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Gestion de crise à l'éducation nationale : le « premier bilan » du SNES-FSU est très critique

Lundi 23 mars 2020 / La rédaction

Le premier syndicat de profs du second degré dénonce les réactions à « contre-temps » du ministre de l'Education nationale, la convocation d'assemblée générales « faisant le jeu de l'épidémie » ou encore les difficultés qui touchent les enfants des familles concernées par la fracture numérique…

Communiqué._ Pendant que le ministre de l'Éducation gesticule, soit à contre-temps par rapport aux décisions gouvernementales, soit à côté de la plaque par rapport aux réalités de nos métiers, les personnels assurent ! 

Depuis le début de l'épidémie de Coronavirus, le ministre de l'Éducation Nationale est systématiquement à contre-temps par rapport aux décisions gouvernementales. Quelques heures avant l'annonce de la fermeture de tous les établissements scolaires par le président, il affirmait que les écoles resteraient ouvertes. Quelques heures avant l'annonce du confinement, il donnait des instructions suffisament floues pour que certains chefs d'établissements se sentent autorisés à convoquer l'ensemble des personnels en assemblée générale… Certains n'ont d'ailleurs pas renoncé, faisant ainsi le jeu de l'épidémie.

La garde des enfants des personnels soignants doit être assurée par les établissements scolaires, ce qui dans les circonstances actuelles est indispensable. Mais le ministère est incapable d'assurer la sécurité des personnels concernés : il n'y aura ni masques ni gel hydroalcoolique pour les maîtres et les maîtresses aux premières lignes (le rectorat l'a dit lors d'un point d'étape). Réponse un peu courte pour un employeur qui juridiquement a la responsabilité de la santé de ses salariés !

Le ministre a affirmé que tout était prêt pour les cours en ligne, ce qui est loin d'être le cas : non seulement les cours mis en ligne sont insuffisants et ne couvrent ni toutes les disciplines ni toutes les progressions, mais en plus, le serveur a flanché sous la masse de connexions le lundi 16, premeir jour de fermeture des établissements scolaires. La situation ne se régularise que très lentement, obligeant les enseignants à trouver de multiples pis-allers, en passant par des plate-formes privées pour rester en lien avec les élèves, ce qui ne correspond pas à la réglementation en vigueur. Par ailleurs, les enseignants doivent reprendre tous leurs cours, qui avaient été pensés en interaction avec les élèves, pour les adapter à un enseignement à distance. Ils vont forcément tâtonner avant de trouver rythmes et méthodes les plus efficaces. Il est à noter que tous se sont équipés de matériel informatique à usage professionnel sur leurs propres deniers.

Le ministre a également prétendu qu'aucun élève ne serait « laissé au bord de la route ». Or, un réel risque de décrochage scolaire existe pour les plus fragiles d'entre eux. On ne peut nier l’importance des inégalités sociales : les élèves les plus éloignés des codes scolaires, les plus touchés par la fracture numérique, les moins encadrés par leur famille seront les plus impactés par la situation. Le ministre a convenu lui-même d'une certaine façon que ses propos étaient irréalistes, puisqu'il a évoqué le 18 la possibilité de repousser le calendrier scolaire et d'organiser les épreuves de bac en juillet au motif que les élèves n'auront pas appris ce qu'ils auraient dû à cause du confinement… et le 23 il demande aux enseignants de téléphoner aux élèves un à un pour les remotiver… à raison de 5 mn par élève, ça fait tout de même de 10 à 25 h de conversation téléphonique pour les profs du secondaire... Rien ne peut remplacer le travail au sein d’une classe. Le ministre doit l’admettre, ne pas tromper les familles et le dire.

Le contexte actuel est difficile, en particulier pour ceux qui sont en première ligne dans le secteur de la santé, les magasins, les services publics... C'est pourquoi le SNES-FSU apporte son soutien à tous les salariés qui ne peuvent pas télétravailler et revendique pour eux tous les moyens nécessaires à assurer leur santé et leur sécurité. Il demande également à ce que le gouvernement adopte enfin une politique de lutte contre le Coronavirus efficace et cohérente, non dictée par les impératifs économiques.