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L'exemple à portée de main

éditorial

Vendredi 10 mai 2013 / Daniel Bordür

L'humanité avance avec et par ses contradictions. Ainsi va aussi le monde de l'agriculture. D'un côté, on vante la balance commerciale excédentaire de 11,6 milliards en 2012 de l'agriculture française qui compense une légère partie de l'abyssal déficit commercial global de 67 milliards causé à 90% par les importations d'hydrocarbures. En même temps, nos excédents agricoles reposent pour une large part sur notre viticulture, loin devant les agro-industries céréalière et laitière qui sont parmi les plus énergivores. Le coût énergétique de l'agriculture pèse une bonne part de ses recettes d'exportation...

D'où ces questions que le monde rural peut estimer de «bon sens» :

- Est-ce à la France de nourrir le monde ? Ses industriels ne sont en effet pas les derniers à investir dans le tiers monde pour substituer aux cultures vivrières locales des cultures d'exportation, voire des cultures destinées à la fabrication d'agro-carburants qui font monter les prix alimentaires et donc la famine. 

- Peut-on prendre tranquillement mais sûrement un virage vers une agriculture extensive ? On sait qu'elle est moins consommatrice d'énergie, plus autonome, moins pesante pour l'environnement et a besoin de davantage de main d'oeuvre.

- Peut-on tenter de prédire ce que sera l'élevage régional dans 10 ou 20 ans ? On sait d'ores et déjà la tendance à une légère baisse de la consommation de viande. L'allongement de la «carrière» laitière des vaches auquel on assiste, l'augmentation du nombre de jours entre deux vêlages, la diminution de la production de lait par vache... vont dans la même direction.

- Peut-on continuer cette course à la taille des exploitations sans danger pour l'emploi rural ? Certes, la course est moins rapide dans le Doubs et le Jura qu'ailleurs, mais elle n'en existe pas moins.

- Peut-on dire que lorsque l'agriculture du massif jurassien cessera de perdre des emplois, voire se mettra à en créer, elle deviendra alors un modèle enviable, et à ce titre exportable ? Comme c'est ici que l'agriculture perd le moins d'emplois dans le pays, c'est peut-être ici qu'elle peut se mettre à en recréer. Comme c'est ici que les producteurs de lait à comté sont les mieux payés des éleveurs laitiers tout en maîtrisant les volumes produits. Un des nouveaux défis de l'agriculture comtoise est de se lancer dans une véritable diversification où le maraîchage et les circuits courts entre producteurs et consommateurs seront fers de lance. Ce défi est lancé, trop discrètement aux yeux de certains, trop voyant pour d'autres.

Cette agriculture a surtout, pour réussir ce défi, la culture : celle de la coopération à qui elle a donné naissance avant d'essaimer sur son territoire et dans ses villes.