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La gauche en danger à Besançon

Vendredi 21 juin 2019 / Daniel Bordür

Plusieurs écueils entravent la construction de l'union : la question de la tête de liste, l'application de la règle verte, les cultures politiques différentes, une difficulté à dépasser les divergences…

La gauche peut perdre les élections municipales de Besançon en mars prochain. Elle semble d'ailleurs s'y employer. Certes, elle réfléchit, se réunit, travaille dans et hors des partis à la construction d'un programme, mais bute encore et toujours sur plusieurs écueils.

Le premier, et non des moindres, est celui de la tête de liste. Elle n'a plus de chef au sens où l'on entendait ce mot au siècle dernier. Un chef incarné par les précédents maires, un patron, comme le furent Jean Minjoz et Robert Schwint, puis Jean-Louis Fousseret, incontesté jusqu'à ce qu'il vire de bord.

Les socialistes résiduels, ceux qui ont sauvé le PS du désastre absolu en préservant sa représentation européenne, sont encore un peu dans ce schéma du leader qui met tout le monde d'accord. Mais le réfléchi et placide bosseur Nicolas Bodin, qu'ils ont désigné comme tête de file, peine à endosser le costard.

Chez les écolos, où la culture du chef serait plutôt de nature à rebuter, on n'envisage pas la tête de liste comme devant être confiée à un patron, en l'occurrence une « patronne », au sens classique du terme. Plutôt à une animatrice de réseaux qu'à un sommet de pyramide. C'est ce que revendique Anne Vignot qui clame vouloir travailler autrement. C'est assez cohérent avec l'exigence de rendre toutes les politiques compatibles avec la transition écologique. Mais là n'est pas la moindre difficulté, c'est même certainement la mère de toutes les batailles politiques, en même temps qu'une réelle convergence entre écolos et insoumis qui parlent de « règle verte »..

Les communistes, impliqués, collectifs mais défendant leur appareil, adeptes malgré eux des petits pas – en ont-ils le choix vu leur socle électoral ? - sont plutôt suiveurs en la matière. Disciplinés.

Quant aux autres, des anciens gauchistes lassés de l'impuissance aux anciens du PS qu'ils ont quitté plus ou moins récemment pour cause de dérive libérale, des Insoumis à Génération.s, ils sont sur le fond convertis à l'écologie politique, dans leurs propos attachés à la délibération citoyenne. Mais ils restent dans une forme de verticalité des circuits de décision, compatible quoi qu'ils en disent avec la notion de chef.

Cela renvoie à la notion de hiérarchie dont on s'est toujours méfié à gauche, ne serait-ce parce qu'elle est porteuse de toutes les inégalités, des pires injustices, des dérives autoritaires ou autocratiques. Mais elle correspond au cadre légal, celui qui instaure un.e élu.e au dessus des autres, incarnant tout à la fois son camp, ses alliances et la communauté tout entière. Du coup, pour l'accepter, il faut un contrat, donc de la confiance et de la vertu.

Or, à entendre les uns et les autres, c'est ce qui semble manquer. Anne Vignot l'a compris qui tente de dépasser cette contradiction en rappelant qu'il faut faire avec la pluralité des manières de penser, en soulignant qu'il ne s'agit pas d'enrégimenter tout le monde, mais de construire du commun entre irréductiblement différents.

Cela suffira-t-il ? Sans doute pas à faire coexister dans une même équipe socialistes et insoumis. Ce serait pourtant un sacré signe qu'au-delà des différends et contentieux, les diverses chapelles de gauche, qu'on distingue aujourd'hui davantage par les discours que par les actes, concluent un pacte. Non seulement parce que l'enjeu est d'empêcher la droite, qu'elle soit extrême, post-gaulliste ou centriste, de prendre la ville. Mais surtout parce que la catastrophe environnementale qui vient est porteuse des plus lourds défis humains et sociaux. Et cela, seule la gauche dans sa pluralité est capable de l'articuler.

Alors oui, remettez vous autour de la table. Ne la quittez que lorsque chacun aura admis la légitimité des autres à y être et à porter autre chose que ce qu'on porte soi-même. Admettez vos contradictions comme des moteurs, non comme des obstacles. Faites le bilan, mais ne ressassez pas. Débattez et critiquez, mais avancez. Agissez. Construisez. Unissez-vous !