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Gravitation gravite à la campagne

impressions

Vendredi 22 avril 2011 / Daniel Bordür

LA COMPAGNIE GRAVITATION a beau travailler en ville, dans la friche culturelle des PrésdeVaux où elle a ses bureaux et une salle de répétition, elle se sent bien à la campagne. Depuis quelques mois, elle cultive un drôle de projet théâtral, « Le Village d’à côté ».

LA COMPAGNIE GRAVITATION a beau travailler en ville, dans la friche culturelle des PrésdeVaux où elle a ses bureaux et une salle de répétition, elle se sent bien à la campagne. Depuis quelques mois, elle cultive un drôle de projet théâtral, « Le Village d’à côté ».

À partir d’une même trame, un conseil municipal qui part en vrille sur une question apparemment consensuelle, la compagnie pose ses valises quelque part durant une semaine. Une soirée apéro avec quelques habitants le premier jour permet une prise de contact. Des entretiens filmés les jours suivants avec des figures locales permettent d’en savoir un peu plus sur un bout d’histoire, un lieu particulier, un personnage, un enjeu oublié.

Tout cela donne de quoi adapter à la sauce locale la trame du fameux conseil municipal, le samedi soir devant le public. Et même de recruter quelquesunes des habitants qui y joueront un rôle. Après cinq « crashtests» qui ont permis de régler la chose à NanssousSainteAnne, Pin (70), Étrepigney (39), dans le Nord et en SaôneetLoire, « Le Village d’à côté » a été présenté comme spectacle à MontrondleChâteau, SaintVit et Bolandoz.

À chaque fois, plus de cent spectateurs étaient là. Sauf à Bolandoz, «sans doute parce qu’on avait notre QG à Cléron. Car les autres fois, on jouait où on avait répété », dit le comédien Max Bouvard. Votre serviteur y était et ne s’est pas ennuyé une seconde, ce qui n’est pas rare avec le théâtre contemporain.

Très drôle, le spectacle est une invitation à rire de bon coeur des situations causées par la récente évolution des villages où cohabitent « natifs » et « néos » de toutes sortes : ceux qui ont épousé un natif (ou une native), ceux qui reviennent la retraite venue, les bios, les intellos, certains étant en rogne bien partagée contre les chasseurs et les épandeursde pesticides...

Entre les répliques du conseil municipal, s’ouvrent des fenêtres théâtrales qui sont autant de prétextes à la réflexion, à la présentation d’entretiens, à une leçon de comédie, voire à l’intervention de spectateurs sans qu’on sache vraiment si c’est prémédité... « Max est fils d’un paysan qui a été maire, moi je suis un néorural depuis 7 ans à Myon », dit Jean Charles Thomas, le metteur en scène, pour expliquer comment, à partir de ces deux situations, est venue « l’envie de mettre en jeu le côté éclectique du milieu rural ».

Ducoup, grâce aux « personnages marqués », et non des caricatures, que sont les élus du conseil, les vieux clichés en prennent un sérieux coup. « On ne joue pas les vrais enjeux, mais plutôt le vivre ensemble », dit Max Bouvard pour qui l’affaire est aussi personnelle. Il y montre une très touchante interview de son père sur les valeurs et la transmission de la terre...