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De l’excellence à la médiocrité dans la gestion du maintien de l’ordre...

revue du web

Mardi 8 janvier 2019 / La rédaction

Andy Crups, officier de police retraité et militant CGT, analyse l'évolution de la doctrine des vingt dernières années dans un très détaillé article du blog « Délinquance justice et autres questions de société » qu'anime le chercheur Laurent Mucchielli. Il met notamment en cause la judiciarisation du maintien de l'ordre au détriment de la sécurité des personnes et de la liberté de manifester.

Mots-clés: gilets jaunes
Besançon, 8 décembre 2018. Juste avant le gazage... (Photo d'archives)

« Il est curieux que, quelques mois après les commémorations autour de mai 1968, il n’ait pas été retenu grand-chose des témoignages pourtant clairs des acteurs de l’époque ». Ainsi commence le long article d'Andy Crups intitulé Gilets jaunes : la B.R.I. nouveau couteau suisse de l’Ordre Public ? que publie le blog du sociologue Laurent Mucchielli, dont les recherches sont spécialisées dans les questions sécuritaires.

L'ancien officier de police se demande ainsi « comment en une vingtaine d’années est-on passé de l’excellence à la médiocrité dans la gestion du Maintien de l’Ordre ? » Il évoque la création des différentes unités de police qui ont progressivement remplacé l'armée qui, au 19è siècle, « soit tirait sur la foule sans discernement (...) soit s'y ralliait (...) puisque la troupe avait pour mission de défendre la nation et son peuple ».

Crups insiste surtout sur la nécessité d'une doctrine et semble considérer que celle-ci est désormais absente et vise davantage à punir qu'à protéger. On sent là la tension entre deux conceptions : celle d'une police de maintien de l'ordre et celle d'une police au service des libertés publiques... 

Extrait : « La doctrine initiale des unités a évolué sur deux points majeurs que sont la judiciarisation de l’ordre public et le rôle du commandant de la force publique. Un effet collatéral de la déstructuration hiérarchique des CRS [par la réforme de 1995], est que non seulement nombre de cadre font un court passage mais ils importent souvent des logiques de fonctionnement de la direction de la sécurité publique qui sont des logiques de généralistes et non de spécialistes. Un exemple flagrant est la judiciarisation du maintien de l’ordre au détour des années 2000 alors que jusque-là les interpellations durant le maintien de l’ordre visaient à neutraliser momentanément les leaders négatifs la demande a été de pénaliser les mauvais comportements des manifestants. En 1968 lors des journées les plus dures du mouvement on compte un peu plus de 400 interpellations. En réalité ces interpellations étaient des conduites au poste pour vérifications d’identité. Le travail procédural était des plus réduits et les services de renseignements pouvaient alimenter leur fichier. En 2018 lorsque l’on compte un millier d’arrestations c’est une toute autre histoire, on souhaite punir pénalement les mauvais comportements. Le bilan : un investissement procédural énorme pour des acteurs plus naïfs que casseurs. Ce travail est stérile et fait montre d’une mauvaise connaissance de la psychologie des foules et donc du métier de maintien de l’ordre. Au lieu de mobiliser les unités à interpeller à tour de bras il faudrait rester concentrer sur les leaders car une foule n’est pas une addition de réflexion mais seulement l’adhésion aveugle au leader occasionnel qu’il soit positif ou négatif. »

La conclusion de cet article du 15 décembre résonne avec les nombreuses critiques émises par les manifestants, mais le plus souvent ignorées des responsables politiques et des médias de masse : « l’ordre public républicain ne peut s’accommoder d’un recours excessif aux moyens pyrotechniques qui en réalité tentent de pallier les insuffisances actuelles de même faire procéder à des arrestations par des agents intervenant hors cadre de l’unité constituée, qui visent à punir au lieu de protéger est le premier pas vers le renoncement à la liberté de manifester qu’il a fallu plus d’un siècle à conquérir... »

Lire l'article ici.

On peut aussi lire ou relire cet article du site de l'ACAT (Association des Chrétiens pour l'abolition de la torture) qui, en novembre 2017 établissait un comparatif des moyens policiers de différents pays européens, montrant une inquiétante exception française que les annonces du Premier ministre ne sont pas près de réfréner...