaire à qui on ferait porter le chapeau puisque les chefs de la police et du parquet l'ont couverte.

Elle s'insère dans un système où la parole des femmes victimes de violences conjugales, mais aussi la parole des demandeurs d'asile, sont perçues comme négligeables et dérangeantes, voire inopportunes comme les poursuites qui n'ont pas été engagées contre l'auteur des menaces. Ce système découle du choix politique de privilégier une police de maintien de l'ordre à une police de défense des libertés. Une police épuisée par les heures supplémentaires rarement récupérées, utilisée à des fins propagandistes voire de répression des mouvements sociaux, rendue auxiliaire de l'entretien des désordres du monde...

Dans ce contexte, invoquer la faute à pas de chance revient à nier la responsabilité des institutions. C'est terriblement dangereux pour une démocratie. C'est le signe d'un délitement du sens de l'action publique. C'est abandonner les plus fragiles à une prétendue fatalité de destin. Avoir laissé Razia se faire assassiner relève de la même logique qu'empêcher l'Aquarius de reprendre la mer : regarder ailleurs...

Le procureur Manteaux, qui vient d'arriver à Besançon, a tenté de couvrir la police qu'il est sensé contrôler, mais dont il est en partie dépendant. La contre-attaque de Solidarité-Femmes révèle cependant que cette couverture est en lambeaux.

Cette révélation exige que des responsabilités soient prises.