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« L’ordre moral » imposé aux femmes

cinéma

Mercredi 30 septembre 2020 / Patrick Tardit

Maria de Medeiros incarne une héroïne qui s’émancipe de l’oppression masculine dans le film de Mario Barroso. Une histoire « librement adaptée de faits réels » qui débute en 1918 à Lisbonne…

Bravant la morale et la bienséance, Maria Adélaïde a fui sa famille, son mari qui court les jupons et son fils qui engrosse les domestiques.

Film réalisé par Mario Barroso, « L’ordre moral » (sortie le 30 septembre) est « librement adapté de faits réels ». Une histoire qui débute en 1918, celle de Maria Adélaïde Coelho da Cunha, une grande bourgeoise portugaise incarnée par Maria de Medeiros. Une femme d’abord opprimée par son mari en particulier, et la société des hommes en général ; une femme qui est parvenue ensuite à s’en libérer, et qui a pu vivre le reste de sa vie avec celui qu’elle avait choisi, un jeune chauffeur qui avait l’âge de son fils.

Maria Adélaïde appartenait à la haute société de Lisbonne, héritière du journal qu’avait créé son père, Diario de Noticias, désormais dirigé par son mari volage. Dans sa grande et luxueuse maison, elle organise des soirées dramatiques courues ; en coulisses, elle aide une domestique (probablement enceinte de son fils) à avorter, et file prendre soin de son chauffeur malade, alors que sévit la grippe espagnole.

Maria Adélaïde la scandaleuse

Femme trompée mais pas dupe, elle s’agace du poème sur ses cheveux blancs écrit par son époux ; sa petite vengeance sera de teindre et reteindre ses cheveux noirs. Puis elle se fait complice de son propre faux enlèvement, la presque quinquagénaire disparait en compagnie de son jeune amant. Retrouvée par son mari, elle cède dans un premier temps au chantage de celui-ci, est internée de force dans une clinique. A nouveau en fuite puis à nouveau enfermée dans un asile, elle subit la loi de la bonne société d’hommes riches et influents qui peuvent tout se permettre. Jusqu’à la réclusion d’une femme, bourgeoise, riche, instruite, alors que le mari court les jupons et que le fils engrosse les domestiques.

Mais c’est elle qui crée le scandale, elle qu’il faut guérir de son « comportement moral inapproprié », de son « amour furieux », de sa « folie utérine ». La médecine masculine diagnostiquera bien sûr une hystérie forcément féminine et ses déclinaisons (neurasthénie, ménopause, hormones…). C’est grâce à « un miracle juridique » que Maria Adélaïde sera libérée, et deviendra ensuite une vieille aux cheveux blancs. Grand directeur de la photo, Mario Barroso a injecté toute sa fascination pour la lumière et l’image dans « L’ordre moral », dont le sujet résonne encore cent ans après avec l'actualité. C’est une histoire exemplaire de l'oppression et de la libération d’une femme, impeccablement incarnée par Maria de Medeiros, et finalement de violence sur toutes les femmes et de libération de toutes les femmes.